L’accord Auchan-Metro expliqué par Jean-Denis Deweine, directeur des achats internationaux d’Auchan

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Les deux géants européens, respectivement 11e et 6e distributeurs mondiaux et qui cumulent près de de 115 milliards d’euros de chiffre d’affaires à eux deux (48 pour le Français, 66 pour l’Allemand) ont annoncé, ce jeudi 23 octobre en début d’après-midi, qu’ils allaient mettre en commun leurs achats de produits de grandes marques internationales alimentaires, ainsi que les articles non alimentaires hors produits électroniques grand public. Objectif : vendre "des services" à leurs grands fournisseurs internationaux et donc améliorer leurs conditions d’achats. Les explications et les détails de l’opération –sous forme de questions réponses– par Jean-Denis Deweine, directeur des achats internationaux chez Auchan, qui a répondu à une poignée de journalistes économiques, dont ceux de LSA, juste après l’annonce de l’accord.

Jean-Denis Deweine, directeur des achats internationaux d'Auchan, revient sur les atouts de l'accord conclu avec Métro.
Jean-Denis Deweine, directeur des achats internationaux d'Auchan, revient sur les atouts de l'accord conclu avec Métro.© DR

LSA : En quoi consiste exactement le partenariat que vous venez de conclure avec Metro ?
Jean-Denis Deweine : Cet accord comprend deux volets. Le premier est un accord de coopération internationale avec les grands fournisseurs et la vente de services spécifiques internationaux, cela sans répercussion sur les négociations nationales, ni les prix nationaux. Le second volet concerne la mise en commun du sourcing de produits non alimentaires, essentiellement sur les produits de bazar dans un premier temps, à nos marques respectives ou en « no name ». Auchan dispose déjà de bureaux d’achats en Inde, au Bengladesh, en Espagne… tandis que Métro est plutôt présent à Hong Kong ou en Amérique du Sud. Grâce à ces ressources communes basées à travers le monde, nous pourrons sourcer les meilleurs fournisseurs en terme de prix mais aussi d’efficience au niveau logistique ou de politique RSE.

LSA : Qu’est-ce qui  a motivé cet accord à deux volets ?
J-D D : Avec Métro, nous sommes présents dans plus de 40 pays et sur tous les circuits – du format de proximité au e-commerce en passant par le cash and carry et les hypermarchés -. Cette envergure géographique et cette dimension cross-canal nous permettront de  travailler avec nos fournisseurs internationaux - environ 200 rien que pour Auchan selon notre dernier inventaire, sur de nouveaux services. Par exemple, pour renforcer leur présence sur tous les circuits, entrer dans un pays, une région ou encore proposer le référencement d’un nouveau produit dans 40 pays en simultané.

LSA : N’y a t-t-il pas d’intérêt financier ?
J-D D : Certes, cet accord nous permet de faire plus et mieux avec des gains sur l’ensemble de la chaine de valeur.

LSA : Lesquels ?
J-D D : C’est le secret des affaires. Nous avions tous deux organisé nos achats au niveau international. Ce n’est jamais qu’une extension de ce que nous faisions déjà.

LSA : Quel est le périmètre d’achat pour les grandes marques internationales ?
J-D D : Le volume d’affaire sur les produits de grande consommation de marques internationales avoisine 22 milliards d’euros en consolidant les achats d’Auchan, de Système U et de Métro.

LSA : Pourtant Métro et Auchan ne vendent pas les mêmes marques ou les mêmes types de produits ?
J-D D : La plupart du temps, si. Les fournisseurs sont les mêmes : Coca-Cola, Procter & Gamble, Unilever, Nestlé, etc. Certes, de temps en temps, il peut y avoir des particularités liées aux formats des produits ou aux emballages.

LSA : Sur quel volume d’affaires porte l’accord côté non alimentaire?
J-D D : Entre 5 et 6 milliards d’euros essentiellement réalisés avec des produits de bazar. Notre accord exclut en effet les produits d’électronique grand public, Métro étant propriétaire de la chaine spécialisée Média Saturn, qui n’est plus présente en France depuis le rachat des magasins français par Boulanger, mais pèse 20 milliards d’euros de chiffre d’affaires et des grands magasins Kaufhof, soit 3 milliards d’euros.

LSA : Vous devenez la première centrale européenne ?
J-D D : De fait, nous allons rejoindre le peloton des trois premières centrales européennes, avec Copernic et Core…

LSA : Depuis quand négociez-vous cet accord ?
J-D D : Le rachat des hypermarchés Real par Auchan nous a rapprochés (le groupe Auchan a racheté pour 1,1 milliard d’euros 91 hypermarchés sous enseigne Real au groupe Métro, tous basés en Europe de l’Est, Pologne, Roumanie, Russie et Ukraine, NDLR). Même s’il a été signé en novembre 2012, sa mise en œuvre opérationnelle a pris du temps et s’est achevée en mars 2014 en Pologne, par exemple. Cela nous a permis de nous apprécier et de faire le constat qu’Auchan et Métro ne sont pas en concurrence, ni en terme de formats de magasins, ni en terme de positions géographiques, mais au contraire très complémentaires.

LSA : Système U était-il au courant de vos pourparlers ?
J-D D : Bien entendu. Dans les deux cas, la complémentarité saute aux yeux, que ce soit en termes de formats de magasins ou en termes de positions géographiques.

LSA : Disposerez-vous d’une structure commune ?
J-D D : Non. Nous conservons la même approche que pour notre accord avec Système U. Nos fournisseurs s’adresseront aux deux négociateurs en même temps. Au terme des négociations, il y aura un seul contrat avec trois signatures, celle de Métro, celle d’Auchan, et celle du fournisseur. Ces échanges auront lieu en terrain neutre, au Luxembourg.

LSA : Pour bénéficier d’une défiscalisation…
J-D D : Si vous connaissiez les taux d’imposition au Luxembourg, vous sauriez que ce ne peut être une motivation… Et puis, Auchan tout comme Métro disposait déjà chacun d’une structure dans ce pays. En ce qui nous concerne, notre centrale d’achats Auchan International est basée au Luxembourg.

LSA : Ce partenariat avec Metro peut-il déclencher d’autres accords du même genre ?
J-D D : Notre association présente des caractéristiques différentes des autres distributeurs qui se sont alliés en Europe, car en premier lieu, nous sommes internationaux quand les autres ont surtout des dimensions nationales. Cependant, dans le contexte actuel de la distribution, en pleine mutation, nous pouvons aisément imaginer que notre accord amènera des réactions…

 

Propos recueillis par Sylvie Leboulenger et Jérome Parigi

 

 

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