L’année 2014 va encore être ten due sur le lait

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Si les distributeurs ont pris consciencede l’importance de la revalorisation du prix du lait, les annonces faites n’ont pas l’airde satisfaire producteurs et industriels. Selon eux, il est nécessaire de s’alignersur les politiques des pays européens, sinon la filière française pourrait tomber.

«Nous ne sommes pas optimistes, et nous n’avons aucune raison de l’être », confie Olivier Picot, président de la Fnil (Fédération nationale des industries laitières). À l’heure où nous mettons sous presse, les négociations sur le prix du lait n’ont pas encore abouti, mais la situation actuelle ne laisse rien présager de bon. Les fédérations ont tiré la sonnette d’alarme pour faire réagir les distributeurs, en les appelant à prendre leurs responsabilités pour l’année à venir.

En effet, face à la forte demande en produits laitiers des pays émergents, les prix du lait ont flambé d’environ 9% en 2013. La Fnil a d’ailleurs rappelé la semaine dernière que ses adhérents ne pourraient pas supporter un deuxième choc tarifaire, similaire à celui de 2013.

Facture salée pour l’industrie

365

euros/1 000 litres de lait, la hausse consentie par Intermarché depuis le 1er mars pour ses producteurs laitiers Source : Intermarché

Selon Olivier Picot, « la hausse de 2013 a représenté une facture de 700?millions d’euros pour les industriels laitiers. Si cette année, cette dernière est du même acabit, environ 10%, ça sera une somme supplémentaire de 340?millions d’euros pour les transformateurs ». Compliqué quand le secteur ne réalise, selon lui, que 300?millions d’euros de résultat net… Et que, parallèlement, les distributeurs, qui se livrent une guerre des prix sans merci pour rester compétitifs et gagner des parts de marché, ont fait baisser les prix d’environ 1% en magasins.

La situation ne va pas se calmer en 2014 : les indicateurs signalant qu’un nouveau record des prix du lait à la production va encore être battu… Ainsi, les enseignes ont fini de faire le dos rond et ont réagi. Intermarché vient de se prononcer en annonçant une hausse des prix du lait à ses 500 producteurs laitiers à 365 €/1 000 litres de lait depuis le 1er?mars (+ 21?€ versus 2013). Le distributeur, qui invite les autres enseignes à suivre la même voie, répercutera cette aide dans les prix publics. Pourtant, si cette initiative est louable, les producteurs laitiers ne s’emballent pas. « La base pour les producteurs se situe aux alentours de 380-400?€. On sent qu’il y a une prise de conscience, et l’annonce faite par Intermarché va dans le bon sens, mais ça n’est qu’un palier », précise Thierry Roquefeuil, président de la Fédération nationale des producteurs laitiers (FNPL).

Nous entendons jouer un rôle actif en proposant un prix juste et rémunérateur, de façon à préserver le pouvoir d’achat des consommateurs, tout en contribuant au maintien des emplois et au soutien d’une production française durable et pérenne.

Philippe Manzoni, président d’Intermarché alimentaire

Des prises de parole…

Si Intermarché est arrivé avec une annonce concrète, il n’est pas le seul commerçant à s’être exprimé. Déjà, début février, Serge Papin, président de Système U, avait dénoncé le manque de responsabilité des leaders de la distribution en France sur ce sujet. Par ailleurs, Michel-Édouard Leclerc a rappelé, il y a quelques jours sur son blog, que l’enseigne avait bien consenti à des hausses de tarifs par rapport à l’an passé. « Et quand je parle d’achat à la hausse, c’est y compris par rapport aux tarifs issus de la médiation de mai dernier. Les distributeurs n’achètent pas le lait à la ferme, mais aux industriels. Or, en écoutant les syndicats, toutes les hausses acceptées par Leclerc ne retombent pas dans la poche des éleveurs. S’ils ne s’y retrouvent pas, les distributeurs doivent-ils être les seuls responsables », écrit-il.

Les distributeurs vont rester dans cette logique de guerre des prix en 2014, alors que la flambée des cours des matières premières va être encore plus importante cette année.

Olivier Picot, président de la Fnil

... qui laissent sceptiques

Et si les annonces tombent, les producteurs restent pourtant méfiants. « Nous sommes réceptifs, mais nous attendons que ces engagements soient réellement appliqués, car certains peuvent rester lettre morte », explique Thierry Roquefeuil. Pour autant, les fédérations estiment que ces déclarations sont encore bien trop insuffisantes. Selon certaines sources, si l’ambiance était « détendue » à quelques heures de la fin des négociations avec certains contrats déjà signés, « on est encore loin du but ». « Si on n’arrive pas à un prix juste, fixé sur les indicateurs du marché, les entreprises et les coopératives, qui veulent continuer à rémunérer les producteurs à leur juste valeur, devront faire des arbitrages. Et ça se fera au détriment de la qualité des produits, de l’investissement de l’outil industriel et des emplois », alerte Dominique Chargé, président de la Fédération nationale des coopératives laitières (FNCL). Faut-il prendre le risque d’enterrer la filière laitière française pour quelques euros

Hausses à la production

Si la hausse du prix du lait avait déjà atteint plus de 9% en 2013, selon les prévisions et l’annonce faite par Intermarché, une augmentation du même ordre devraitse poursuivre pour 2014. Mais les producteurs demandent encore plus.   

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Article extrait
du magazine N° 2309

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