L'e-commerce en débat

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EDITORIAL« Pourquoi diable vouloir imposer à un petit producteur du Périgord de traduire son site en 25 langues ? »

Yves Puget
Yves Puget©Bernard Martinez

Le coup est venu par surprise et il pourrait être rude. Une série de mesures approuvées par le Parlement européen le 24 mars, dans le cadre de la Directive sur les droits des consommateurs, propose un changement radical des règles du jeu du commerce électronique. Sans consultation, ou presque, et en se passant de toute étude d'impact, ce texte imposerait un système de paiement en sept monnaies différentes. Il infligerait un système de traduction en 25 langues. Il réclamerait des contrats de livraison dans 27 pays. Il obligerait une durée légale du droit de rétractation étendue à deux fois quatorze jours (quatorze jours pour notifier le retour, et autant pour retourner le produit). Et ce, alors que bon nombre de sites peinent à trouver la rentabilité, que la très grande majorité d'entre eux ne comptent que quelques dizaines de commandes chaque mois (plus précisément, 27,2% des sites atteignent moins de dix commandes par mois...) et, surtout, que le commerce électronique commence seulement à se professionnaliser.

Le projet concocté par l'Allemand Andreas Schwab (parle-t-il 25 langues ?) n'est, certes, pas encore adopté. Il est encore soumis à négociation, et le Conseil européen, qui examinera l'ensemble des propositions le 12 avril, pourrait bien revoir la copie en profondeur ou supprimer quelques articles. En attendant le verdict, les eurodéputés jouent avec les nerfs de bon nombre d'entrepreneurs et, surtout, avec la survie de milliers de sites marchands. Car si cette directive « passe », des TPE-PME ou des auto-entrepreneurs verraient leur équilibre financier fragilisé, avec une augmentation des coûts directs et une multiplication des taux de retour. In fine, de nombreux « petits sites » fermeraient. La concurrence n'y gagnerait pas et l'emploi y perdrait. Sans parler des prix de vente consommateurs qui ne pourraient que s'afficher à la hausse !

Finalement, si l'origine de la réflexion est louable (mieux protéger les consommateurs et harmoniser les législations en Europe), pourquoi diable vouloir imposer à un petit producteur du Périgord de traduire son site en 25 langues alors que seulement 15% de la production française sont exportés ? Pourquoi demander aux entreprises européennes d'avoir des pratiques communes alors que les taxes et impôts en Europe ne sont toujours pas harmonisés et que les salaires varient fortement entre les pays ? Pourquoi prendre le risque de pénaliser un secteur en plein essor (+ 24% de chiffre d'affaires en France en 2010) et touchant de plus en plus de Français (+ 12%) ? Pourquoi freiner une activité qui recrute de plus en plus de salariés (60 000 emplois en France, + 16%) et qui fait la part belle aux jeunes (11% des effectifs ont moins de 25 ans) ? Et surtout, pourquoi handicaper une branche économique en pleine ébullition, qui représente indéniablement le commerce de demain et qui compte de plus en plus d'entrepreneurs : 81 900 sites marchands actifs (+ 28%) ? Pas moins de 17 800 nouvelles boutiques virtuelles ont vu le jour l'année dernière. Et si le rythme de créations se maintient, la France devrait franchir cette année le cap des 100 000 sites marchands. Du moins, si Bruxelles n'en décide pas autrement le 12 avril. Et si quelques technocrates reviennent à la raison...

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Article extrait
du magazine N° 2176

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