Marchés

Jean-Philippe Girard (Ania): plaidoyer virulent pour l’industrie agro-alimentaire française

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Lors de la présentation de ses vœux (et de ses nouveaux locaux à Paris) et devant Stéphane Le Foll, ministre de l’agriculture et de l’agro-alimentaire, Jean-Philippe Girard, président de l’Ania, a martelé le 28 janvier 2015 un discours en 3 temps. L’industrie agro-alimentaire est un pilier de l’économie française ; les "scores nutritionnels"» sont dangereux : et la guerre des prix est dévastatrice. Extraits de son discours.  

JP Girard (Ania): "Cette course folle au prix le plus bas. J’ai envie de dire au prix le plus bête!".
JP Girard (Ania): "Cette course folle au prix le plus bas. J’ai envie de dire au prix le plus bête!".© photos laetitia duarte

Le président de l’Association Nationale des Industries Alimentaires (plus de 11 800 entreprises alimentaires), Jean-Philippe Girard, a tenu un discours très musclé, notamment contre la grande distribution. En voici des extraits.

1 - Un pilier de l’économie française

Je le dis et le redis. Nous sommes: un pilier de l’économie de la France. Un pilier de l’emploi. Mais également un pilier de l’aménagement du territoire. Nous sommes résistants, résiliant ! C’est une force pour la France. Nos ministres, nos députés, nos sénateurs, nos administrations… doivent en être conscient et agir avec nous avant qu’il ne soit trop tard. Nous disposons d’un potentiel unique et vous le savez toutes et tous en termes d’innovation, de créativité, de qualité, de production, de sécurité, de traçabilité, de diversité de l’offre et d’exportations.

Alors posons-nous la question! Que serait notre pays sans son industrie alimentaire? Sans nos TPE. Sans nos PME. Sans nos ETI. Sans nos grandes entreprises nationales et internationales. Sans vous. Que serait-il vraiment? Gardons toujours à l’esprit la force collective que nous représentons.Soyons plus unis, plus déterminés, Nous avons plus de 11 800 entreprises réparties dans toute la France. Nous sommes la première puissance industrielle de notre pays avec plus de 160 Mrds d’euros de chiffres d’affaire. 43 Mdrs d’euros d’exportations. 8 Mrds d’excédent commercial 500 000 emplois ! Nous transformons 70% de la matière première agricole française. Impressionnant non!

Oui, nous pouvons être fiers, «sans être prétentieux». Fiers de ce que nous sommes. Fiers de ce que nous produisons. Fiers de ce que nous entreprenons. Fiers de ce que nous portons. Ce grand projet de l’alimentation. Oui, bien s’alimenter est important en France et nous en sommes les héritiers et désormais les acteurs, Oui, le consommateur doit être au coeur de nos actions et de notre attention. Nous lui devons la qualité, la sécurité, la transparence, la diversité, l’information et l’offre au juste prix. Car bien s’alimenter, bien alimenter doit être notre force, notre fierté, notre responsabilité.

2 - Le danger des "scores nutrionnels"

La menace des «scores nutritionnels» voudrait réduire nos aliments, notre modèle alimentaire français à une simple addition de nutriments. Non. Nous n’acceptons jamais des pastilles rouge et orange sur nos formages, sur nos charcuteries, sur notre miel, sur nos pains, sur nos chocolats et nos confitures, sur nos plats cuisinés. En résumé sur notre patrimoine français ! Ce serait catastrophique pour notre alimentation, Ce serait catastrophique pour notre tourisme. Catastrophique pour nos exportations.Non, nous n’acceptons pas non plus d’être affaiblis et d’être opposés les uns aux autres : Produits bruts contre produits transformés. PME contre Grands Groupes. Artisanat contre Industrie. Nous devons agir ensemble !

STOP au "food bashing" : nous ne le méritons pas ! Oui au «Food Loving» : il ne faut jamais s’arrêter de rêver !. Nous sommes tous les acteurs d’une filière d’excellence et nous devons collectivement défendre ce modèle, notre modèle, celui de la qualité, de la convivialité, de la diversité, du goût. Sans oublier celui du plaisir de s’alimenter et de partager un repas en famille ou avec des amis …

3 - Une course folle aux prix bas

La guerre des prix que se livre sans relâche la grande distribution est une menace, qu’elle nous contraint de financer ! Cette course folle au prix le plus bas. J’ai envie de dire au prix le plus bête ! Cette guerre, éprouvante pour nous, qui étrangle nos entreprises et qui dévore nos marges. Une guerre stupide et contre-productive. Qui détruit non seulement de la valeur. Qui détruit de l’emploi et paralyse nos investissements, nos recrutements et nos projets.

Cette année encore … les demandes de déflation de la part des distributeurs sont anormales, injustifiées, voir provocatrices, abyssales. Comme évoqué lors du dernier bureau: c’est un véritable racket organisé. Nous ne pouvons poursuivre dans cette voie. Ce serait catastrophique pour notre filière. Catastrophique pour notre pays. Catastrophique pour l’emploi et l’investissement. La déflation alimentaire entrainera inéluctablement la déflation salariale, sociale et, plus grave, la perte de confiance, la perte de savoir-faire, la perte d’entreprise. J’en appelle donc aux patrons de la grande distribution, qui sont comme nous des entrepreneurs, des chefs d’entreprises ! A tenir leurs engagements du 23 octobre dernier (en présence de 2 ministres) pour un comportement plus responsable, plus constructif, plus respectueux et plus éthique vis-à-vis de leurs fournisseurs  vis-à-vis de nous. Je les invite à transmettre ce message dans les box de négociations !

On me dit souvent : Jean-Philippe ça fait 20 ans que j’entends cela. Oui. Mais nous sommes en quelque sorte arrivés au bout du bout. Personne ne sortira gagnant de cette guerre du prix J’en appelle donc, en 1er à nos ministres : la loi doit être appliquée et contrôlée. Les abus sanctionnés et communiqués. Il y a urgence! Que s’est-il passé depuis l’été dernier ? Mais la loi ne suffira pas. Nos ministres, nos députés, nos sénateurs qui connaissent désormais parfaitement la situation doivent agir, intervenir et sévir. Faire preuve d’autorité dans ce moment clé de notre histoire et de notre filière

La vigilance doit être renforcée face à 4 centrales d’achat qui représentent désormais 93% du marché ! Mais, car il y a un mais, tous ensemble, je le redis, - Agriculteurs, coopératives- Industriels de la première et de la deuxième transformation, - distributeurs, - consommateurs - administrations et pouvoirs publics, - nous devons agir, trouver des solutions pour redonner de la valeur à notre alimentation. De l’intérêt et de l’attractivité à notre filière. De la valeur à ce que nous mangeons, de la valeur à ce que nous buvons. Retrouver enfin le podium de l’exportation mondiale. Je le redis, il faut réaffirmer notre fierté, notre responsabilité et notre ambition. Ne rien lâcher ! Il faut réaffirmer l’importance stratégique de notre filière avant qu’il ne soit trop tard !

A savoir
L’Association Nationale des Industries Alimentaires (ANIA) rassemble 20 Fédérations nationales sectorielles et 23 associations régionales des industries alimentaires. Elle fédère, représente et accompagne plus de  11 800 entreprises alimentaires de toutes tailles et de tous secteurs. Elle est le porte?parole de l’industrie alimentaire et agit pour promouvoir les intérêts des entreprises du 1er secteur économique français.
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