L’alimentaire alsacien modernise ses traditions

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BRÈVES Dotée de fortes particularités, l’Alsace se distingue aussi des autres régions dans le secteur alimentaire. Les axes des réflexions en cours affichent le dynamisme du segment et de ses entreprises. 

Le grand papillon noirWolfberger a sorti, fin mars, son dernier cru multicépages blancs, Black Papillon. Sec, frais et fruité, ce vin équilibré permet de nombreuses associations salées et sucrées. Son étiquette illustre un cerf coiffé du Grand papillon noir, et son bouchon à vis assure une meilleure conservation de la fraîcheur et des arômes du vin.
Le grand papillon noirWolfberger a sorti, fin mars, son dernier cru multicépages blancs, Black Papillon. Sec, frais et fruité, ce vin équilibré permet de nombreuses associations salées et sucrées. Son étiquette illustre un cerf coiffé du Grand papillon noir, et son bouchon à vis assure une meilleure conservation de la fraîcheur et des arômes du vin.© dr

Belle et accueillante, qui allie rigueur, qualité et tradition, où l’on mange et boit bien… Telle est la perception des Alsaciens et des non-Alsaciens qui connaissent la région, issue d’un diagnostic d’attractivité réalisé il y a trois ans. Contrant ces atouts, l’enquête met également en avant des faiblesses : l’Alsace n’est pas perçue comme une région jeune (alors qu’elle est la deuxième région la moins âgée après l’Ile-de-France) ; elle n’est pas innovante ; elle n’est pas attirante pour les entreprises. « À terme, on risquait une ringardisation de ses points forts », note Nathalie Roos, directrice générale de L’Oréal en Allemagne et ancienne élue au conseil régional d’Alsace, où elle était vice-présidente de la Commission développement économique et emploi.

Forts de ces constats, les décideurs locaux ont lancé plusieurs chantiers de modernisation de l’image de la région. Le secteur alimentaire n’est pas en reste. « L’agro­alimentaire alsacien est particulier par rapport aux autres régions. La typologie des entreprises est spéciale : elle inclut aussi bien des groupes internationaux que des PME, des TPE ou des coopératives, détaille Manou Heitzmann-Massenez, présidente de l’Association régionale des industries alimentaires (Aria), qui fête ses 20 ans cette année. Il y a un attachement fort des consommateurs aux marques locales. Ainsi, bien avant le lancement du code de marque “Alsace”, un directeur d’hypermarché a testé une identification des produits locaux en rayons : les ventes ont augmenté de 20 %. »

Un food-lab en vue

Peu à peu, les artisans ont grossi et sont devenus des ETI et des PME. « Nous connaissons peu de délocalisations, et nous avons trois à quatre créations par an. Récemment, nous avons eu celle d’une usine de thés. 160 M € ont été investis en 2011 ; 400 M € en 2013 », précise la présidente de l’Aria. La compétitivité du secteur alimentaire passe notamment par l’innovation, la nutrition et les coproduits, qui font l’objet d’un partenariat de l’Aria avec l’agence d’innovation de la région. Un projet de food-lab, en cours de finalisation, sera présenté à la fin de l’année. Ce lieu regroupe un laboratoire sucré et un autre salé où seront développés de nouveaux aliments, en association avec les centres de recherches, les universités et les professionnels de la cuisine. « L’idée est de garder le côté plaisir et gourmand, mais avec des aliments moins gras et salés », explique Manou Heitzmann-Massenez. 

Vers le grand export

L’export constitue aussi un axe de développement. En 2008, l’Aria a engagé un plan de dynamisation, avec la région, l’État et des fonds européens. « L’Alsace représente 9 % des exportations alimentaires, alors qu’elle ne pèse que 7 % de la consommation nationale. Nous avons d’abord misé sur un export de proximité, mais, à l’horizon de trois ans, nous visons du grand export vers Dubaï, le Canada, la Chine, la Russie, les États-Unis », se réjouit Manou Heitzmann-Massenez, également conseillère au commerce extérieur de la France.

Une tendance confirmée par Jean-Louis Vézien, directeur du Conseil interprofessionnel des vins d’Alsace (Civa). « Nous rencontrons des difficultés en Europe. Nous nous en sortirons si nous savons rapidement diversifier les marchés. » Jean-Louis Vézien indique que la consommation des vins d’Alsace a reculé de 0,4 % en France, alors qu’elle a augmenté de 4 % à l’export sur les douze derniers mois. « En 2009, nous faisions 11 % de notre chiffre d’affaires à l’export. Aujourd’hui, cela représente 23 % », révèle Bertrand Dufour, directeur général de la maison Wolfberger.

Le secteur viticole semble, en effet, une vitrine de choix. Si la situation est satisfaisante en termes de volumes, le Civa se félicite néanmoins que la nouvelle organisation commune du marché vitivinicole 2014-2020 reprenne dans sa politique l’aide à l’investissement et à la promotion dans les pays tiers. « Cette politique volontariste soutient les actions de communication et accompagne la stratégie des entreprises. Reste que la politique tarifaire n’est pas à la hauteur de la qualité des produits. Elle les pénalise, ainsi que leur distribution », estime Jean-Louis Vézien. Dans tous les domaines, les actions menées traduisent ainsi le dynamisme du secteur alimentaire alsacien. « Il y a encore des choses à faire. C’est une région qui intéresse par ses particularités », conclut Manou Heitzmann-Massenez.

Le vin d’Alsace reste dans sa bouteille

À la suite d’une loi de 1972, l’Alsace est la seule région viticole à devoir mettreson vin en bouteille localement.« Les termes de la loi, qui viseà protéger la qualité du produit, empêchent que le vin soit mis dans un autre contenant qu’une bouteille de type Flûte du Rhin », explique Jean-Louis Vézien, directeur du Conseil interprofessionnel des vins d’Alsace. Les débats sur la nécessité de modifier cette loi et, ainsi, de permettre la distribution des vins d’Alsace dans des contenants de type Bag-in-box, sont récurrents. « La majorité des professionnels préfèrent ne pas prendre le risque de se priver de la loi de 1972 », complète Jean-Louis Vézien. Le risque porte sur la perte de qualité et d’arôme lors du transport en citerne, ainsi que sur la destruction de valeur, les acheteurs de Bib s’attendant à un produit moins cher.

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Le nombre d’entreprisesdu secteur alimentaire alsacien, dont le profilvarie de la TPE au groupe international, en passant par la coopérative et la PME. Chaque année, trois à quatre entreprises se créent
Source : Aria

La jeune marque Alsace

Lancée officiellement en mars?2012,la marque partagée Alsace se veut un porte-drapeau qui symbolise la région, son identité, ses valeurs, mais aussi ses objectifs et son avenir. Le logo, un arobase à l’alsacienne, exprime différents symboles de la région : le A d’Alsace, le cœur, les colombages,la coiffe, le bretzel, le lien. « Il transmet exactement ce que nous souhaitions qu’il transmette. Comme nous avons opté pour un code de marque partagé, les institutions et, même les particuliers, peuvent en utiliser des éléments comme ilsle veulent, le trademark ou l’arobase, par exemple », détaille Nathalie Roos,qui a piloté le projet pour le conseil régional. À ce jour, le code de marqueest partagé par 2 000 partenaires. Le conseil régional s’est également associé à l’Association régionale des industries alimentaires alsaciennes, qui a complété le « A cœur» d’une marque exclusivement alimentaire, « Savourez l’Alsace »,en 2013, et recensant déjà 1 500 références.

5,6 Miiliards d’euros

Le chiffre d’affaires de la région Alsace en 2013, qui représente 3,8 %du CA total français du secteur alimentaire
Source : estimation LSA

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Article extrait
du magazine N° 2331

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