L'aspartame réduit sérieusement la voilure

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La stévia et le sucralose bouleversent les équilibres des édulcorants. Même Canderel, leader historique de l'aspartame, a drastiquement réduit l'usage de cet ingrédient de synthèse à la mauvaise réputation.

L'aspartame se fait de plus en plus petit. En rayons, cet édulcorant de synthèse a tellement cédé de place que cela finit par ressembler à une véritable exfiltration, ou comment faire disparaître discrètement un ingrédient devenu subitement gênant. Car l'aspartame revient régulièrement sur le devant de la scène accompagné d'interrogations sur son supposé caractère cancérigène.

LES TENDANCES

  • L'aspartame diminue drastiquement
  • Le sucralose prend de l'importance
  • La stévia poursuit sa progression à deux chiffres

Si, en matière d'alimentation, le consommateur n'aime pas prendre de risques, il en est de même pour les questions de santé, financière celles-là, des industriels. Merisant, roi incontesté de l'aspartame pendant longtemps, a subitement réduit son offre en la matière : 100% reposait sur l'aspartame fin 2009. Deux ans plus tard, ce taux n'atteignait plus que 70%, et il n'est plus que de 25% aujourd'hui.

«Bouleversement des repères »

Que s'est-il donc passé dans ce laps de temps pour observer de telles évolutions ? « L'arrivée de la stévia a été un chamboulement pour le marché des édulcorants de table. Auparavant, nous n'avions qu'une vision " édulcorant synthétique " et, d'un seul coup, la stévia a bouleversé les repères. Aujourd'hui, le marché est scindé en deux », observe Olivier Badinand, directeur général France et Benelux de Merisant (marques Canderel et Pure Via). D'un côté, les édulcorants naturels sont en pleine forme, alors que les cousins de synthèse et leur locomotive, dénommée aspartame, souffrent beaucoup, avec des volumes en baisse de 12,3%. Merisant limite la casse avec un recul de « seulement » 2% à 3%, grâce à la montée en puissance du sucralose.

À quoi sert l'aspartame ?

L'aspartame est un édulcorant de synthèse découvert en 1965, qui a un pouvoir sucrant environ 200 fois supérieur à celui du sucre, et se révèle très faible en calories. Il est utilisé comme édulcorant de table, mais également comme additif dans les boissons, produits laitiers, chewing-gums et produits allégés.

Cet édulcorant de synthèse, moins controversé, représente 50% de l'offre de l'entreprise en GMS, un basculement très rapide « qui nous permet d'être quasiment à l'équilibre alors que le marché décroche ». Canderel ne propose d'ailleurs plus qu'une seule référence d'aspartame en GMS, avec un distributeur de 400 comprimés.

Vu l'évolution rapide des choses, la disparition de l'aspartame de l'offre grande distribution de Canderel semble plausible, bien que la marque s'en défende. « Je suis persuadé que l'aspartame ne disparaîtra pas du marché, pour plusieurs raisons, dont son prix inférieur au sucralose », poursuit Olivier Badinand. Si la distribution du packaging de 400 comprimés se poursuit en 2013, le doute est permis sur 2014. Car cette grosse rotation n'est présente que dans un tiers des enseignes de la grande distribution (Leclerc, EMC et Système U).

Sur la touche

L'aspartame a mauvaise presse en France depuis des années, et sa consommation diminue rapidement, plombant le marché des édulcorants. Mais ces derniers n'ont pas dit leur dernier mot, avec le fort développement d'une offre alternative, qu'elle soit naturelle (extrait de stévia) ou de synthèse (sucralose).

Le sucralose prend le relais

Dans d'autres domaines que le sucre, l'aspartame a également commencé à céder du terrain. Coca-Cola y reste fidèle pour ses boissons light, mais les concurrents ne se tournent pas les pouces. Début 2012, Système U disait adieu à l'aspartame pour son cola light MDD, un mouvement anecdotique en termes de volume, mais très symbolique du retournement du marché.

Le sucralose est venu prendre le relais, un virage également pris par Orangina-Schweppes pour sa nouvelle version d'Orangina Light Miss'O. D'ailleurs, le succès actuel du sucralose a de quoi surprendre. Mais ce nouvel ingrédient a pour lui d'être encore vierge de polémiques, et d'être plus pratique à l'usage. Ses nombreux soutiens répétant à l'envi qu'il résiste à la cuisson, ce qui lui permet d'être incorporé dans quasiment tous les types de cuisine.

Les édulcorants à la peine

  • - 1,9% en valeur en 2012 vs 2011
  • - 10% en volume
  • 37,3% Le poids de l'aspartame sur le marché des édulcorants, CAM à fin février 2013

    Source : SymphonyIRI

Vendu en France il y a une dizaine d'années par Mc Neil Nutritionnals sous la marque Splenda, le sucralose n'avait pourtant pas rencontré le succès, et sa commercialisation avait été stoppée en 2009. Tombée dans le domaine public depuis, la molécule vit aujourd'hui une deuxième jeunesse et joue le rôle d'un véritable substitut pour Merisant.

« Nous sommes clairement dans la volonté d'étoffer notre offre sucralose. Nous lançons un format d'entrée de gamme avec un distributeur de 80 comprimés, pour permettre de le tester. Nous n'avons pas de position arrêtée quant à l'aspartame. Mais le choix de proposer du sucralose est positif pour Merisant », appuie Olivier Badinand.

Transfert progressif des parts de marché

D'ailleurs, la répartition actuelle du marché des édulcorants traduit bien ce transfert progressif. L'aspartame représente encore 37,3% des ventes d'édulcorants, mais perd du terrain, et se voit talonné par la stévia (32,6%), le sucralose n'étant plus négligeable du tout (22,8%).

Le dernier représentant de la catégorie est la saccharine (7,3%), spécialité de la société Ginko. « La progression de la saccharine ralentit. Mais elle est toujours en croissance », souligne Olivier Bonnel de Courronde, président de Ginko. La société commercialise la marque Hermesetas, qui couvre l'aspartame, la saccharine et la stévia, et fabrique également des MDD. « Il y a un nouveau phénomène que nous observons au travers des appels d'offres, avec la grande distribution qui recherche des MDD autour de l'aspartame, mais surtout du sucralose. » À ce jour, Carrefour est la seule enseigne sur ce créneau, mais l'arrivée d'autres distributeurs sur ce segment est imminente. L'aspartame va encore devoir serrer les dents.

La stévia prend des couleurs

Sous la marque Pure Via, Merisant tente un sucre roux à la stévia pour étoffer l’offre de « sucre nutritionnel ».

Le sucralose veut séduire

Avec un format 80 comprimés destiné à favoriser l’essai, Canderel vise à élargir la cible du sucralose, et le recrutement.

L’alternative saccharine

Avec son antériorité (c’est le plus ancien édulcorant artificiel, créé il y a plus de cent ans), la saccharine continue d’être une alternative reconnue et constitue une part importante de l’activité d’Hermesetas, aux côtés de l’aspartame et de la stévia.

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Article extrait
du magazine N° HSEPICERIE2013

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