Interview de Thierry Blandinières, directeur général de Maïsadour et président de Delpeyrat

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INTERVIEW « Nous visons 240 M € de ventes pour notre pôle volaille en 2012-2013 » Le groupe coopératif Maïsadour agrandit son pôle volailles à coups de rachats pour devenir un acteur crucial sur ce marché. Et pourquoi pas leader. De St Sever à Delpeyrat, Thierry Blandinières revient sur l'actualité de ce puissant groupe.

Thierry Blandinières
Thierry Blandinières© DR

Discret, Thierry Blandinières - élu entrepreneur de l'année en 2008 par le magazine Entreprendre - est pourtant le numéro 2 d'un empire, le groupe coopératif Maïsadour (1,206 Mrd € de chiffre d'affaires en 2011), qui ne cesse de croître, qu'il s'agisse d'extension d'activités en Europe de l'Est pour ses semences, afin d'augmenter ses capacités de production, ou de nouveaux débouchés pour ses légumes (commercialisation confiée à Primco, filiale du groupe Agrial, début 2012). La volaille - poulets à marque St Sever - a particulièrement occupé Thierry Blandinières ces derniers mois. Ce pôle, qui devrait représenter à terme 20% du chiffre d'affaires du groupe, est en pleine restructuration. Dernière pierre apportée au projet : la reprise de Volailles du Périgord, le 23 janvier. Le directeur général décrypte pour LSA la stratégie de Maïsadour, et dresse un bilan du dossier Delpeyrat, marque qu'il a portée à bout de bras depuis son arrivée en 2003.

 

LSA - Maïsadour vient de restructurer l'ensemble du pôle volailles. C'est un projet que vous aviez depuis longtemps ?

Thierry Blandinières - Tout est parti du jour où le groupe Arrivé a décidé de vendre [en avril 2009, NDLR]. LDC a racheté Arrivé, qui détenait alors 60% des Fermiers landais. Maïsadour, qui avait les 40% restants, a pu acheter les 60% que détenait Arrivé et a récupéré le management de Fermiers landais. Suite à cette reprise, notre volonté a été de créer une entreprise de taille critique, car nous voulions alors augmenter notre production de volailles sous label. Pour y parvenir, nous nous sommes rapprochés de la coopérative Vivadour, dans le Gers, dont l'aval était géré par Gastronome, la filiale volaille du groupe Terrena. De cette alliance est né Fermiers du Sud-Ouest, holding contrôlé à 51% par Maïsadour et à 49% par Terrena. L'idée était alors de se rapprocher du bassin des Landes et du Périgord. Nous avons d'ailleurs toujours tendu la main aux coopératives périgourdines qui détiennent l'amont pour créer, le jour où l'occasion se présenterait, un partenariat. Pour cela, nous avons créé les Fermiers du Périgord il y a sept-huit mois, une coquille vide à l'époque. Malheureusement, ou heureusement pour nous, Volailles du Périgord a été placé en liquidation judiciaire par le tribunal de commerce de Périgueux, nous nous sommes donc positionnés. Nos discussions en amont avec les coopératives nous ont été favorables, c'est pourquoi LDC s'est finalement retiré.

 

LSA - Qu'allez-vous faire des Volailles du Périgord ?

T. B. - Les Volailles du Périgord [rachetées 200 000 € le 23 janvier 2012, NDLR] sont désormais les Fermiers du Périgord. Dans le cadre de la continuation des activités, 166 salariés sont gardés sur 206. Le fonds de commerce que nous avons racheté aurait eu besoin d'un investissement d'environ 5 millions d'euros. Mais le site se situe en centre-ville, ce qui n'est pas évident pour les camions, et sur une zone inondable ; nous avons donc décidé d'investir dans un autre site, également à Terrasson (24). Nous attendons que le projet soit validé pour racheter le terrain. Le site pourrait être opérationnel au plus tôt dans dix-huit mois.

 

LSA - Quel est votre objectif à terme avec ce nouvel investissement ?

T. B. - Nous sommes actuellement à 80 000 poulets par semaine. Avec cet abattoir, nous passerons à 125 000. Pour nous, ce projet est très structurant pour le Sud-Ouest. St Sever sera la marque qui communique sur le poulet avec le soutien de ses trois origines, afin de couvrir l'ensemble du territoire dont nous nous revendiquons. Nous allons donc pouvoir monter en puissance. Notre objectif est de produire des volailles premium, sous label. Avec le rachat et la cadence ainsi augmentée, et le travail marketing pour valoriser notre produit, nous serons avec une marque en GMS qui vend 7 à 8 millions de poulets, contre 4 à 4,5 millions actuellement. Cela devrait représenter 50 millions de chiffre d'affaires en plus, nous misons donc sur un CA de 240 millions d'euros pour 2012-2013 sur le pôle volaille.

 

LSA - Votre objectif est-il de dépasser Loué (LDC), actuellement leader, sur le poulet haut de gamme ?

T. B. - Disons que nous entendons offrir une alternative à Loué sur le poulet de qualité, en nous spécialisant dans le poulet jaune, qui représente 90% de nos produits via la marque St Sever. Sur ce segment, nous pouvons légitimement revendiquer le leadership. [90% vont à la grande distribution, surtout en pièces entières, NDLR.]

 

LSA - Où en est la marque Delpeyrat ?

T. B. - Delpeyrat se maintient comme troisième marque du marché du foie gras, et première au rayon épicerie. Nous la repositionnons dans son territoire d'origine, à Sarlat (24). Pour cela, nous avons investi 2 millions d'euros depuis un an dans l'usine (qui servait avant de stockage) pour relocaliser la production. Nous misons beaucoup sur notre gamme « 100% Sud-Ouest », plus exigeante qu'une IGP en ce qui concerne l'origine de la production et le lieu de naissance des canetons. C'est un message qui est vraiment dans l'air du temps pour le consommateur.

 

LSA - Vous parliez aussi d'une AOP pour le foie gras...

T. B. - Nous nous mobilisons pour créer une AOP sur le foie gras. C'est capital de faire reconnaître notre différenciation au niveau mondial, comme pour le champagne. Une AOP permet de différencier le produit par l'origine, et de le revaloriser. Le message commence à passer, nous espérons que l'initiative sera prise d'ici à quelques années.

L'ascension du pôle volailles

  • 190 M € de chiffre d'affaires au 30 juin 2011
  • 80 000 poulets abattus par semaine Objectif après la mise en place de l'équipement de Terrasson (24)
  • + 50 M €, soit un CA espéré de 240 M € pour 2012-2013, (20% du CA de Maïsadour)
  • 125 000 poulets abattus par semaine, soit + 25% de rendement

Source : Maïsadour

 

LES RAISONS DE LA PUISSANCE DE MAÏSADOUR

  • Chiffre d'affaires 2011 1,206 milliard d'euros (+ 20 % entre 2010 et 2011). Résultat net : 10 M €.
  • Des activités stratégiques Volonté d'équilibrer les activités en amont qui représentent 49 % du chiffre d'affaires (céréales, semences, aide aux éleveurs, création de fermes d'élevage d'esturgeons, etc.). Les 51 % restants sont expliqués par l'aval, c'est-à-dire l'activité des marques.
  • Des marques premium fortes Delpeyrat (numéro 3 sur le marché du foie gras, première marque au rayon épicerie), St Sever (offre premium positionnée sur le poulet jaune), Comtesse du Barry (racheté en mai 2011, 63 franchises et extension prévue de l'enseigne en Roumanie).
  • Des investissements importants dans le but d'accroître ses activités. 12 M € sont ainsi prévus pour un nouvel abattoir de volailles à Terrasson (24). Liens étroits avec les coopératives déjà fortement implantées dans le Sud-Ouest.

 

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Article extrait
du magazine N° 2220

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