L'agroalimentaire se cherche un avenir

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Alors que l'agroalimentaire est touché par la crise, des réflexions s'imposent aux acteurs économiques pour définir les stratégies pour les cinq ans qui viennent. En évitant le repli.

Les défis les plus importants dans les cinq ans à venir pour les industriels de l'agroalimentaire, en % du nombre de réponses
Les défis les plus importants dans les cinq ans à venir pour les industriels de l'agroalimentaire, en % du nombre de réponses© Source : Oliver Wyman pour l'Ania

Deux années successives de crise, de baisse de prix, de défaillances d'entreprises auront sans doute incité les dirigeants de l'Association nationale des industries agroalimentaires à rechercher des pistes pour imaginer l'agroalimentaire des années 2015. C'est ce qui devait ressortir des premières Rencontres économiques, organisées à l'initiative du lobby alimentaire, au Sial le 20 octobre. L'agroalimentaire français, on le sait, souffre d'un problème de compétitivité par rapport à ses voisins européens, notamment l'Allemagne - mieux armée avec des sociétés et un amont mieux structurés - ou les pays à bas coût comme la Pologne, qui lui font perdre des parts de marché.

 

« Tension sans précédent »  

« Dans un monde en complet bouleversement, il faut accepter de tout remettre à plat, bousculer les schémas classiques, essayer plusieurs solutions en étant prêt à les faire évoluer rapidement en fonction des résultats », indique Franck Riboud, président de Danone, en préambule d'une étude menée par Oliver Wyman auprès de 80 chefs d'entreprise. « La question de la performance économique devient de plus en plus complexe à résoudre, ajoute Jean-René Buisson, président de l'Ania. La chaîne de valeur connaît une tension sans précédent, entre pression sur les prix, concentration de la distribution, évolution de la politique agricole commune et évolution des réglementations. Il faut cerner les préoccupations pour relever les défis de la compétitivité dans les cinq ans à venir. » Les 80 dirigeants ont été interrogés à la fois sur les priorités stratégiques qu'ils avaient il y a cinq ans, et sur celles qui leur semble devoir être appliquées d'ici à 2015. « La plupart optent pour des schémas de réduction de coûts, confie Pascal Ansart, consultant d'Oliver Wyman. Pourtant, leur stratégie doit absolument être offensive pour relever les défis de la compétitivité ! »

En effet, 87 % des industriels estiment d'abord devoir réduire la voilure de leurs coûts de structure, presque autant à relever le défi de la réglementation en matière de sécurité alimentaire (additifs, allégations, étiquetage), autant encore à faire face à la volatilité des prix agricoles.

 

La Chine ne les fait pas rêver 

La moitié des chefs d'entreprise pensent que le bio est leur avenir ; idem pour le goût ; ils pensent aussi que la coopération va prendre de plus fortes positions à l'aval ; mais ils sont aussi la moitié à estimer nécessaire de scinder, au contraire, le marketing et la vente des outils de production, à la mode Coca Cola ! Enfin, parmi les défis les moins importants, opter pour un déploiement dans les pays émergents n'est absolument pas une priorité : la Chine ne les fait donc pas rêver. « L'agroalimentaire est la première industrie en France, c'est un actif considérable, des ressources pour la transformation et des produits finis, avec, en face, une distribution qui a contraint à la professionnalisation de la filière, expose Hubert Rolland, consultant chez Oliver Wyman. Mais avec la crise, cette industrie a plutôt tendance à déployer des stratégies de résistance et de repli que de mener l'offensive ! »

Effectivement, au vu des réponses, le profil du dirigeant de l'agroalimentaire est nettement plus proche de celui d'un directeur industriel que d'un Steve Jobs. Le commercial, la concurrence, la conquête des marchés n'est pas ancrée dans leur cortex. La taille critique même n'est pas considérée comme essentielle. « Quand on demande aux chefs d'entreprise s'ils comptent ouvrir leur capital pour pouvoir grandir, c'est non », indique Pascal Ansart. « Small is beautiful ». Ce n'est donc pas inutile que l'Ania ait pris l'initiative de rechercher les pistes qui leur permettront de choisir une stratégie (lire tableau). Elles sont au nombre de douze. Aucune ne suffira, et les appliquer toutes conduirait à l'échec. C'est donc à un choix subtil qu'il est nécessaire de procéder.

Bruno Le Maire,ministre de l’alimentation, de l’agriculture et de la pêche

Je veux un label France

Le tissu agroindustriel français est « important aux yeux du gouvernement » mais « trop fragile », a assuré Bruno Le Maire, en point d'orgue de l'inauguration du Sial 2010. Le ministre a notamment pointé l'atomisation du secteur, éparpillé en plus de 10 000 entreprises « qui n'ont pas la taille critique pour exporter ». Il juge trop faible le nombre de champions français, « seulement trois entreprises françaises parmi les 50 leaders mondiaux », et encourage les industriels à se regrouper. Autres priorités : accompagner le développement stratégique des PME, à travers cinq régions pilotes, et soutenir l'innovation. « Dans le cadre du grand emprunt, nous avons dit que l'agroindustrie aurait quasiment guichet ouvert ». Mais surtout, Bruno Le Maire a demandé « que l'interprofession travaille à la définition d'un label France. Je veux une marque et un label France pour les industries agroalimentaires ». En appui de cette demande, le ministre a cité l'exemple des succès internationaux de l'Italie, une origine plus identifiable - y compris au Sial - parce qu'unie, quand l'Hexagone met en avant ses 22 régions...

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Article extrait
du magazine N° 2155

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