L'agriculture bio en panne

Le nombre d'exploitations et les surfaces cultivées diminuent. De plus, les conversions sont en chute libre, faute de réel soutien.





La dynamique du bio se grippe. Du moins au niveau de la production française, si l'on en croit les chiffres communiqués par l'Agence Bio au Salon international de l'agriculture. Le nombre d'exploitations pratiquant ce mode de production recule, pour la première fois, de 3 % en 2004 et les surfaces cultivées baissent dans les mêmes proportions à 540 000 hectares. « Nous sommes au rendez-vous, affirme pourtant Elisabeth Mercier, directrice de l'Agence Bio. Les surfaces converties au bio progressent de 18 %. » Certes, mais les surfaces en cours de conversion chutent de façon importante (61 000 ha en 2004, contre 145 000 ha en 2003). Ce qui laisse augurer, au mieux, une phase de stagnation sur les prochaines années alors que la France, avec 2 % des surfaces agricoles consacrées à la bio, accuse déjà un sérieux retard par rapport aux autres pays européens.



Cette situation est paradoxale à plusieurs titres. D'abord parce que la France, grande puissance agricole, est en train de rater le train du bio, faute de mécanismes de soutien de la part des pouvoirs publics. Selon la Fédération nationale d'agriculture biologique (FNAB), les aides de la Pac allouées par le gouvernement français aux agriculteurs biologiques sont inférieures de 25 % à 37 % à celles distribuées aux exploitants conventionnels. Et les producteurs s'estiment aussi désavantagés par rapport à leurs concurrents européens.







La demande progresse




Le recul de la production bio est également paradoxal au regard du développement soutenu de la demande - et ce, malgré les difficultés patentes des GMS, principal canal de distribution, pour vendre du bio. Ainsi, selon l'Agence Bio, 44 % des Français ont consommé au moins un produit bio chaque mois en 2004 (contre 37 % en 2003) pour l'ensemble des produits (hors épicerie et vin). Mieux, plus de un tiers des consommateurs bio ne consomment plus que du bio, contre un quart il y a un an.



Si les actions professionnelles sur la demande du type Printemps Bio semblent porter leurs fruits, le soutien à la production est le tendon d'Achille de la filière. Les producteurs, déçus par les timides mesures annoncées l'année dernière par l'ancien ministre de l'Agriculture, Hervé Gaymard, peuvent-ils compter sur le nouveau plan d'action concocté par la Commission européenne ? Un programme de 21 mesures peu contraignant, si l'on en croit Marie-Hélène Aubert, députée des Verts et membre de la commission agriculture du Parlement européen : « Il laisse les députés européens sur leur faim car il ne suffira pas à donner à l'agriculture bio la place qu'elle mérite. » Ce dernier doit examiner le texte dans les prochains jours.



Déjà François Thierry, le président de la FNAB, avertit : « Si on ne met pas en place un réel soutien de l'agriculture biologique et que l'on abaisse le niveau d'exigence réglementaire qui fait la spécificité de la bio en France, on ouvre le marché à des opérateurs étrangers très soutenus. Et nous annoncerons l'an prochain une baisse de 10 à 20 % des surfaces et des exploitations. »



















Testez LeMoniteur.fr en mode abonné. Gratuit et sans engagement pendant 15 jours.

Toutes les actus de la consommation et de la distribution

je m’inscris à la newsletter

Article extrait
du magazine N° 1897

Couverture magasine

Tous les jeudis, l'information de référence de la grande consommation Contactez la rédaction Abonnez-vous

X

Recevez chaque semaine l’actualité des marchés, des distributeurs et des fournisseurs de produits bio et responsables, alimentaires et non alimentaires.

Ne plus voir ce message