Jusqu’où ira le commerce en gares ?

|
Twitter Facebook Linkedin Google + Email Imprimer

Capitalisant sur ses 2 milliards de voyageurs annuels, la filiale dédiée de SNCF n’en a pas fini d’étendre l’éventail des services et commerces dans ses réseaux. Les murs des grandes gares sont poussés, les offres de proximité démultipliées dans les plus petites. Et le potentiel d’enseignes et concepts à « embarquer » loin d’être pleinement exploité.

En partant au bureau, Dominique, passant par la gare, y a déposé bébé à la crèche, les affaires pour le pressing et ­téléchargé la dernière saison de sa série télé ­préférée sur sa tablette. Et ce soir, au retour, elle récupérera sa commande en ligne de produits frais, ses chaussures ressemelées, choisira un grand cru pour beau-papa. Ha ! Ne pas oublier de réserver le billet pour le théâtre et de prendre rendez-vous au centre d’optique. Et demain, pas la peine d’aller plus loin que la gare pour ­travailler : son centre d’affaires accueille sur place le séminaire marketing organisé par son entreprise ! Science-fiction ? Non, tous ces services sont déjà disponibles ou sur le point de l’être. On allait depuis toujours dans les gares pour voyager, on vient désormais y « acheter du temps ». Selon la formule d’A2C, filiale de SNCF Gares & Connexions, qui commercialise et gère les emplacements commerciaux. Car au-delà de « déplacer » les Français, « notre vocation est de faciliter leur vie, déclare Rachel Picard, directrice générale de Gares & Connexions. Ils passent de plus en plus de temps dans les transports. D’où la ­nécessité d’installer tout ce qui peut contribuer à leurs besoins quotidiens sur leur parcours. C’est en plus une façon de réintroduire de la vie et d’agrémenter cette course de vitesse. 89 % d’entre eux réclamant services et commer­ces en gares. »

Mais c’est aussi par nécessité que SNCF joue la carte des commerces. « Dans un système ferroviaire en mal d’autofinancement, nous valorisons une richesse qui ne s’épuise pas : nos flux de visite en constante augmentation », complète Rachel Picard. Une manne, en effet, quand on connaît l’extrême peine des centres-villes et des centres commerciaux à maintenir leur fréquentation. Quand Gares & Connexions annonce une augmentation de trafic de ses voyageurs de 9 % sur cinq ans (entre 2009 à 2013), aussi bien dans les gares de province qu’en Ile-de-France. Et même de 21 % sur les gares transiliennes (réseau banlieue intégrant les lignes de RER de SNCF) !

La métamorphose de Saint-Lazare

« Nous avons le niveau d’expertise de toute autre foncière, et recrutons même de plus en plus de collaborateurs issus du monde des centres commerciaux », argumente Antoine Nougarède, directeur général adjoint d’A2C depuis le printemps. Lui-même venu d’Icade, ayant collaboré à des projets aussi prestigieux qu’Odysseum à Montpellier ou Beaugrenelle à Paris. Cependant, les gares appartenant au domaine public, « nous n’avons pas les mêmes objectifs de retour sur investissement que les foncières cotées. Chez nous, l’intégralité des cotisations perçues remonte à SNCF, qui les investit dans l’optimisation des gares ». Pas de loyers levés auprès des commerçants donc, mais le fruit de conventions d’occupation temporaires (COT) accordées sur consultation. Et à plus grande échelle, des autorisations d’occupation tempo­raire (AOT) sous-traitent auprès de grands promoteurs les investissements, rénovations et gestion des espaces commerciaux dans les plus grandes gares.

Ainsi armé, Gares & Connexions ne cesse de faire gagner aux commerces de la place sur l’espace public en déployant tout l’éventail d’une stratégie multiformat. Parmi les grandes réalisations, l’exemple le plus parlant est la refonte commerciale de Paris-Saint-Lazare confiée à Klépierre (pour quarante ans), site métamorphosé depuis 2012 en un ensemble de 10 000 m² sur trois niveaux affichant les meilleurs chiffres de la foncière. En juin, c’est Altarea Cogedim qui était choisi (pour trente ans) afin de réorganiser les espaces de Paris-Montparnasse. Et la consultation est lancée pour trouver le maître d’œuvre de la modernisation de la gare d’Austerlitz.

« Convenience stores »

Mais le ­commerce est aussi affaire de moyennes et petites gares pour lesquelles a été lancé le concept de Boutiques du Quotidien. Ces « convenience stores » concentrent toute l’offre indispensable aux actifs voyageant, mais aussi aux riverains des stations. Jusqu’où ira le commerce en gare ? Profiter de services postaux, d’une conciergerie (pressing, cordonnerie, clé minute), d’une offre en vins, chocolats, fleurs sera bientôt possible dans le Pickup Store d’Ermont-Eaubonne (95).

D’autres enseignes à convaincre

L’installation de casiers automatiques de livraisons dans les lieux de flux est aussi dans l’air du temps (LSA n° 2305). Crèches et centres d’affaires se dupliquent. CinéGV installe ses bornes permettant de télécharger films et séries. Et l’arrivée de salles de sports, instituts de beauté, centres d’optique et d’audition… est au tableau d’affichage des gares.

Et croyez-vous qu’elles aient fait « le plein » ? Non ! Seules 400 gares sur les 3 000 existantes sont dotées de commerces. Et si Gares & Connexions s’enorgueillit de donner leurs entrées à des enseignes aussi originales que Nature & Découvertes, Muji to Go, Moleskine, Swarovski, Pandora ou Decathlon Mobility, on ne trouve que 115 enseignes en réseau (restauration comprise) présentes dans lesdites gares. « Ce n’est pas assez, reconnaît Rachel Picard. Il y a encore un travail de conviction à faire auprès d’acteurs qui ont une vision ringarde du commerce en gare. Qui n’y voient que chalands pressés, paniers moyens bas et achats à l’unité. Oubliant l’incroyable visibilité que nous leur offrons ! Telle la gare du Nord, par exemple, avec ses 650 000 passages par jour, qui en font la première d’Europe. Ou Saint-Lazare, où Burger King en­registre sa meilleure performance mondiale après New York ».

Daniel Bicard

État des lieux

Le réseau Gares & Connexions
  • 3 029 gares en France (dont 483 en Ile-de-France)
  • 2 milliards de voyageurs par an

 

Les commerces* en gares

  • 400 gares dotées de commerces (à partir d’un seul point de vente avec vendeurs)
  • 823 gares dotées de 2 100 distributeurs automatiques Selecta
  • 200 000 m² commerciaux
  • 1 800 Conventions d’Occupation Temporaires (COT)
  • 115 enseignes (y compris en restauration) présentes
  • 170 millions de redevances collectées par an

 

Grands chantiers pour grandes gares

Paris Montparnasse
  • Aménageur Altarea Cogedim
  • Extension commerciale de 11 300 m² existants à 20 000 m²
  • Echéance 2020

 

Paris Austerlitz

  • Consultation en cours
  • Extension de 1 800 m² à 17 000 m²

 

Paris Gare du Nord

  • Aménageur Altarea Cogedim
  • Réaménagement des 3 500 m² de la « mezzanine banlieue »
  • Échéance Mi-2015

Paris Gare de Lyon

  • Aménageur Gares & Connexions
  • Aménagement de la « salle des fresques » avec extension de 700 à 1 500 m²
  • Echéance 2016

Et aussi

  • En finalisation Gares de Bordeaux et Montpellier-Saint-Roch (fin 2014)
  • En cours Gares de Lille Flandre (démarrage) et Rennes (en consultation, d’ici à 2020)

 

De plus en plus de services en stations

Les Boutiques du Quotidien
  • Concept de proximité en moyennes et petites gares (de 80 à 250 m2) lancé en 2011.
  • 5 enseignes avec 4 partenaires Trib’s, Hubiz, Chez Jean et Casino Shop (Relay en partenariat avec Casino) ; Monop’Station (Monoprix en partenariat avec NS Stations).
  • Une trentaine actuellement, 40 d’ici à la fin de l’année, 80 à terme.

Pickup Store

  • En partenariat avec la Poste à Ermont-Eaubonne (95), fin septembre. Rassemblant services postaux, conciergerie (pressing, cordonnerie, clés minute), vente de vins, chocolats, fleurs.

 

Bornes CinéGV

  • Permettant le téléchargement de films et séries en 30” sur clé USB en gares de Paris Montparnasse, Paris gare de Lyon et Rennes depuis juillet (photo ci-dessous).

Des crèches

  • À Paris Nord en 2012, Paris Saint-Lazare, Ermont-Eaubonne et Roanne d’ici à fin 2014.

 

Des centres d’affaires

  • Salles de 1 200 à 2 000 m² équipées pourdes réunions, des séminaires, etc. Au Mans en juin 2014, en travaux à Bordeaux, Lille-Flandre, Amiens ; à l’étude dans les grandes gares parisiennes.

 

À l’étude

  • Points de retrait de colis
  • Casiers pour livraison de commandes, y compris réfrigérés pour produits frais
  • Conciergeries (services pressing, billetterie…)

 

« Le commerce en gares est encore bien timide en France, au regard des flux extraordinaires que nous y drainons ! Les offres et services de demain restent à inventer. Nos réseaux sont les laboratoires idéals pour des enseignes voulant tester de nouveaux concepts. »

Rachel Picard, directrice générale de Gares et Connexions

* Y compris restauration et servicesSource : Gares & Connexions/A2C, données actualisées à date

Testez LeMoniteur.fr en mode abonné. Gratuit et sans engagement pendant 15 jours.

Toutes les actus de la consommation et de la distribution

je m’inscris à la newsletter

Article extrait
du magazine N° 2335

Couverture magasine

Tous les jeudis, l'information de référence de la grande consommation Contactez la rédaction Abonnez-vous

 
Suivre LSA Suivre LSA sur facebook Suivre LSA sur Linked In Suivre LSA sur twitter RSS LSA