L'autre risque alimentaire

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EDITORIAL Ce foisonnement de prélèvements nouveaux, ce concours Lépine de l'impôt, est déprimant.

Yves Puget, directeur de la rédaction
Yves Puget, directeur de la rédaction©Bernard Martinez

Pendant une semaine, du 21 au 25 octobre, Paris sera la capitale mondiale de l'alimentaire. Plus de 140 000 visiteurs sont attendus au Sial, Parc des expositions de Paris Nord-Villepinte, afin de découvrir les innovations de 120 pays. Un tel événement démontre l'attractivité de notre pays et le poids de l'agroalimentaire. Il est vrai que ce secteur pèse 157 milliards d'euros de chiffre d'affaires et emploie quelque 500 000 salariés. Soit le deuxième employeur industriel de l'Hexagone.

Pourtant, les dirigeants de ces 10 500 entreprises affrontent de multiples turbulences. Ils regrettent la constante diminution de la part du budget des ménages consacrée à l'alimentaire. Ils pestent contre ces « peurs alimentaires » qui, dans leur grande majorité, sont infondées. Ils regrettent que leur rôle soit tant dévalorisé dans les médias. Ils se plaignent de la poursuite de la flambée des prix des matières premières agricoles. Ils s'inquiètent en voyant leurs marges fondre. Ils rouspètent contre les distributeurs en général et la loi de modernisation de l'économie en particulier. Surtout, ils ont peur que le ciel leur tombe sur la tête. Ou plus exactement que les taxes en tous genres déboulent dans leur compte d'exploitation.

Alors, s'il y a une demande à faire lors de cette semaine qui va mettre l'alimentaire dans l'actualité, c'est bien de protéger cette activité économique. Et la question n'est pas d'être politiquement de droite ou de gauche. La taxe sur les sodas a été imaginée à la va-vite par un gouvernement de droite et celle sur les bières est sortie d'un chapeau... de gauche. Tous les politiques doivent comprendre que l'économie n'est pas un puits sans fond, que les entreprises sont fragiles (dans l'alimentaire, il s'agit à 98% de PME) et que ce foisonnement de prélèvements nouveaux, ce concours Lépine de l'impôt, est déprimant. Sur la précédente législature, pas moins de 24 taxes ont été créées et de nombreux taux, relevés. Celle qui commence s'annonce tout aussi généreuse. Mais le pouvoir en place a encore quelques jours pour limiter les dégâts. Si le projet de loi de finances pour 2013 (PLF), qui vise 3% de déficit public, est en passe d'être voté à l'Assemblée nationale, le projet de loi de financement de la Sécurité sociale le sera, quant à lui, dans les prochains jours. Les députés peuvent encore entendre raison - les lobbys s'y emploient. Le gouvernement a déjà reculé face à la fronde des créateurs d'entreprise et de start-up sur la taxation des plus-values de cession. Pourquoi ne deviendrait-il pas moins « gourmand » à l'encontre des brasseurs ? Cette attitude serait responsable, à condition de ne pas immédiatement reporter les sommes non récoltées sur d'autres secteurs de la grande consommation.

Car, finalement, le vrai risque alimentaire ne se trouve peut-être pas dans l'assiette des Français, mais bel et bien du côté de l'emploi... de ces mêmes Français.

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Article extrait
du magazine N° 2246

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