Krszysztof Trylinski, PDG du groupe Belvédère : « Un an pour assainir Belvédère »

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Le nouveau patron du groupe de vins et spiritueux Belvédère, Krszysztof Trylinski, a accordé, à LSA, sa première interview. Il revient sur les problèmes de l'entreprise et annonce un avenir plus sain.

Nommé en octobre, Krszysztof Trylinski, l'un des deux fondateurs de Belvédère, préside un groupe de près de 900 millions d'euros de chiffre d'affaires.
Nommé en octobre, Krszysztof Trylinski, l'un des deux fondateurs de Belvédère, préside un groupe de près de 900 millions d'euros de chiffre d'affaires. © DR

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Le groupe

900 M E Le CA 2011, estimation 4 000 salariés Les principales marques : - Krupnik et Sobieski (vodkas) - William Peel (whisky) - Marie Brizard (liqueurs) - Moncigale (vins) Source : LSA

Krszysztof Trylinski compte faire table rase d'un passé handicapant pour l'entreprise. Soit quatre années de rendez-vous avec les tribunaux de commerce et un conflit avec son principal créancier, le fonds américain Oaktree Capital.

Le PDG se donne un an pour résoudre les problèmes d'une entreprise au capital très éclaté (8 000 actionnaires individuels), qui emploie 4 000 salariés dans l'Union européenne et qui génère 15 000 emplois indirects. Krszysztof Trylinski annonce vouloir céder deux marques, ce qui permettrait de désendetter le groupe et de reconstituer ses fonds propres.

Le plus difficile sera de négocier avec Oaktree Capital, déjà propriétaire d'un concurrent de Belvédère, fortement soupçonné de ne pas vouloir se débarrasser de sa dette pour mettre la main sur les marques dudit Belvédère : Krupnik et Sobieski (vodkas), William Peel (whisky), Marie Brizard (liqueurs), Moncigale (vins, filiale de Marie Brizard), etc. Des marques en forme et qui détiennent, pour la plupart, de fortes parts de marché dans l'Hexagone. Selon le patron, elles permettent de valoriser le groupe à 1 milliard d'euros.

 

 

LSA - Vous êtes maintenant le PDG du groupe Belvédère. Parlez-nous de vous...

Krszysztof Trylinski - Je suis né à Varsovie, en Pologne. J'ai intégré l'équipe nationale de handball et j'ai suivi des études à l'École polytechnique de Varsovie. En 1988, je suis allé en France, à Chalon-sur-Saône (71), pour jouer dans l'équipe locale de hand. J'y ai rencontré Jacques Rouvroy, qui cherchait quelqu'un connaissant l'Europe de l'Est. Nous avons créé une société d'importation, en 1991. Puis, nous avons eu l'idée de créer la niche des vodkas de luxe, ce qui nous a conduits à lancer Chopin, en 1991, puis Belvédère, en 1992, marques que nous avons revendues depuis. Nous avons acheté trois distilleries (deux en Pologne et une en Lituanie). En 1998, nous avons lancé Sobieski, aujourd'hui la septième vodka premium la plus vendue au monde. En 2006, nous avons repris Marie Brizard, et sommes devenus un groupe européen.

 

 

LSA - C'est là que les problèmes arrivent ?

K. T. - Suite à ce rachat, nous avons investi aux États-Unis, en reprenant Florida Distillers Company, un outil industriel qui nous a permis de créer un réseau de distribution sur le continent nord-américain. Puis au Brésil, avec une unité de production d'alcools locaux. Nous avons alors émis des obligations, à hauteur de 375 millions d'euros, pour nous permettre de financer la suite de notre développement. En 2008, la Bourse a dévissé. Nous avons été contraints d'acheter des titres avec lesquels nous avions payé une partie de Florida Distillers Company, même si nous nous acquittions des échéances. Mécaniquement, le niveau d'autocontrôle autorisé a été dépassé.

 

 

LSA - Avec quelles conséquences ?

Surpris, nous avons vu débarquer des avocats américains, représentants de nos créanciers, qui nous demandaient de rembourser immédiatement nos lignes de crédits, sous ce seul prétexte d'autodépassement. Parmi ceux-ci, le fonds américain Oaktree Capital qui en a profité pour racheter une grande partie de nos dettes pour seulement 20% de leur valeur. Notre endettement total atteignait 530 millions d'euros, au 31 décembre 2010.

Oaktree Capital possède déjà une distillerie à Lublin (Pologne) et affiche son envie de reprendre nos actifs au moindre coût, pour réaliser une plus-value importante. Ils ne veulent d'ailleurs pas vendre la part de notre dette. Le combat contre ces pratiques a démarré en 2008, avec, à la clé, une procédure de sauvegarde de Belvédère prononcée par le tribunal de commerce de Beaune (21).

Ce fut le début d'une série douloureuse, car, avec la crise financière, les banquiers sont devenus frileux. Lors de cette première procédure, le tribunal de commerce nous a demandé de vendre Marie Brizard. Vous imaginez quel prix ridicule les acquéreurs potentiels nous proposaient, compte tenu de notre situation. Il était impensable de céder à un prix si bas, qui n'aurait comblé qu'une infime partie de notre endettement. Le 7 juin 2011, le tribunal de commerce de Dijon a dissous notre plan de continuation, sous le prétexte que nous n'avions pas vendu Marie Brizard, et alors même que nos activités nous avaient permis de payer nos échéances.

 

 

LSA - Qu'allez-vous faire ?

K. T. - Je me donne un an pour résoudre nos problèmes. Nous allons tenter de trouver une porte de sortie avec nos créanciers, Oaktree Capital en tête, afin que ne soient pas détruits les emplois directs et indirects. Grâce aux marques en croissance, j'estime que le groupe peut être valorisé, au minimum, à 1 Mrd €. J'ai annoncé que je comptais céder deux marques, pour nous désendetter et reconstituer nos fonds propres.

 

 

LSA - Quelles sont les autres actualités de Belvédère ?

K. T. - Nous menons une politique volontariste d'innovations. En 2010, nous avons créé la vodka Krupnik, qui, en dix-huit mois, est devenue numéro un en Pologne. En France, nous avons lancé cet été Fruits et Wine, une gamme de vins aromatisés qui marche très bien. Nous sommes fiers d'avoir un vin « parkerisé » : le Coteaux d'Aix-en-Provence 2010 de Moncigale. Notre whisky, William Peel, est le deuxième spiritueux le plus vendu en France, selon le classement de l'IWSR Database 2011. Nos déboires juridiques n'ont pas empêché notre chiffre d'affaires d'augmenter de près de 10% au premier semestre, à 422,4 M €.

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Article extrait
du magazine N° 2205

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