[Edito] L'amour dure trois ans

|
Yves Puget, directeur de la rédaction de LSA
Yves Puget, directeur de la rédaction de LSA© Laëtita Duarte

Pas vraiment une surprise. Certes, personne ne s’attendait à ce que le divorce entre Casino et Intermarché soit suivi dans la minute par des fiançailles entre ce même Casino et Auchan. Il n’en reste pas moins que l’histoire démontre à quel point les alliances aux achats ne durent jamais vraiment longtemps. N’oublions pas Lucie (E. Leclerc et Système U) ou Opéra ­(Casino et Cora). Comme il ne faut pas passer sous silence les centrales d’achats des années 80 telles qu’Arci (Carrefour, Auchan, ­Casino…), Serfaal (Paridoc et Socadip) ou Di-Fra (Disco, Prisunic…).

Certaines ont disparu en raison de désaccords stratégiques, d’autres ont été dissoutes après avoir été condamnées par la Commission de la concurrence. En fait, la plupart du temps, ces accords, au-delà des problèmes de concurrence ou d’incompatibilité managériale, prennent souvent fin lorsqu’un des partenaires estime qu’il n’a plus rien à « gratter » ou qu’il a trouvé mieux ailleurs. Très souvent, ces alliances ressemblent au film de Frédéric Beigbeder, L’amour dure trois ans. La première année est celle de la découverte et de la mise en place des structures. La deuxième, celle de la pleine collaboration et de l’amélioration des conditions d’achats. Et la troisième, celle où les gains se réduisent fortement alors que les coûts de structures augmentent. D’où le divorce… dans le calme ou la brutalité.

Pour l’instant, de nombreux points d’interrogations subsistent. Entre Casino et Intermarché, s’agit-il d’un divorce à l’amiable ou d’une rupture à l’initiative d’un seul acteur (par exemple, après un désaccord autour de la centrale internationale d’Intermarché…) ? La négociation exclusive entre Auchan et Casino est-elle prévue de longue date ou n’est-elle qu’une simple réaction à l’arrêt de l’accord Casino-­Intermarché ? Est-il certain que le périmètre de l’alliance – les fournisseurs internationaux seulement – n’évoluera jamais ? Que dira l’Autorité de la concurrence face aux 32 % de parts de marché des trois acteurs, puisque Auchan est par ailleurs allié avec U ?

En attendant des réponses, il va falloir s’habituer à cette boulimie de signatures qui donne le tournis, entre celles qui concernent les achats ­(Auchan-Boulanger, Casino-Conforama, Carrefour-Fnac) et celles qui se focalisent sur le digital (Auchan-Alibaba, Carrefour-Tencent, Casino- Ocado, Casino-Amazon…). Avec pour résultat des rapprochements étonnants (Casino à la fois avec ­Ocado et avec Amazon) et parfois improbables (Casino qui est avec Conforama qui signe avec Auchan qui est avec Boulanger). Le terrain de jeu du commerce mondial n’est plus un échiquier mais un gigantesque puzzle. Face à une consommation atone et à une concurrence accrue avec la montée de l’e-commerce, tout le monde s’interroge et, surtout, tout le monde discute avec tout le monde. De tels partenariats – et ceux à venir – sont-ils conclus pour faire monter les cours de Bourse ? Sont-ils imaginés pour obtenir de meilleures conditions d’achats pendant un laps de temps court ? S’agit-il de fiançailles avant un mariage et donc des fusions entre distributeurs ? Ou de vieux couples qui peuvent perdurer ?

Quel que soit le verdict, cette redistribution des cartes ne doit pas réjouir les industriels. Non seulement, ils risquent de changer d’interlocuteurs mais ils craignent aussi d’être une nouvelle fois mis sous pression lors des négociations commerciales 2019. L’esprit des États généraux de l’alimentation ­n’aura pas duré… trois mois.  

ypuget@lsa.fr @pugetyves

Testez LeMoniteur.fr en mode abonné. Gratuit et sans engagement pendant 15 jours.

Toutes les actus de la consommation et de la distribution

je m’inscris à la newsletter

Article extrait
du magazine N° 2502

Couverture magasine

Tous les jeudis, l'information de référence de la grande consommation Contactez la rédaction Abonnez-vous