L’ADN chimique, arme de dissuasion antibraquage

|
Twitter Facebook Linkedin Google + Email Imprimer

Technique validée au Royaume-Uni depuis dix ans, les traceurs chimiques arrivent timidement en France. Après Rosny 2, c’est Grand Littoral, à Marseille, qui s’en dote. Il devient le plus grand site commercial français équipé de ce système.

Les centres commerciaux auraient-ils trouvé la parade absolue contre les braquages Les responsables du centre commercial Grand Littoral, à Marseille, devenu mi-janvier le plus grand site commercial équipé de traceurs chimiques, y croient dur comme fer.

Tout braqueur franchissant une des dix portes d’accès du centre (ou des issues de secours) des quartiers nord de la cité phocéenne se verra désormais aspergé par une solution liquide invisible à l’œil nu, inodore, indélébile et encodée. Cette dernière qualité, dite ADN chimique, fait toute la différence.

Plus efficace que l’ADN organique

Le PC sécurité du centre déclenche manuellement le système dès le franchissement de la porte empruntée par le braqueur lors de sa fuite. Chacune des portes dispose de deux buses dotées d’un code différent pour renforcer la preuve et indiquer si le malfaiteur est sorti à droite ou à gauche. La pulvérisation dure quarante secondes, et le produit, donc le code, est changé après chaque utilisation.

Pour confondre le délinquant après son interpellation, les services de police soumettent à la lumière d’une lampe à ultraviolet (dont sont équipés les services de police, mais aussi le service de sécurité du centre) la peau du suspect, ses habits ou un objet en sa possession (casque, sac…). Toute trace jaune fluorescente révélée par ce traitement signe son passage. Saisie par les forces de l’ordre, la société extrait alors le code et précise le lieu de la pulvérisation et, par ricochet, la date et l’heure. Cette solution ­composée à 95% d’eau, de fluorescéine, de terres rares (un code différent par proportion, donc des multitudes de combinaisons possibles) et d’un fixateur, s’avère donc plus efficace que l’ADN organique. Cette dernière ne pouvant que prouver qu’un individu a été un jour présent sur le lieu. Mieux, les capteurs chimiques résistent, eux, à tout produit nettoyant. Au Royaume-Uni, une moto a été récupérée avec sept codes différents correspondant à autant d’infractions géolocalisées.

« Sur la peau, le produit reste détectable entre six et huit semaines, sur les capillaires six mois, sur les vêtements en permanence, car incrusté dans les fibres, et, sur les objets, cinq ans minimum », détaille Michel Lagarrue, conseiller commercial de la société SmartWater, qui fournit le système. Seule la fluorescéine se dégénère avec le temps.

Lorsque, hypothèse fort probable, un consommateur franchit la porte en même temps que le malfaiteur, il sera aussi aspergé. La vidéo sert alors à l’innocenter. « Il devient du même coup forcément témoin ! », souligne Michel Lagarrue, ancien policier.

« Une suite logique »

Contrairement à Rosny 2, dont les bijouteries, notamment, bénéficient individuellement du procédé, Grand Littoral a fait le choix (pour le moment ) de n’équiper que ses accès ­communs. « Je ne l’aurais pas installé ni financé pour mon propre magasin. J’estime que celà incombe au gestionnaire du centre commercial de le faire pour l’ensemble des boutiques », souligne Amel Saber, responsable du magasin André.

« Le système SmartWater n’est pas une réponse spécifique, mais une suite logique à tous les investissements que nous avons conduits depuis dix-huit mois avec notre politique de rénovation et de restructuration », ­commente Jean-François Nello, directeur opérationnel du centre. Géré par Corio, il bénéficie déjà d’une sécurisation à outrance (vidéosurveillance couvrant tout le périmètre et même le parking, équipes de sécurité renforcée…). Mais a connu quatre braquages en 2013. « Notre objectif est de zéro pour 2014 », affirme-t-il.

Cette assurance, il la tire de l’expérience de Rosny 2, premier centre commercial à avoir bénéficié du système en novembre 2011. Il enregistrait cinq à six braquages par an. Depuis l’installation de SmartWater, aucun ! « Je ne me sens pas en insécurité ici, mais ce système s’avère un plus indéniable de par la traçabilité qu’il offre », note une commerçante.

Une médiatisation bénéfique

« La prévention existait avec les caméras, nous sommes passés à une phase plus avancée : la dissuasion », affirme Michel Lagarrue, qui précise que « la médiatisation de l’installation du système participe à 80% à la dissuasion. » À tel point que sur Rosny 2, les responsables de SmartWater reconnaissent que la délinquance a été repoussée… sur les autres centres ­commerciaux proches, qui ont tous été braqués.

« Cette technologie nous intéresse au même titre que les contrôles d’accès ou la vidéosurveillance. Elle ne peut être que complémentaire avec les autres preuves, même si elle est plus performante, car irréfutable. Ses principaux apports restent la dissuasion du malfaiteur et sa recherche facilitée s’il a été aspergé », modère le major Laurent Legrand, appelé à intervenir sur le centre.

200

Le nombre de sites équipés depuis deux ans, tous secteurs confondus
Source : SmartWater

Ce que ça coûte

  • 3 500 € pour le produit, l’installation, et son déclenchement pour une buse.
  • 400 € de licence annuelle, comprenant la maintenance du dispositif.
  • Une semaine d’installation.
  •  0 € en cas d’attaque, le système est remplacé gratuitement. Il est changé tous les cinq ans.

Source : SmartWater

Déploiement massif en cours

  • Le système d’ADN chimique a fait ses preuves en Grande-Bretagne depuis dix ans. La société SmartWater évalue la baisse des cambriolages à 56% dans les centres bénéficiant de cette technologie. En France, les 200 sites équipés (en distribution, principalement des bijouteries d’Auchan et Géant Casino) n’ont pas fait l’objet de la moindre attaque, à l’exception, à l’été 2013, d’un casino Partouche à Lyon.
  • Corio prévoit d’équiper l’ensemble de ses centres commerciaux dans les douze à dix-huit mois.

Réagir

Pseudo obligatoire

Email obligatoire

Email incorrect

Commentaire obligatoire

Captcha obligatoire

Toutes les actus de la consommation et de la distribution

je m’inscris à la newsletter

Article extrait
du magazine N° 2314

Couverture magasine

Tous les jeudis, l'information de référence de la grande consommation Contactez la rédaction Abonnez-vous

Appels d’offres

Accéder à tous les appels d’offres

Les cookies assurent le bon fonctionnnement de nos sites et services. En utilisant ces derniers, vous acceptez l’utilisation des cookies.

OK

En savoir plus
 
Suivre LSA Suivre LSA sur facebook Suivre LSA sur Linked In Suivre LSA sur twitter RSS LSA