Interview : Michel Larroche, président de la section fruits à la Fédération des industries d’aliments conservés (Fiac) et président du groupe MoM (Mont-Blanc-Materne)

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INTERVIEWINTERVIEW« Pommes, il y a urgence à faire passer les hausses » Année complexe pour les fabricants de compotes et de confitures : le coût des fruits flambe. En pleines négociations commerciales, les industriels veulent répercuter ces hausses de tarif. Ils espèrent que le distributeurs n'en profiteront pas pour accroître leurs marges.

La baisse de 15 % de la production européenne de pommes a été essentiellement provoquée par la chute de production de la Pologne, qui n'a récolté que 1,7 million de tonnes (- 33 %) et perd sa place de premier producteur européen au profit de l'Italie (2 millions de tonnes, - 7 %). Résultat, les prix des pommes sont en augmentation de 50 % à 100 % selon la provenance. Dans une quadrette de pommes en coupelles, le fruit représente 35 % du prix de revient. Soit une hausse de 0,25 à 0,30 E/kg que les industriels souhaitent répercuter (environ 11 centimes par quadrette).

LSA - Sur les fruits, la tension est au plus haut. Allons-nous revivre la crise de 2007 et ses conséquences ?

Michel Larroche - La flambée du prix des pommes et des autres fruits est de l'ordre de 20 à 25 centimes d'euro le kilo, ce qui nous oblige à passer des hausses de 8 % à 10 % sur les compotes en quadrettes à marque nationale. En 2007, la situation était effectivement similaire, et nous avions dû passer des hausses de même magnitude. Depuis, les prix avaient progressivement rebaissé.

 

LSA - Depuis quand savez-vous avec certitude que le prix des pommes va augmenter ?

M. L. - Dès la floraison, en avril et en mai, nous avons pu observer que, en Europe, le nombre de fruits sur les arbres était faible. La production a terminé en baisse de 15 %. Mais, si la Chine avait produit ses 35 millions de tonnes, nous aurions évité les tensions. Or, la production chinoise s'est trouvée en recul de 10 % et n'est pas venue compenser le manque en Europe. Cette défaillance globale a eu pour autre effet de mettre en concurrence les marchés de la compote et du jus de fruit. Habituellement, les « pommes de tri », qui ne servent pas de pommes de table, partent en compote. Mais, comme les fabricants de jus de fruit sont également en déficit, ils viennent se fournir sur nos marchés et nous sommes en concurrence. Fin décembre, la situation s'est fortement dégradée. Aujourd'hui, il y a urgence à faire passer les hausses, car nous vivons un vrai retournement des prix : entre décembre 2009 et décembre 2010, le prix des pommes a doublé. En Pologne, il est passé de 120 € la tonne à 250 € entre la semaine 35 et la semaine 42.

 

LSA - En pleine période de négociations commerciales, la distribution n'est-elle pas tentée de vous demander de prendre ces hausses à votre charge ?

M. L. - Avec la distribution, nous faisons oeuvre explicative : passer ces hausses est une question de survie pour les entreprises de la filière. Nous ne sommes pas des gros acteurs. Même Andros, le numéro un, est au mieux une grosse PME familiale. Il est vrai que notre marché a fortement progressé en volumes ces dernières années, mais nous l'avons soutenu par des investissements industriels. Par ailleurs, la croissance du marché des compotes a tout autant bénéficié aux industriels qu'à la grande distribution, qui y trouve des marges supérieures au reste de l'épicerie. Et, qui plus est, la croissance des volumes leur a apporté une bonne croissance des marges. Il faut d'ailleurs que la distribution soit cohérente et accepte de répercuter rapidement les hausses en euro/kilo, tout en maintenant un niveau de marge constant. Il faut contenir la hausse à 11 centimes d'euro par quadrette de compotes

 

 

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Article extrait
du magazine N° 2165

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