L'art de la polémique selon la FNSEA

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EDITORIAL

Henri_Loizeau

De l'art de la guerre psychologique, Jean-Michel Lemétayer, président de la toujours très puissante FNSEA, n'ignore rien. À peine l'encre de sa toute récente « Lettre ouverte à tous ceux qui ont le goût du dialogue » était-elle séchée que le leader syndical lançait une énième opération commando contre la grande distribution.

Le calendrier n'est naturellement pas fruit du hasard. La multiplication des opérations conduites par les agriculteurs dans les grandes surfaces de Bretagne et de Pays de la Loire en fin de semaine dernière, le « coup de gueule » de leur président lundi 10 septembre au micro de Jean-Pierre Elkabbach, sur Europe1, n'avaient qu'un seul objectif : chauffer ses troupes à la veille de la visite de Nicolas Sarkozy au Salon international de l'élevage à Rennes, et adresser un message au président de la République qui devait prononcer, à cette occasion, son premier grand discours à l'adresse du monde agricole. Tout cela ne serait que péripéties syndicales si le leader de la FNSEA n'avait de cesse, dès lors qu'il est en représentation, d'entretenir la polémique sur fond d'une coupable confusion.
 
« La France a plus besoin de son agriculture et de ses produits que de Michel-Édouard Leclerc et de ses magasins », a ainsi affirmé Jean-Michel Lemétayer.

On ne sait si l'attaque se voulait ad hominen, ou -au-delà de la personne du président de l'ACDelec- à l'adresse de toutes les enseignes de la distribution. La charité inclinerait à opter pour la seconde hypothèse. Car, n'en déplaise au président de la FNSEA, la France a bel et bien besoin ET de son agriculture et de ses produits, ET de « Michel-Édouard Leclerc ».

Pour une raison qu'il ne peut naturellement ignorer. Les Français aiment les agriculteurs et leurs produits, comme ils plébiscitent les grandes surfaces auprès desquelles ils souhaitent s'approvisionner au meilleur rapport qualité-prix ! Ces grandes surfaces qui représentent près de 75 % des achats des ménages en fruits et légumes.

Réclamer à cor et à cri la transparence sur les prix et les marges - juste cause - tout en entretenant à dessein la polémique et la confusion sur les marges de la distribution (entre une marge brute commerciale de 25 à 28 % et une marge nette de 4 à 5 %) n'est pas de nature à favoriser le dialogue souhaité. Les rapports délicats du monde agricole et de la distribution méritent assurément mieux que l'anathème médiatique permanent qui semble tenir lieu de politique à la FNSEA.
Henri Loizeau, directeur de la rédaction
hloizeau@lsa.fr
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