Jardiniers en herbe cherchent conseils

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S'ils se disent utilisateurs de produits de jardin, les Français se reconnaissent aussi amateurs. Ils ont besoin de conseils et d'une offre segmentée en fonction de leur niveau de connaissances. Une étude permet d'imaginer les scénarios du futur.

En Allemagne, désherbants et insecticides sont vendus dans des armoires fermées à clé. Au Danemark, ils sont strictement réservés à un usage professionnel. Si la France est plus permissive - ils sont en vente libre -, beaucoup d'interrogations persistent quant à la bonne utilisation des produits de protection des plantes, engrais, supports de culture et autres amendements organiques, domaines couverts par les 30 fabricants regroupés au sein de l'Union des entreprises pour la protection des jardins et des espaces verts (UPJ).

Lever les craintes...

Du coup, et pour la première fois, l'institut CSA a interrogé 1 004 per-sonnes pour le compte de l'UPJ. Le but de l'étude était de mieux cerner les attentes des Français en matière de produits de jardin... à l'heure où jardiner est devenu l'un des loisirs favoris de l'Hexagone. Et les chiffres de cette étude le prouvent : au minimum, les Français possèdent une plante d'intérieur (79 % des personnes interro-gées) et, au plus, un jardin pota- ger (36 %). Entre les deux, les Français disposent soit de balcons ou de terrasses (60 %), d'un gazon (60 %) ou d'un jardin fleuri et arboré (66 %). Pour autant, et c'est là le premier enseignement de l'étude, ils se considèrent comme amateurs à 87 %. « La tradition paysanne se perdant, les gens doivent réapprendre à jardiner et, donc, à choisir puis à se servir des produits de jardin », expose Bruno Decré, directeur du marketing de Compo France.

Toutefois, 57 % des possesseurs de végétaux (soit 433 personnes interrogées) déclarent utiliser des produits de jardin. Star des produits, les terreaux sont plébiscités par 92 % de ce petit échantillon. En revanche, insecticides et désherbants, qui séduisent à peine plus de la moitié des 433 utilisateurs de produits de jardin, obtiennent un score faible. « Nous devons apprendre aux consommateurs à bien utiliser ces produits pour qu'ils ne soient pas déçus du résultat », anticipe Frédéric Pignal, directeur des activités grand public de Bayer et président de l'UPJ. D'ailleurs, les Français ne sont qu'à demi satisfaits de leurs performances. Ainsi, l'étu-de révèle que 48 % des utilisateurs de produits considèrent « qu'ils n'obtiendraient pas d'aussi bons résultats sans utiliser d'engrais ». Une manière alambiquée pour dire que 52 % pensent obtenir d'aussi bons résultats... sans en ajouter !

... et mieux guider les consommateurs

Autre frein à l'utilisation, les effets secondaires des insecticides et au-tres désherbants génère une certaine suspicion. Première crainte : la santé. 69 % des jardiniers croient qu'utiliser certains produits présente des risques pour leur santé, celle de leurs enfants ou de leurs animaux domestiques, 54 % estiment ce risque assez élevé, 15 % très élevé. La seconde crainte a trait à l'environnement. Seuls 22 % des jardiniers jugent que ces produits présentent peu de risques environnementaux, là où 76 % trouvent leur utilisation risquée - 25 % très risquée, et 51 % assez risquée. La faute tient au manque d'information concernant la mise sur le marché des produits. « S'ils sont bien utilisés, les produits pour végétaux ne présentent pas de risque particulier. Ils subissent une autorisation de mise sur le marché (AMM) comme les médicaments », précise Jacques My, directeur général de l'UPJ.

Erreur des industriels, le marketing est déficient. « Certains fabricants mettaient de magnifiques photos de géraniums ou de rosiers sur leurs packagings, mais il fallait prendre une loupe pour décrypter les conditions d'utilisation de l'engrais ou de l'insecticide. Cela nuisait au marché », souligne le directeur du marketing d'une enseigne de jardineries.

Simplifier les gammes

Les industriels commencent à changer leur fusil d'épaule en matière de segmentation de l'offre. « Nos propres études corroborent celle de l'UPJ. Nous allons nous focaliser sur les problèmes de diag-nostic pour aider les jardiniers amateurs. Ils viennent dans les magasins pour résoudre un problème sur leurs rosiers, non pour un problème de pucerons », assure Bruno Decré. De fait, les Michel Lis du dimanche ne distinguent pas le puceron de la cochenille farineuse, deux insectes aux effets ravageurs. En conséquence, les jardineries et autres circuits spécialisés (53 %) sont des lieux de vente préférés aux grandes surfaces alimentaires (40 %), dont les vendeurs - quand il y en a - ne savent délivrer qu'un conseil minimal. Raison pour laquelle l'UPJ réfléchit déjà à la manière de mieux guider les consommateurs. « C'est un problème épineux. Doit-on mettre une personne physique ou une borne interactive ? Dans ce cas, quelles doivent être les clés d'entrée ? Les symptômes ou les végétaux ? », s'interroge Jacques My. Toujours est-il que le consommateur attend d'être plus informé : sur le produit (85 % des réponses), de la part des vendeurs (79 %), mais aussi sur des sites internet (62 %).

Paradoxalement, les utilisateurs de produits sont une majorité, 68 %, à considérer qu'il est plutôt simple de choisir un produit de soin et d'entretien des végétaux, contre 31 % qui déclarent ce choix compliqué. « Nous sommes agréablement surpris de ce résultat », reconnaît Jacques My. « Pourtant, les gens passent du temps dans les rayons : trois minutes et demi dans celui des produits phytosanitaires, trois minutes treize dans celui des engrais. Si ce sondage avance que le choix est simple, nous pensons qu'il est tout de même difficile de se repérer en rayons, et qu'un travail sur la simplification des gammes est à effectuer », nuance Bruno Decré.

Les consommateurs ont leurs critères de choix. Sans conteste, la praticité arrive en pole position, avec 84 % des suffrages des jardiniers chevronnés (soit 36 personnes interrogées) et 92 % des suffrages des jardiniers se considé- rant comme amateurs (383 personnes). Arrive également dans les starting-blocks la mention typiquement française « autorisé dans les jardins », qui rassure 83 % des jardiniers (85 % des chevronnés). La composition des produits serait lue par 92 % des jardiniers pro, mais par seulement 77 % des amateurs. Enfin, la marque est plus importante pour ces derniers (42 %) que pour les chevronnés (32 %), et arrive seulement en quatrième critère de choix.

« Cadeau Bonux » de l'étude, les industriels peuvent être fiers de leurs efforts de recherche et développement, département dans lequel ils investissent en moyenne 12 % de leur chiffre d'affaires. Les trois quarts des utilisateurs de produits comme des non-utilisateurs pensent que la recherche contribue à mettre sur le marché des produits plus efficaces, plus sûrs et plus respectueux de la nature... et bientôt très compréhensibles par les jardiniers amateurs.

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Article extrait
du magazine N° 1956

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