L'alternance fait de plus en plus d'adeptes

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Une bonne façon de mettre le pied à l'étrier, mais aussi de valider son choix, d'un côté comme de l'autre : la formation et le recrutement en alternance retrouvent les faveurs des enseignes de distribution. Une stratégie à coup double à condition d'être bien menée.

©hamilton/rea

L'année 2010 pourrait bien signer le retour en grâce de l'alternance. Ces dernières semaines, les distributeurs ont multiplié les annonces pour l'année en cours : 300 jeunes chez Simply Market, 600 contrats pro pour Carrefour Market en 2010, 220 chez Kiabi. La palme revient à Casino, qui table sur 700 recrutements en alternance pour cette année, soit 50 % de plus par rapport à 2009. Tout se passe comme si ces enseignes avaient pris le contre-pied de la tendance générale. Car selon les derniers chiffres de la Fédération des entreprises du commerce et de la distribution (FCD), le nombre de contrats de professionnalisation a baissé de 25 % en 2009, pour atteindre 7500. La crise a bon dos. Une autre raison explique cette chute : le manque d'intérêt des entreprises pour l'alternance.

Pour y remédier, François Fillon a sans doute mis volontairement la barre haut en fixant à un million l'objectif du nombre de jeunes sous ce système en France. Aujourd'hui, ils sont seulement 600 000 à bénéficier de l'alternance. « Une solution qui marche, selon le Premier ministre, mais encore trop faiblement développée en France malgré les progrès récents. » Traditionnellement adepte de ce système qui permet d'alterner formations théorique et sur le terrain, la grande distribution y revient. « La tendance est repartie à la hausse au premier trimestre 2010 », confirme-t-on à la FCD.

 

Un apprentissage ad hoc

L'alternance, que ce soit pour l'entreprise ou pour le jeune diplômé, présente moult avantages. Julia Cavalli, 24 ans, en licence professionnelle Distech (commerce, option distribution) à Toulouse, qui prépare au métier de manager de rayon, y trouve son compte. Chaque matin, elle se lève à 5 h 30 pour aller travailler au rayon frais du magasin Simply Market situé à Carbonne, dans la banlieue toulousaine, avant de rejoindre l'après-midi l'IUT où elle suit les cours. « C'est un bon moyen de se faire une idée de ce qui nous attend, raconte Julia. J'aurais pu postuler dans une autre enseigne, comme Conforama ou Décathlon, mais je voulais commencer par le plus dur, la distribution alimentaire. » Simply Market devrait l'embaucher à sa sortie comme manager de rayon et, d'ici quatre à cinq ans, elle peut espérer un poste de directeur de supermarché. L'enseigne du groupe Auchan la rémunère à hauteur de 1 000 € par mois et prend en charge ses frais de scolarité. Un bon moyen aussi pour l'entreprise de se procurer de la main-d'oeuvre à moindre coût... Les jeunes en alternance sont rétribués entre 30 et 80 % du Smic, en fonction du niveau de diplôme (du CAP à bac + 5).

L'enthousiasme de Julia est partagé par les enseignes. « L'alternance permet aux jeunes d'affiner leur choix de métier, d'orientation, et à l'entreprise de capter de futurs collaborateurs, estime Jean-André Laffitte, directeur des ressources humaines d'Auchan France. Si nous faisons une embauche directe, les nouveaux venus ont une connaissance de l'enseigne seulement par les forums ou les magasins. Là, l' "alternant " a déjà un vécu interne de l'entreprise. » Mieux se connaître limite de facto les erreurs. « Se tromper dans un recrutement, ça coûte très cher, autant qu'une année en apprentissage ! », explique un spécialiste des ressources humaines.

 

Repérer les talents

Pour les entreprises, l'alternance a un autre avantage, et non des moindres : repérer les talents dans des secteurs désertés par les jeunes. « Certaines branches souffrent d'une véritable pénurie, observe Jean-Claude Delmas, directeur des ressources humaines chez Casino. C'est le cas de tous les métiers de bouche - boulangerie-pâtisserie, marée, boucherie. Or si, avant, l'apprentissage était réservé au petit commerce, aujourd'hui, les centres de formation ouvrent grand leurs portes aux grandes surfaces. »

L'alternance s'avère un bon calcul à condition que le tutorat soit bien fait. Les enseignes investissent pour former les tuteurs censés accompagner les jeunes en formation. L'occasion de mettre à contribution les salariés plus âgés dans le cadre des plans en faveur des seniors qu'elles sont en train de signer. « Nous nous sommes rendu compte qu'il fallait professionnaliser les tuteurs », concède Marie Rambaud, responsable du recrutement chez Simply Market. L'enseigne a donc mis en place une formation de trois jours pour que les plus âgés préparent les plus jeunes à leur futur métier. Et si l'alternance se prête bien aux magasins, notamment au métier de manager des ventes, elle essaime aussi dans les autres métiers. « Nous développons l'alternance pour les métiers de la logistique dans les entrepôts, mais également dans les services centraux comme le marketing ou le contrôle de gestion », précise Christine Jutard, directrice des ressources humaines de Kiabi.

Dans tous les cas, les deux parties essaient de transformer l'essai, histoire de rentabiliser un investissement à moyen terme. « Un apprenti du niveau bac +3 nous coûte 30 000 € par an, salaire, charges et taxe d'apprentissage compris », précise Jean-André Laffitte. Chez Kiabi, le taux de transformation en CDI atteint 60 %. « Nous aimerions plus », avoue Christine Jutard. Car, in fine, le recrutement définitif est bien l'objectif des enseignes. Casino arrive à un taux record de 80%.

UNE MANIÈRE D’ENTRER DANS L’ENTREPRISE


La formation en alternance a pour objectif de permettre à des jeunes de tous niveaux, du CAP à bac + 5, de mettre un pied dans l'entreprise, en leur offrant un contrat de professionnalisation ou un contrat d'apprentissage. Parallèlement, ces jeunes poursuivent une formation scolaire et une formation pratique. Cela peut durer de un à trois ans.

La rémunération, fixée par la loi, oscille entre 30 et 80 % du Smic.

Interview : Marie Rambaud, Responsable du recrutement chez Simply Market


«Ils réussissent plus vite que les autres»


LSA - Comment expliquez-vous le regain d'intérêt des distributeurs pour l'alternance ?

Marie Rambaud - C'est la deuxième année que Simply Market embauche massivement en alternance. Cette année, nous avons prévu de recruter 300 jeunes par ce système, comme en 2009, à trois niveaux : CAP, manager de rayon et directeur de magasin. C'est le manager de rayon que nous avons le plus de mal à trouver : il n'y a pas beaucoup de jeunes qui s'arrêtent à bac + 3, et beaucoup d'entreprises sont demandeuses de ce genre de profil. Nous sommes en concurrence, par exemple, avec les banques, un secteur jugé plus noble par les jeunes que la grande distribution.


LSA - Quels sont les avantages de l'alternance ?

M. R. - Cela permet une connaissance mutuelle. Le jeune voit dans quel métier il va se lancer, et nous, nous validons notre choix. Les jeunes en alternance réussissent plus vite que les autres. Nous faisons moins d'erreurs à l'embauche. Cela nous revient moins cher de recruter un jeune en alternance que de faire face à un mauvais recrutement.

DES AVANTAGES POUR TOUS


- L'entreprise limite les risques d'erreur de recrutement.


- Le jeune en alternance minimise les erreurs d'orientation.


- C'est une main-d'œuvre à moindre coût pour l'employeur.

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Article extrait
du magazine N° 2140

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