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L’agneau, victime de la baisse de la production ?

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De moins en moins consommée, la viande d’agneau souffrirait-elle d’un manque de disponibilité en magasins ? Depuis plusieurs années, la baisse de la production française conjuguée à une diminution des importations se confirme. Les professionnels de la filière y voient un facteur d’explication au recul des ventes. Analyse.

Au rayon boucherie,
c’est la viande d’agneau
qui coûte le plus cher, en
raison notamment d’un prix
entrée abattoir renchéri.
Au rayon boucherie, c’est la viande d’agneau qui coûte le plus cher, en raison notamment d’un prix entrée abattoir renchéri.

Des importations en repli

La baisse des importations françaises de viande ovine en 2014. Elles s’élèvent à 105 000 téc (tonnes équivalent carcasse). Le Royaume-Uni reste le principal fournisseur de la France.

Une activité française qui se stabilise en 2014

La baisse du cheptel reproducteur français entre novembre 2013 et novembre 2014 (- 56 000 têtes). En 2014, la décapitalisation ovine s’est ralentie, en raison du tassement des coûts de production et de la hausse des prix de l’agneau. Mais des facteurs structurels pèsent comme les difficultés de renouvellement des éleveurs ou la concurrence d’autres productions agricoles.

Source chiffres : Institut de l’élevage

Au rayon boucherie, la viande d’agneau n’est pas à la fête. Le constat n’est pas nouveau. D’année en année, la consommation recule. 2014 est en ligne avec les exercices précédents : les volumes s’effritent de 6,3%, à 53 947 tonnes, et le chiffre d’affaires, de 756?millions d’euros, accuse une baisse de 1,6%. Il est cependant important de préciser que ces données relevées par Kantar Worldpanel ne considèrent que les achats des ménages réalisés en GMS (hors RHD) et ne prennent pas en compte l’ensemble de la consommation de viande ovine (178 000 tonnes équivalent carcasse en calcul par bilan, selon l’Institut de l’élevage).

Forte désaffection des clients

Selon les données de Kantar Worldpanel, tous les indicateurs de consommation sont au rouge ! Le taux de pénétration s’érode de 3%, à 53,6% ; les quantités achetées par acte diminuent de 4,3%, tout comme le nombre d’actes d’achat (- 0,3%). Un tableau bien sombre que l’on serait tenté d’expliquer par l’augmentation du prix moyen au kilogramme de 5% entre 2013 et 2014. L’interprofession a beau se démener depuis plusieurs années avec ses homolo­gues britanniques pour faire de l’agneau une viande branchée et facile à mettre en œuvre, le compte n’y est pas. Au rayon boucherie, cette viande, qui est aussi la plus chère, est celle qui fait l’objet de la plus forte désaffection de la part des consommateurs. Mais au-delà de ce constat et de l’épineuse question du pouvoir d’achat des Français, n’y aurait-il pas d’autres éléments d’explication ? Et si cette baisse de la consommation s’expliquait aussi par un problème de disponibilité de la matière ?

Pénurie à Pâques

« Le sujet est complexe », prévient Marie Carlier, chef de projet au département économie de l’Institut de l’élevage. Une chose est sûre, lors des dernières fêtes de Pâques, la viande d’agneau était rare. « Certaines enseignes n’ont pas eu assez de marchandise », confie un opérateur. Cette période constitue pourtant un pic de consommation très important. Selon Interbev, l’interprofession des vian­des et du bétail, les volumes sont en moyenne multipliés par deux pendant le mois des fêtes pascales, et quadruplent au cours de la semaine de Pâques. Mais que s’est-il donc passé ? S’agit-il d’un simple accident de parcours ? L’agneau deviendrait-il une denrée rare au point d’entraîner une baisse de la consommation ?

Le dernier dossier, en avril dernier, de l’Institut de ­l’élevage consacré à la filière, ­revient sur l’évolution de la production ovine française qui, depuis le début des années 80, a chuté de 45%. Désormais, elle n’assure que 45% de la consommation de viande ovine dans l’Hexagone. Cette baisse de la production française peut s’expliquer – et la situation n’est pas propre à la filière ovine – par la tentation pour les éleveurs de privilégier d’autres filières agricoles plus rémunératrices. D’ailleurs, l’Institut de l’élevage relève que les revenus des éleveurs ovins figurent parmi les plus bas du monde agricole.

Les importations ont grimpé de 6% sur la première moitié de l’année, comblant un manque d’agneau criant à Pâques, alors qu’elles ont reculé de 8% sur le second semestre, la demande retombant sous l’effet de prix élevés.

L’institut de l’élevage, publication d’avril dernier

 

Vieillissement des éleveurs

Qui plus est, ces éleveurs vieillissent ! Ainsi, selon le dernier recensement agricole (2010), les plus de 50 ans représentent près de 45% des chefs d’exploitation et détiennent 46% des brebis françaises allaitantes. Se pose donc, dans un contexte de baisse de consommation structurelle, la question du maintien ou non d’un élevage au moment du départ à la retraite. « Même si la production française de viande ovine est stabilisée en 2014, le prix de l’agneau entrée abattoir se retrouve renchéri, du fait d’une sous-utilisation de l’outil industriel », fait remarquer un observateur du marché.

Cette baisse de la production ovine française se conjugue à un recul des importations de l’ordre de 1% en 2014 : elles s’élèvent à 105 000 tonnes équivalent carcasse (téc). Le Royaume-Uni reste le principal fournisseur de l’Hexagone, mais ses envois diminuent (- 5%, à 43 000 téc) au profit des exports vers l’Asie et certains pays d’Europe, commente Marie Carlier. Malgré une production en légère hausse en 2014, l’Irlande a réduit ses exportations vers la France, à 19 000  téc.

Quant aux achats en provenance de Nouvelle-Zélande, la France a légèrement accru ses volumes (+ 1%, à 17 000 téc). Cependant, les disponibilités sont plus limitées, les flux étant réorientés vers le Moyen-Orient et la Chine, où la demande en viande ovine est de plus en plus forte. Résultat, les viandes importées de Nouvelle-Zélande en 2014 se sont renchéries de 11%, à 6,62 € par kilogramme en moyenne, souligne l’Institut de l’élevage.

Au total, « le bilan annuel des importations françaises cache un renversement des tendances entre le 1er et le 2nd semestre 2014. Les importations ont, en effet, grimpé de 6% sur la première moitié de l’année, comblant un manque d’agneau particulièrement criant au moment de Pâques, alors qu’elles ont reculé de 8% sur le second semestre, la demande retombant sous l’effet de prix élevés », analyse, dans sa dernière publication consacrée à la filière, l’Institut de l’élevage.

La Pac pour sortir de la crise ?

Autant d’éléments qui pourraient donc être en partie à l’origine d’une baisse de la consommation. À moins que cela ne soit le contraire. « Nous sommes dans le paradoxe de l’œuf et de la poule. Il est difficile d’être catégorique », poursuit Marie Carlier. Qui plus est, la question du pouvoir d’achat des Français ne doit pas être minimisée.

Une chose est sûre, si la filière enregistre depuis des années une baisse des volumes, la nouvelle Politique agricole commune (Pac) pourrait cependant lui redonner des couleurs. La convergence des aides, qui se met progressivement en place, est en effet plutôt favorable à la filière ovine. De même, la revalorisation des indemnités ­compensatoires de handicap naturel (ICHN) devrait donner un coup de pouce aux producteurs des zones défavorisées. Reste à convaincre les consommateurs réticents. 

 

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