L'élection du pouvoir d'achat [Edito]

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yves puget

La question du pouvoir d’achat orientera le vote de trois quarts des Français ! Les candidats à l’élection présidentielle qui se focaliseront uniquement sur les questions sécuritaires, sanitaires ou écologiques commettront donc une grave erreur. Concrètement, selon la définition de l’Insee, le pouvoir d’achat correspond au « volume de biens et services qu’un revenu permet d’acheter ». Son évolution est liée à celle des prix et des revenus (travail, capital, prestations familiales et sociales, etc.). Et selon l’Insee, cet indicateur aurait progressé de 1,8 % l’année dernière et devrait régresser de 1 % au premier trimestre 2022.

Plus que le pouvoir d’achat en lui-même, c’est donc son évolution qui intéresse les ménages. Et c’est justement la perception de cette tendance qui génère de multiples contradictions. D’abord, n’oublions pas que les biens durables tirent les prix vers le bas depuis quelques années. Or le consommateur est plus sensible à l’évolution des prix des achats fréquents (carburant, pain, fruits et légumes…) qu’à celui des achats non récurrents (meubles, électroménager…). Autre explication, les contribuables ont la ­mémoire courte. On ne pense pas, chaque ­semaine, en poussant son chariot, que sa taxe d’habitation a été supprimée ou que les cotisations sociales des salariés ont été diminuées.

Très simplement, les ménages ressentent leur pouvoir d’achat en comparant les revenus restants, une fois les dépenses pré-engagées réalisées (téléphone, internet, assurances, loyer…). Ce qui pose, une nouvelle fois, la question des dépenses contraintes. Sans oublier d’évoquer la différence entre « pouvoir » et « vouloir » d’achat ou la montée en gamme (on parle aussi d’inflation masquée), avec notamment l’innovation et le bio. Dernier biais, l’acquisition d’immobilier n’entre pas dans l’indice des prix !

Voilà pourquoi les impressions des Français ne sont pas forcément validées par les chiffres officiels. Et voilà pourquoi il est nécessaire de cesser les grandes déclarations et autres incantations. Certes, des choses ont été faites, comme la prime exceptionnelle de pouvoir d’achat, l’exonération de cotisations salariales sur les heures supplémentaires, l’augmentation du minimum vieillesse, le crédit d’impôt sur les services à la personne… Mais il y eut en contrepartie le renforcement de la fiscalité sur le tabac ou la baisse des aides au logement.

Les politiques, de droite comme de gauche, se doivent donc de présenter un programme clair, avec des mesures qui ne se contredisent pas (donner d’une main puis reprendre de l’autre), plutôt qu’une réaction épidermique à chaque mouvement social. La question du pouvoir d’achat ne se réglera pas avec des « mesurettes » ni avec des annonces démagogiques. Il ne s’agit pas de simplement multiplier les aides financières auprès des consommateurs-électeurs, mais plutôt de tout faire pour que les entreprises puissent à la fois juguler l’inflation (par la modernisation), embaucher et augmenter les salaires. Car, parfois, on a quelque peu l’impression que des gouvernements oublient que le pouvoir d’achat dépend certes du niveau d’imposition des Français et des aides éventuelles, mais aussi et surtout de la bonne santé des entreprises…

ypuget@lsa.fr @pugetyves

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Article extrait
du magazine N° 2683

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