Interview de Robert Volut, président de la Fédération des industriels charcutiers et traiteurs : l'indexation des prix agricoles ne règle rien »

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INTERVIEWLe président français et européen de la charcuterie a refusé de signer les engagements d'indexation des prix agricoles, considérant que la LME suffit. Il demande à l'amont de mieux s'organiser.

Robert Volut, président de la Fédération des industriels charcutiers et traiteurs.
Robert Volut, président de la Fédération des industriels charcutiers et traiteurs.© DR

Contractualisation, indexation. Ces deux termes provoquent des remous dans les entreprises de transformation ou chez les grossistes. Robert Volut, convié la semaine dernière au ministère de l'Agriculture pour signer un engagement d'ouvertures de négociations automatiques dès que le prix de l'alimentation animale augmente de plus de 10%, a refusé de signer, contrairement à la FNSEA, aux industriels de la viande et à la FCD. Pour lui, un marché concurrentiel qui fonctionne bien suffit, dans un contexte de libre circulation des marchandises au niveau européen et à condition d'appliquer la LME pour la révision de tarifs. Or, si en amont les céréaliers vendent au prix mondial, notamment aux industries de l'alimentation animale, en aval, les prix ont du mal à être répercutés. Le président des charcutiers pense la même chose de la contractualisation contrainte, voulue par les agriculteurs et soutenue par les pouvoirs publics, sous peine d'une amende de 75 000 €. Pour lui, ce système franco-français ne permet pas aux entreprises de gagner en compétitivité par rapport à la concurrence européenne.

 

 

LSA - Vous venez de refuser de signer l'engagement d'indexation des prix souhaitée par le ministère de l'Agriculture. Pourquoi ?

Robert Volut - La raison de base est que cet engagement volontaire ne règle rien et encore moins le problème des éleveurs, même si la demande vient de la FNSEA. Nous estimons que la répercussion de la hausse des prix des matières premières doit se faire par la révision des tarifs pour les marques d'industriels, et via les contrats pour les marques de distributeurs. Or, la LME a prévu des modalités dans ce domaine : c'est le tarif émis par le fournisseur qui est la base de la négociation. Les augmentations que nous proposons sont toujours sensées, elles tiennent compte de divers facteurs dans un secteur où la concurrence fonctionne, où il n'y pas de monopole. Contrairement à ce que dit le ministre, il n'y a pas d'excès, et si tel était le cas, nos clients exigeraient vite de rectifier le tir. Il serait même utile que des clauses de révisions de prix apparaissent plus souvent dans les contrats MDD. Il est tout de même bizarre que le gouvernement cherche à inventer des systèmes périphériques pour régler le problème de la volatilité alors que les solutions existent dans la loi, y compris la révision de prix en cas de forte hausse. Les indices sur lesquels porte l'engagement existent déjà, il suffit de s'y référer. En France, nous sommes les champions de la création de textes qui ne servent à rien ! Je crains qu'il n'y ait derrière tout cela des considérations électoralistes.

 

 

LSA - Les marges de la charcuterie ne sont-elles pas capables d'absorber les hausses de prix des matières premières, et donc l'indexation ?

R.V. - Le résultat net de l'industrie de la charcuterie s'établit à 1,2% au cours des cinq dernières années et la tendance est à la baisse. C'est une rentabilité médiocre, qui est le résultat des négociations avec la grande distribution. Si on veut encore fragiliser le secteur, on pourrait finir comme l'industrie textile. Dans le prix de vente du produit au consommateur, il n'y a pas que la marge des charcutiers, il y a celle des éleveurs, de l'industrie de la nutrition animale, de l'abattage-découpe et enfin celle de la distribution. Pour une meilleure maîtrise de la volatilité des prix des matières premières, il faudrait que les opérateurs « amont », les éleveurs, leurs organisations et les fabricants d'aliments du bétail, qui sont souvent les mêmes, se mettent d'accord entre eux.

 

 

LSA - Que pensez-vous de la contractualisation, inscrite dans la LMA ?

R.V. - Le contrat a toujours existé, à chaque commande il y en a un. Entre nous et les centrales d'achat, comme entre les éleveurs et les abattoirs. Et il est vertueux quand il donne de la visibilité à une entreprise et favorise la croissance économique. Mais un contrat n'a jamais rien réglé, il n'est que le reflet d'un rapport de forces. Ce n'est pas la contractualisation qui permet de gagner de l'argent ! Dans la viande, les cours changent toutes les semaines, ce serait une hérésie de contraindre le secteur à un contrat de trois ans comme dans les fruits et légumes et cinq ans dans le lait. Il faut rappeler que le secteur a une chaîne de transformation plus longue. Les charcutiers n'achètent pas aux éleveurs, mais à l'industrie d'abattage-découpe. On ne va pas faire des contrats à trois ans pour acheter des longes ou des jambons ! D'ailleurs, quand nous achetons à l'étranger, il n'y a pas de contrat réglementaire, l'industriel se débrouille avec les cours du marché, la fluctuation des monnaies. Ces engagements souhaités par les pouvoirs publics sont une bizarrerie, ils sont franco-français et ils peuvent aboutir à donner une meilleure compétitivité aux produits importés. Ce sont des carcans. On veut nous faire courir avec des chaussures de scaphandrier antique quand les autres entreprises européennes sont en baskets.

 

 

LSA - Les charcutiers sont souvent pointés du doigt sur l'origine des viandes qu'ils utilisent. Qu'en pensez-vous ?

R.V. - Les industriels utilisent pour l'essentiel de la viande fraîche, qui impose des achats de proximité, et 85 % de nos approvisionnements viennent de France. Pour les 15% restants, il s'agit pour une part de produits qui subissent un déficit de production en France ou une réduction de l'offre française du fait des exportations, je pense aux jambons lourds vendus en Italie, aux truies pour le saucisson sec qui sont souvent abattues en Allemagne - même si leur origine est française - ou à l'estomac de porc pour les andouillettes. Nous avons signé un engagement d'indiquer l'origine des viandes porcines utilisées dans la fabrication de nos produits charcutiers mais en nous inscrivant clairement dans le cadre de la loi, que certains semblent ignorer : l'origine d'un produit transformé vient du lieu où il a été réalisé et de sa recette, pas de la provenance de la viande ou du sel. Le biscuit de Reims est bien fabriqué à Reims, mais les céréales ne sont pas produites à Reims ! Les pouvoirs publics entretiennent trop la confusion entre origine et traçabilité. Nous ne nous sommes pas engagés sur VPF qui est un logo privé, mais à indiquer l'origine France, ou Union Européenne. Dans le cadre de la viande fraîche au rayon boucherie, c'est plus simple, la viande vient de France... Ou pas. Nous-mêmes souhaitons développer avec les artisans charcutiers un logo « savoir-faire charcutier français », car il y a une demande de produits de qualité. Je préside aussi le secteur de la charcuterie au niveau européen. Dans de nombreux pays, j'observe que la crise amène certains politiques et opérateurs à vouloir recréer des barrières pour protéger leur marché, l'origine en est une.

 

 

LSA - La charcuterie française est-elle compétitive ?

R.V. - Oui, l'industrie française dispose d'un grand savoir-faire. Les volumes se développent même s'il y a un peu moins de rentabilité, les produits sont bons, beaux, de qualité, simples à utiliser, adaptés au monde moderne. Dans le domaine de la charcuterie LS, nous sommes plus compétitifs avec les Allemands et les Italiens, en technologie comme en emballage. Nous disposons de 450 recettes inscrites au Code des Usages de la charcuterie. Nous devons conserver cette diversité, cette variété, et je crains parfois pour la pérennité de certaines entreprises régionales, compte tenu de la relation conflictuelle avec les centrales d'achat. Or, suivre une démarche de développement durable, pour l'économie comme pour le patrimoine, consisterait à mieux respecter les entreprises et leur savoir-faire.

On veut nous faire courir avec des chaussures de scaphandrier antique

Robert Volut

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Article extrait
du magazine N° 2181

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