Marchés

L'amour du produit

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Pas moins de trente-quatre plans d'action sur dix ans pour défendre l'industrie et "hisser la France au meilleur niveau de la compétition mondiale". Avec cette annonce, François Hollande et Arnaud Montebourg veulent dessiner l'image de "la Nouvelle France industrielle". On peut toujours regretter le peu de place accordée à l'agroalimentaire. Il s'agit pourtant de notre premier pôle industriel... On peut aussi penser que ces plans resteront lettre morte s'ils ne sont pas accompagnés de baisses des charges. Si les conditions fiscales, sociales et réglementaires ne sont pas améliorées. On peut toujours réclamer une meilleure coordination avec les multiples dispositifs déjà existants, comme les pôles de compétitivité, les comités stratégiques de filières du Conseil national de l'industrie ou France 2030. Enfin, il est toujours bon de rappeler que les marges de l'industrie française sont parmi les plus faibles d'Europe.

Pourtant, malgré toutes ces remarques, le gouvernement est dans le vrai. Il est nécessaire, pour ne pas dire vital, de réindustrialiser

L'avenir des acteurs de la consommation passe sans aucun doute par l'innovation.

la France. Pour l'emploi, bien sûr, mais aussi pour la consommation. Car il ne faut pas se tromper : une industrie nationale forte revient à dire des entreprises qui investissent et donc des marques qui innovent. Dans ce numéro de LSA, deux interviews témoignent de cette impérieuse nécessité. Jean-Philippe Girard, président de l'Ania (pages 26 à 29), déclare que "la vraie victoire sera celle d'une filière pérenne, qui partage avec le consommateur ses valeurs, sa fierté de produire et consommer avec goût en France". Quant à Philippe Manzoni, le patron d'Intermarché (pages 10 à 17), il veut "ramener et recentrer tout le monde sur l'amour du produit".

En effet, la France de l'innovation et de l'imagination ne se résume pas aux supercalculateurs et aux TGV. Elle passe aussi par ces centaines de milliers de petites et moyennes entreprises, qui, de Lille à Marseille, ne vivent que par et pour l'innovation. Mais aussi par ces multinationales, françaises ou étrangères, qui installent des usines et des centres de recherche et développement dans l'Hexagone. Il est clair que les marchés qui n'innovent pas sont voués au déclin. Dans les années 1990, tout le monde ne parlait que d'excellence opérationnelle. On voulait optimiser la logistique et les approvisionnements. Le début du siècle fut celui de la bulle internet : tout devait être numérisé. Enfin, depuis la crise de 2008, on ne jure plus que par les baisses de coûts et les gains de productivité. Au final, tous ces camions qui ne consomment presque rien ne servent à rien si les consommateurs n'achètent rien. Des ordinateurs qui analysent des millions de données n'ont aucun intérêt si les ménages n'ont pas envie de consommer. Le plus beau concept de magasins ne marchera jamais si les gondoles ne contiennent que des produits sans intérêt. Et la numérisation de tous les étages de l'entreprise n'a pas de sens si les produits ne sont pas vendables. Oui, François Hollande, Jean-Philippe Girard et Philippe Manzoni ont raison. Comme le dit la vieille expression : "Il faut donner la chance au produit." L'avenir des acteurs de la consommation passe indubitablement par l'innovation. Il faut donc tout faire pour qu'elle soit au centre des réflexions et des stratégies, qu'elle soit une obsession quotidienne. Même si l'adage est galvaudé, il est plus que jamais nécessaire de retrouver "l'amour du produit".

 

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