J-M Grunberg (La Grande Récré) : "Il nous faut rouvrir ou mourir !"

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INTERVIEW Jean-Michel Grunberg, patron de La Grande Récré, s’élève contre la fermeture des commerces dits « non essentiels », tels les spécialistes du jouet. Pour lui, c’est toute la filière – et ses milliers d’emplois – qui est aujourd’hui menacée.

Jean-Michel Grunberg, président de La Grande Récré rappelle l'urgence pour les commerçants du jouet à rouvrir au plus vite.
Jean-Michel Grunberg, président de La Grande Récré rappelle l'urgence pour les commerçants du jouet à rouvrir au plus vite.© La Grande Récré

A nouveau frappée par la fermeture obligatoire des commerces dits « non essentiels », La Grande Récré, à l’instar des autres spécialistes du jouet, voit sa saison de Noël très compromise. Jean-Michel Grunberg, président de l’enseigne, plaide pour une réouverture rapide de ces commerces, véritablement essentiels en cette période de l’année, pour les familles mais aussi pour l’ensemble de la filière du jouet en France.

LSA – Que vous inspire ce nouveau confinement ?

Jean-Michel Grunberg – Nous sommes aujourd’hui dans une situation « extra-naturelle ». Alors que nous vivons dans un climat de « guerre » contre le virus, la fermeture des commerces est une décision très dommageable car le commerce, c’est la vie. En les fermant, on ajoute de l’inquiétude chez des familles déjà inquiètes de ne pas pouvoir fêter Noël normalement. Or cette fête est essentielle pour le moral des consommateurs : c’est dans les périodes de crise que l’on a encore plus besoin de ces symboles et traditions qui sont de vrais repères dans nos vies – en particulier pour les enfants – et qui créent du sens et des souvenirs.

Cette fermeture est aussi absurde car les magasins ne sont pas des « clusters » épidémiques : depuis le déconfinement du printemps dernier, tous les commerces respectent les mesures de distanciation sociale, le port du masque, le gel hydroalcoolique... Nous sommes prêts à aller encore plus loin dans ces mesures. Mais, clairement, aujourd’hui il nous faut soit rouvrir, soit mourir !

LSA – La levée de bouclier des différentes fédérations de commerces frappés par la fermeture a fait réagir le gouvernement qui a décidé la fermeture des rayons non-alimentaires dans les GSA…

J.-M. G – Il y avait effectivement un problème d’iniquité avec les hypers et supermarchés qui pouvaient continuer à vendre des jeux et jouets. Le seul intérêt de cette nouvelle interdiction est qu’ils sont désormais nos alliés objectifs pour réclamer la réouverture du jouet : c’est une nécessité vitale, pas seulement pour nos commerces, mais pour toute la filière du jouet, en particulier les fabricants de jouets français dont les produits sont souvent vendus chez les spécialistes.

La filière du jouet emploie beaucoup de saisonniers sur la période de Noël. Pour la Grande Récré, c’est quelque 600 saisonniers que nous avions prévu d’embaucher durant cette période. La fermeture de nos magasins nous a contraints à suspendre leur recrutement et contrairement aux 40% de nos 1000 salariés en boutiques actuellement en chômage partiel, ils ne sont pas payés. Cette fermeture accentue la pauvreté des travailleurs les plus précaires.

LSA – Comment se passe votre activité aujourd’hui ?

J.-M. G – Depuis la fermeture, nous perdons environ 70% de notre chiffre d’affaires habituel. Le digital, click & collect, commandes par téléphone et autres ne peuvent pas compenser l’activité de 140 magasins. Rendez-vous compte : le chiffre d’affaires du mois de novembre, traditionnellement, est deux fois supérieur à celui réalisé par les deux mois du confinement du printemps. Pire, c’est normalement le mois où on équilibre notre trésorerie ! Pour une activité aussi saisonnière que le jouet, une reprise rapide est primordiale : s’il est possible de rouvrir mi-novembre, nous pourrons encore rattraper le retard. Sinon, nous ne pourrons pas tenir économiquement.

Mais, dans tout malheur, il y a toujours une lueur d’espoir : nous avons sorti, comme prévu, notre catalogue de Noël cette semaine et maintenons nos plans de communication du Black Friday et de décembre. Si on arrête d’y croire et d’investir, alors c’est sûr que nous serons fichus. Alors nous nous préparons à faire la fin d’année et à ne pas perdre de temps pour lancer l’année 2021.

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