« L'autorégulation est préférable à la loi »

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En matière d'obésité, les industriels sont de plus en plus montrés du doigt, et les pouvoirs publics, français et européens, ne cessent de réglementer tout ce qui touche à la nutrition. Le PDG de Kraft Foods France prend la défense des industriels et plaide pour l'autorégulation.

LSA - Distributeurs interdits dans les écoles, publicité télévisée très réglementée, profils nutritionnels en discussion à Bruxelles... Que pensez-vous de cette montée de la judiciarisation ?

Bruno Luisetti - Elle atteste d'une prise de conscience du problème grandissant de l'obésité, ce qui est une bonne chose. Mais je ne pense pas que les lois régleront tout, car elles luttent contre les effets au lieu de s'attaquer aux causes profondes. Ainsi la législation va-t-elle s'intéresser à quelques aspects du problème, certes importants, comme la composition du produit ou le tableau nutritionnel. Cela, sans se focaliser sur le plus important à mes yeux, à savoir l'information, mais aussi l'éducation du consommateur. D'ailleurs, les interdictions pures et simples ne sont bien souvent pas suivies d'effets. Par exemple, la Suède et le Québec, qui ont banni la publicité en direction des enfants, n'ont pas vu diminuer leur taux d'obésité. Faisons donc confiance aux entreprises pour prendre leurs responsabilités en la matière. Au-delà de la notion de contrainte, la lutte contre l'obésité représente également, pour elles, une opportunité majeure d'innovation et de développement de nouveaux produits mieux adaptés à notre mode de vie contemporain.

LSA - Chez Kraft, que faites-vous dans ce sens ?

B. L. - Nous avons été parmi les premiers à réagir au niveau mondial, dès 2003, avec un plan de lutte contre l'obésité et pour la promotion des modes de vie sains. Ce plan portera pleinement ses fruits en 2006-2007 et comporte quatre domaines principaux. L'étiquetage, avec des tableaux nutritionnels bientôt sur tous nos produits. La publicité et la présence de nos marques dans les écoles : Kraft a fait le choix d'y renoncer. Les portions, surtout aux états-Unis, où le groupe a lancé le 100 calories garanties par por- tion. Enfin, les recettes. En France, nous avons ainsi retiré des linéaires Choco Swing 300 g et Cosmics. Nous retravaillons éga- lement les recettes de Choco Swing et Mil- kinis, dans l'optique d'en améliorer le profil nutritionnel.

Notre objectif est d'avoir une politique pérenne et volontariste, en réponse aux attentes des consommateurs. Nous oeuvrons de même, en matière de coopération, avec les associations et fédérations sportives. J'en profite pour vous annoncer que Kraft, en partenariat avec la Fédération française de handball, lance actuellement le premier programme d'éducation nutritionnelle dans le cadre de la pratique sportive. Nous avons, pour ce faire, demandé aux médecins et nutritionnistes des équipes de France de handball de développer des sessions d'information nutritionnelle dans le cadre des entraînements des adolescents. Les cadres techniques de la fédération ont commencé à former les entraîneurs de clubs à ce programme. Baptisé « Bien manger, c'est bien jouer », il bénéficie du soutien du ministère des Sports et de la Vie associative. Nous souhaitons sensibiliser 20 000 jeunes la première année.

Parallèlement, depuis 2003, Kraft a développé, avec les banques alimentaires, des programmes de formation pour une meilleure alimentation auprès des personnes en précarité, catégorie statistiquement la plus touchée par l'obésité. Les années passées, nous avons de plus participé à l'achat de camions réfrigérés pour aider les banques alimentaires à collecter des produits frais et variés, afin de permettre aux plus démunis d'avoir une alimentation plus équilibrée.

LSA - Pourtant, les pouvoirs publics vont plus loin, notamment à Bruxelles, qui est en train de définir des profils nutritionnels...

B. L. - Je suis contre le fait d'établir des listes de produits qui sont bons ou mauvais pour la santé. En la matière, aucun produit n'est bon ou mauvais, tout dépend de la consommation qui en est faite. D'autre part, je suis bien évidemment pour une communication juste et claire auprès des consommateurs. Toute notre crédibilité passe par elle. Nous, industriels, avons eu parfois tendance à mettre en avant les propriétés d'un seul ingrédient en ne communiquant pas sur les autres, qui pourraient soulever des interrogations. Chez Kraft, nous avons décidé d'adopter des contraintes supérieures à celles légales. Ainsi, une allégation sur un nutriment est possible si celui-ci représente 15 % des apports journaliers recommandés (AJR) pour 100 g. Chez Kraft, on ne fait l'allégation que s'il représente aussi 5 % des AJR aux 100 calories.Nous pratiquons l'autorégulation et pensons qu'une réflexion commune, avec les pouvoirs publics, est toujours plus nécessaire.

LSA - C'était là toute l'idée de la fondation proposée par l'Association nationale des industries alimentaires ?

B. L. - En effet, dans le cadre de l'Ania, nous avions proposé une fondation paritaire avec l'État, pour, ensemble, générer des idées et pour être plus efficaces afin de lutter contre l'obésité. Mais, au lieu de cela, le gouvernement préfère nous imposer une taxe.

Le fait d'instaurer un prélèvement de 1,5 % sur les investissements publicitaires et promotionnels, ou de faire figurer des messa- ges sanitaires sur chaque publicité, est-il le moyen le plus efficace pour obtenir des résultats dans ce combat ? J'en doute. Le problème du surpoids est complexe et multifactoriel, et doit faire l'objet d'une union sacrée entre les autorités, les entreprises et les citoyens. Nous y sommes pleinement disposés. Ce faisant, il est essentiel de poursuivre le dialogue avec les autorités, comme c'est le cas aujourd'hui.

LSA - En parlant de danger, Atkins, l'initiateur du régime « low carb » aux États-Unis, débarque aujourd'hui en France. Croyez-vous à un engouement dans notre pays ?

B. L. - Cela ne m'étonne pas qu'il tente sa chance en France. Après le succès de ses produits outre-Atlantique, Kraft a commercialisé des gammes entières de produits faibles en sucres lents, pour répondre à la demande des consommateurs. Mais la vraie question est de savoir ce que représente la réponse « low carb » par rapport au problème global de l'obésité. Chez nous, nous disposons des recommandations du Programme national nutrition et santé (PNNS), qui sont totalement adaptées à nos spécificités nationales et constituent une référence commune pour tous les acteurs. Je crois qu'il convient déjà d'utiliser les outils dont nous disposons, avant de nous enthousiasmer pour des solutions toutes faites, parfois simplificatrices.

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Article extrait
du magazine N° 1883

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