Jacques Creyssel: "Tout le monde connaît nos marges, elles sont négatives sur les viandes"

Le délégué général de la FCD, Jacques Creyssel, s’étonne de la lettre de la FNSEA adressée à la grande distribution demandant des hausses de tarifs. Il en dénonce le contenu, rappelant que "désormais tout le monde connaît les marges de la distribution qui sont négatives dans la viande". Et il estime que les négociations se déroulent "normalement".

Jacques Creyssel
Jacques Creyssel© DR

« Je ne comprends pas cette lettre, car elle mélange tous les produits, dont les produits agricoles frais qui ne sont pas concernés par les négociations commerciales au sens de la loi LME », indique Jacques Creyssel à LSA, en réaction à la lettre signée vendredi 4 janvier par Xavier Beulin, président de la FNSEA, cinq présidents de fédérations et Philippe Mangin, président de Coop de France, appelant des hausses de prix pour les viandes, les volailles et les produits laitiers. Cette lettre était adressée à la fois aux enseignes et au ministre de l’Agriculture, Stéphane Le Foll.  

Marges faibles

Il rappelle que les marges des distributeurs sont très limitées dans le domaine des produits agricoles, comme l’a révélé le rapport Chalmin en novembre dernier. « Tout le monde connaît ces marges, elles sont publiques, elles sont très faibles et elles sont même négatives pour les viandes. Dire que nous utilisons les revenus des producteurs comme variable d'ajustement de nos marges sous couvert du pouvoir d’achat des consommateurs, c’est un vieux discours, qui n’est pas adapté à ce que l’Observatoire des prix constate ».

Protéger les volumes pour défendre la production

Jacques Creyssel estime par ailleurs que « tout le monde, y compris les producteurs, doit prendre en compte les difficultés que rencontrent les consommateurs en termes de pouvoir d’achat, car il en va de l’avenir des producteurs. « Le prix de la viande a augmenté de 4 % l’an dernier, et les volumes ont chuté de 1,5 %, car les consommateurs procèdent à des arbitrages. Nous avons un devoir de préserver à la fois le pouvoir d’achat des consommateurs et les volumes, car c’est ainsi que nous protégeons aussi la capacité de production des agriculteurs ». 

Négociations "normales"

La FCD participe à un groupe de travail mis en place en urgence par les ministres de l’Agriculture et de l’Agroalimentaire, Stéphane Le Foll et Guilaume Garot, sur le porc, dans le cadre de l’accord dit du 3 mai qui vise à déclencher les clauses de revoyure des prix, et les négociations pour les autres produits se déroulent « normalement » au sein de chaque enseigne (Carrefour, Casino, Cora sont notamment adhérents de la FCD que vient de quitter Système U. Leclerc et Intermarché ne font pas partie de la FCD)

Que font les céréaliers ?…

Enfin, le délégué général de la FCD s’étonne que la lettre de Xavier Beulin et des cinq fédérations de produits agricoles ne soit pas signée aussi par les céréaliers…  « Ils ont annoncé la création d’un fonds de péréquation entre grandes cultures et filière animale, je trouve curieux qu’il tarde tant à être mis en place. Or la très forte évolution du revenu des céréaliers est directement liée aux difficultés des éleveurs. Si les choses n’avancent pas, il faudrait peut-être songer à changer le logiciel ».

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