L'Atoll, vaisseau commercial expérimental, se pose à Angers

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Sa silhouette elliptique et métallique, façon soucoupe volante, invite à la consommation version cocooning. Le centre que la Compagnie de Phalsbourg inaugurera le 4 avril se veut une ode « au beau et au durable », en réaction à la médiocrité architecturale des entrées de ville.

Le trompe-l'oeil est presque parfait : l'automobiliste filant sur l'A11 à l'ouest d'Angers, dans le Maine-et-Loire, pense découvrir à hauteur de Beaucouzé le nouveau stade de foot du Sporting Club de l'Ouest. Que nenni ! La vaste arène qui se dresse en limite de l'agglomération abrite l'Atoll, le dernier-né des centres commerciaux de la Compagnie de Phalsbourg dévolu à l'ameublement et à l'équipement de la maison. Son but : retenir une clientèle résidant dans un rayon de 70 kilomètres, jusque-là attirée par les Ikea de Nantes et Tours, voire par la Route du Meuble au nord de Rennes. Ses dimensions donnent le vertige : avec une emprise au sol représentant deux fois celle du Stade de France et une surface de vente de 71 000 m², huit fois plus importante que le terrain de jeu francilien, l'Atoll s'érige en temple moderne de la consommation.

Privilégier le beau ne revient pas à sélectionner les consommateurs. La logique du pouvoir d’achat est bien évidemment présente à l’Atoll avec des enseignes qui sont dans la bagarre.

PHILIPPE JOURNO, président de la Compagnie de Phalsbourg

 

« One stop shopping »

Premier pôle hexagonal de cette taille édifié d'un seul tenant, il cumule les records et les innovations. D'abord son parti pris architectural. Une forme oblongue genre soucoupe volante, dont le centre est à ciel ouvert et les parois habillées d'une résille métallique perforée blanc nacré. « J'ai réalisé de nombreux centres en périphérie des villes, mais là, il s'agit vraiment d'un projet radicalement différent et qui restera unique », s'enthousiasme Philippe Journo, président de la Compagnie de Phalsbourg et passionné d'art contemporain. Qui a joué le guide pour LSA, quelques jours avant l'ouverture des lieux, prévue le 4 avril.

Trois ouvertures percent de part en part le mastodonte conçu par les architectes Antonio Virga et Vincent Parreira. À l'intérieur, l'aménagement mis en scène par les paysagistes angevins de l'Atelier Paul-Arène donne le ton : nous sommes dans un écoparc commercial qui sera labellisé Valorpark® et HQE. Exit le cabotage, place au « one stop shopping » : le visiteur n'a pas à réemprunter son véhicule ici. Une ligne de bus a également été prolongée jusqu'à ses portes en attendant l'arrivée du tramway, espérée en 2018.

Comme promis lors du concours remporté en 2008, le végétal est omniprésent : saules pleureurs, bambous, haies de charmes, pins, etc. Au total, près de 600 arbres et 15 000 arbustes ont été plantés. Avec pour objectif que le vert perdure toute l'année ! Si la moitié des 2 700 places de stationnement se trouvent en sous-sol, les autres en surface sont semi-engazonnées : elles réduisent d'autant la surface imperméabilisée et récupèrent les eaux de ruissellement. Le système a été breveté. Un réseau de noues et de drains canalise le trop-plein de pluie, évacué vers une zone humide extérieure accueillant des plantes dépolluantes. Une partie de l'eau sert à l'arrosage des végétaux. Des minivallonnements artificiels réalisés avec les déblais et remblais ajoutent un effet de relief.

L'OUVRAGE EN CHIFFRES

  • 71 000 m² de surface de vente sur un site de 22 ha
  • 50 magasins dont Alinéa (12 000 m²) Castorama (12 000 m²) Boulanger (4 000 m²) Darty (1 900 m²), Babou (3 000 m²)
  • 180 M€ d'nvestissement (145 M€ pour la Compagnie de Phalsbourg)
  • 136 M€ de chiffre d'affaires prévisionnel
  • 800 emplois dont 400 créations
  • Ouverture le 4 avril

Durable et convivial

Panneaux photovoltaïques, pompes à chaleur réversibles, éclairage à leds, course aux économies d'énergie (double enveloppe extérieure, auvents protégeant les murs rideaux), etc., complètent cette réalisation acquise au développement durable. Et pour réduire encore la sensation d'immensité, sept « galets », constructions ovoïdes abritant des boutiques, ont été greffés en bordure du parking végétalisé de six hectares. « Nous avons privilégié la convivialité en travaillant à l'échelle de rues », confie Philippe Journo. Le centre est occupé par une dizaine de restaurants entre lesquels s'intercalent un jardin des enfants et un jardin des amoureux.

Divisé en quatre parties, le bâtiment périphérique circulaire héberge les principales enseignes, une cinquantaine en tout. Il est desservi par une promenade longue d'un kilomètre : une première allée, piétonne, permet de déambuler à l'abri sous un auvent ; un second anneau, parallèle, est réservé aux navettes électriques. Chacune pourra transporter 14 passagers. Dans un face-à-face est-ouest, Alinéa, qui inaugure pour l'occasion son nouveau concept, et Castorama joueront le rôle de locomotives avec, à leurs côtés, Boulanger, Darty, ou encore Babou. Le secteur Nord accueille des surfaces plus réduites, tandis que l'équipement de la personne se concentre au Sud. La présence de ces magasins constitue d'ailleurs une entorse à la copie originale puisque, lors du concours, il était hors de question de concurrencer le centre-ville et les pôles commerciaux existants. La règle a finalement été assouplie, et une surface alimentaire de 1 000 m2 a même été accordée. « Entre-temps, la crise de 2008 est passée par là », justifie Philippe Journo.

 

Débat sur le cinéma

L'entrepreneur a également obtenu une autre dérogation pour une enseigne culturelle dont le nom reste à dévoiler : longtemps en tractation avec Cultura, il a rompu les négociations devant l'inflexibilité du groupe qui voulait être propriétaire de son emplacement. Or, la convention qui lie la Compagnie de Phalsbourg à Angers Loire Métropole l'oblige à conserver la possession des lieux durant quatorze ans, une assurance prise par la communauté d'agglomération, soucieuse de la préservation de la qualité de l'Atoll. Seules exceptions à cette règle : Alinéa et Castorama.

Reste le sujet qui fâche : malgré le refus répété de la collectivité, le maître d'ouvrage souhaite un complexe cinéma. Réservé, son emplacement restera vide, au moins dans un premier temps. « Le projet n'est pas abandonné car il est cohérent avec le site, assure Philippe Journo. Quatre candidats se sont déclarés prêts à s'y implanter. » Ce cinéma serait aussi un atout supplémentaire pour la restauration en soirée. Pourtant, ce dossier est jugé hors sujet par les élus : développé par Faubourg du Commerce (groupe Idec), le pôle Arena (26 000 m2), qui verra le jour en 2013 au sud de l'agglomération, a déjà obtenu le feu vert pour un cinéma Mégarama (6 salles). Pas sûr que l'argument suffise pour convaincre l'hyperactif Philippe Journo d'y renoncer.

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Article extrait
du magazine N° 2221

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