Interview de Marie-Pierre Pé, déléguée du Cifog : « L’Asie constitue un débouché important »

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DossierINTERVIEW La déléguée du Comité interprofessionnel des palmipèdes à foie gras revient sur les marchés porteurs et les stratégies de l’interprofession pour l’export.

Marie-Pierre Pé, déléguée du Cifog
Marie-Pierre Pé, déléguée du Cifog

LSA - Comment se comportent les ventes de foie gras à l’export ?

Marie-Pierre Pé - Les marchés internationaux constituent des relais de croissance très intéressants pour les industriels du foie gras. En 2014, le solde de la balance commerciale s’est élevé à 58 millions d’euros. Le record de 2008 a donc été battu. Les premiers mois de 2015 laissent augurer de belles performances. À la fin du mois d’avril, la balance commer­ciale s’élevait à 11 M €, soit 3 M€ de plus par rapport à la même période de l’année 2014. Surtout, les produits exportés se sont valorisés de 3 %.

LSA - Quels sont les principaux marchés ciblés ?

M.-P. P. - L’Europe constitue une zone majeure pour les exportations, en particulier la Belgique, le Luxembourg, l’Allemagne et le Royaume-Uni, sans oublier la Suisse. Dans le reste du monde, l’Asie constitue un débouché important pour la filière française. Le Japon et Hongkong absorbent les plus gros volumes, devant la Thaïlande et Singapour. Enfin, le marché taïwanais s’est ouvert en décembre 2014. L’agrément délivré par les autorités taïwanaises permet désormais d’y exporter du foie gras cru et mi-cuit.

L’espagne, premier client

Top 10 des pays importateurs par chiffre d’affaires, en K €, en 2013 et 2014, et évolution, en %

Sources : UbiFrance, douanes ; origine : Cifog

Le foie gras suscite un intérêt grandissant auprès des consommateurs étrangers. L’Espagne reste le premier client du foie gras français et progresse de 3% après plusieurs années de baisse. On note un fort développement des ventes en Belgique (20%). Les exportations continuent de se développer sur plusieurs pays d’Asie du Sud-Est : Hongkong, Thaïlande, Vietnam, Corée du Sud.

LSA - Le foie gras est-il un produit qui s’exporte facilement ?

Marie-Pierre Pé - Le produit est associé à l’image de la France et à la haute gastronomie. Les restaurateurs jouent un rôle important pour le faire connaître. Par ailleurs, les services export de la Direction générale de l’alimentation (DGAL) et de FranceAgriMer ont été très actifs dans l’ouverture de certains marchés, notamment Taïwan. En rassemblant nos forces avec l’interprofession des fruits et légumes et celle du porc, nous sommes parvenus à débloquer la situation. Sur d’autres zones, cela reste plus compliqué. Nous n’avons ainsi toujours pas réussi à obtenir d’agrément de la part des autorités chinoises.

Quant aux États-Unis, la suppression, depuis le 1er janvier 2014, des taxes douanières sur le foie gras ouvre de nouvelles perspectives aux industriels. Encore faut-il que les installations d’abattage réussissent à obtenir l’agrément des services vétérinaires américains. Cela suppose des investissements très lourds. Mais la logique interprofessionnelle pourrait être une solution. Concrètement, une ou deux entreprises du secteur pourraient s’engager dans cette démarche d’agrément et jouer par la suite le rôle de prestataire de services auprès des autres industriels du secteur. Cette organisation a prouvé son efficacité pour la filière du jambon de Bayonne, qui recommence à exporter de l’autre côté de l’Atlantique.

Des exportations en hausse

Volume d’exportation, en tonnes, par catégorie de foies gras, depuis 2004

Sources : UbiFrance, douanes ; origine : Cifog

En 2014, les exportations de foie gras ont progressé de 6% pour le cru (à 2 456 tonnes) et de 4% pour le transformé (à 2 478 tonnes).

LSA - Le lobbying des associations de protection des animaux constitue-t-il un sujet de préoccupation pour la filière ?

M.-P. P. - Il faut composer avec. Nous faisons preuve de vigilance, car il n’y a pas de raison qu’un produit sain et loyal fasse l’objet de mesure arbitraire. Par ailleurs, personne n’est obligé de manger du foie gras. La liberté du consommateur doit primer. Souvenez-vous, en 2012, la Californie avait interdit la production et la commercialisation du foie gras. Sous l’action des opérateurs locaux et notamment des restaurateurs, cette décision a finalement été invalidée par le conseil fédéral, et le marché a été rouvert en janvier 2015. En juin 2015, le conseil municipal de São Paulo, au Brésil, a également tenté de faire interdire la production et la commercialisation du foie gras. Cette décision a, là encore, été invalidée.

LSA - Comment faire faceà ces attaques ?

M.-P. P. - La meilleure réponse que nous pouvons apporter à ces tentatives de déstabilisation de la filière est de rassurer et de rendre transparentes les conditions de production du foie gras. Nous nous y employons avec la démarche « Palmi G Confiance ». Depuis 2008, Euro Fois gras, qui réunit les pays producteurs de foies gras – à savoir la Belgique, la France, la Bulgarie, l’Espagne et la Hongrie –, a établi une charte d’engagements qui doivent régir cette activité d’élevage, dans l’esprit des 12 principes retenus dans le « Welfare Quality Project ». Mise au point en 2014 et déployée cette année, « Palmi G Confiance » est une grille de 21 points de contrôle des exploitations. En novembre 2014, l’interprofession a recruté un organisme de contrôle indépendant, Qualisud Vigilencia. 80 techniciens ont été formés à l’audit des exploitations. C’est une démarche très lourde qui permet aux producteurs de prouver qu’ils respectent bien les engagements établis dans la charte d’Euro Foie gras. Près de 130 exploitations sont déjà agréées et cela n’est pas fini. Cet outil offensif et transparent doit permettre de lutter contre les idées fausses qui font du tort à la filière. En France comme à l’étranger. 

Propos recueillis par M. C

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Article extrait
du magazine N° 2379

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