L’agroalimentaire, une industrie fragilisée

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Si cette industrie garde sa place de premier acteur industriel en France en termes de chiffre d’affaires, elle est plus que jamais prise en étau entre la volatilité des coûts de production et la guerre des prix à laquelle se livrent les enseignes.

«Si la guerre des prix s’arrête, je serai optimiste pour l’avenir. Si elle continue, je serai pessimiste », assure Jean-Pierre Girard, président de l’Ania, en conclusion du bilan économique de l’industrie agroalimentaire pour l’année 2013. Une année où les IAA ont marqué le pas, tant sur le plan de la production (- 2,2% contre - 0,6% en 2012) que sur celui de l’emploi, car la filière en a perdu près de 5 000. Et puis, le secteur a enregistré 316 défaillances, soit 19 de plus qu’en 2012, une année déjà difficile. « Presque une par jour ! », s’inquiète Jean-Philippe Girard. Seul motif de fierté : le solde commer­cial, bien qu’en baisse, reste toujours le deuxième en valeur de l’industrie française après l’aéronautique. D’ailleurs, « les entreprises qui s’en sortent le mieux sont celles qui exportent », assure le patron de l’Ania.

Guerre des prix sans merci

Ces indicateurs, parmi les plus mauvais de ces vingt dernières années, sont la conséquence de vents contrariants : le prix des matières premières qui reste à des niveaux élevés, engendrant des besoins en trésorerie importants tandis que les banques accordent leurs prêts au compte-gouttes. « Voici vingt ans, si le prix du blé fluctuait de 1 € par an, c’était le bout du monde. Maintenant, ces fluctuations sont comprises entre 10 et 100 € la tonne », explique Jean-Philippe Girard. Et, à l’autre bout de la chaîne, la guerre des prix sans merci à laquelle se livrent toutes les enseignes. « Les négociations ont été très dures. Il faut trouver un terrain d’entente pour que cette guerre des prix cesse d’ici à trois mois, détaille-t-il. Les entreprises doivent rapidement gagner deux ou trois points de marge pour retrouver un peu d’oxygène pour pouvoir investir, innover et embaucher. »

Certes, quelques patrons d’enseignes – Georges Plassat, Michel-Édouard Leclerc ou encore Serge Papin – ont fait quelques déclarations allant dans le sens des industriels sans pour autant qu’un armistice ne soit en vue. « Les négociations pour les ­produits de fin d’année s’achèveront en mai, rappelle Robert Volut, président de la Fict (Fédération française des industriels charcutiers traiteurs). Nous saurons alors si la guerre des prix continue ou non. » Si rien ne se passe, l’Ania anticipe déjà un niveau de perte d’emplois et un nombre de défaillances ­semblables à celui de 2013, ce qui serait ca­tastrophique pour les industriels mais également pour l’agri­culture puisque les IAA transforment 70% des produits agricoles.

Du côté gouvernemental, Jean-Philippe Girard estime que « les dispositifs proposés sont plutôt bons. Cependant, le calendrier nous pose problème. Les annonces pour 2018 ou 2021 ne répondent pas aux urgences des industriels, qui se demandent déjà comment ils finiront l’année ».

Des indicateurs à l’orange en 2013

La guerre des prix pèse lourdement sur la santé économique de nos entreprises, leur capacité d’investissement et donc, in fine, l’emploi. Notre secteur envisage une hausse de 5 à 7 % de ses investissements pour 2014 et 90 000 recrutements d’ici à 2017, aux conditions que la croissance reprenne et que les menaces de nouvelles taxes s’estompent.

Jean-Philippe Girard, président de l’Ania

 

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Article extrait
du magazine N° 2315

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