Marchés

L'électroménager cultive sa fibre écolo

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Environnement - Sensibilisés très tôt avec la mise en place en 1995 de l'étiquette énergétique, les fabricants continuent d'investir le terrain du développement durable, de la conception des produits à leur utilisation jusqu'à leur recyclage.

Ils n'ont pas attendu l'effervescence médiaticopolitique pour éveiller leur conscience écologique. Alors que l'idée d'une étiquette verte semble faire son chemin, les fabricants d'électroménager, qui disposent depuis 1995 d'un système d'étiquetage énergétique, font figure aujourd'hui - et sans doute encore pour quelques années - de précurseurs. « Les enjeux environnementaux ont toujours été et restent plus que jamais au coeur de notre secteur », confirme Luigi Meli, président du Ceced, l'association européenne des fabricants d'électroménager. Représentant deux tiers de la consommation d'électricité des ménages, les appareils ménagers ont bénéficié - et c'est tant mieux - d'améliorations considérables sur ce plan. En quinze ans, la consommation totale des appareils ménagers a été réduite globalement de 40 à 50 %, confirme le Gifam. Quasi inexistante, la classe A, la plus économe, est devenue la référence du marché sur toutes les familles du gros électroménager. Loin de se contenter des avancées obtenues, les industriels continuent d'investir massivement pour développer des produits toujours plus performants, dépassant le cadre légal européen avec l'émergence de classes A + puis A ++, « malheureusement mal, voire pas du tout reconnues officiellement », déplore un fabricant. Mais peut-être plus pour longtemps !

Nouvelle étiquette en 2008

Alors que se profile, pour 2008, une révision par la Commission européenne de l'étiquette énergétique, le Ceced vient d'annoncer, le 4 décembre, son souhait d'adopter un nouveau système basé sur les chiffres. « Nous souhaitons que le classement de A à G soit abandonné au profit d'un classement numérique qui irait de 1 à 7, mais avec une possibilité d'aller jusqu'à 10, pour une approche plus dynamique et plus en phase avec les investissements consentis par l'industrie de l'électroménager », explique Luigi Meli.

Désireux de conserver leur avance, les fabricants ne ménagent pas leurs efforts. Parce que 80 % de l'impact environnemental des appareils ménagers relèvent de leur utilisation par les consommateurs, les actions continuent de se concentrer sur l'éco-usage, à savoir la réduction d'électricité, d'eau et de lessive. L'annonce faite par Haier, en juin, du premier lave-linge hybride, qui fonctionne sans détergent, a fait, à cet égard, l'effet d'une petite bombe ! Plébiscitée par les consommateurs, cette innovation laisse sceptiques certains concurrents. Les fabricants européens seraient-ils simplement mauvais joueurs ? En attendant la sortie de cette première, prévue au départ pour septembre, puis retardée à janvier 2008, des programmes destinés à déterminer la quantité de lessive optimale se multiplient. Vedette vient ainsi de sortir Écobox, une boîte à produits intelligente qui, grâce à un capteur infrarouge, détecte et évalue la quantité de linge pour indiquer le niveau de lessive requis. « Cela permet 25 à 30 % d'économies au minimum », assure Christophe Tardieu, responsable du marketing lavage de Fagor-Brandt.

Accélération de l'éco-conception

Moins ostensiblement, mais avec une vraie volonté, les industriels planchent de plus en plus sur la phase « amont » : l'écoconception. « Le mouvement semble véritablement s'accélérer », confirme Stephanie Botte, directrice de la communication et de l'innovation d'Electrolux. Concrètement, cela passe par le remplacement de certaines substances, l'amélioration des taux de recyclabilité, ou par l'utilisation de nouveaux matériaux. Tel le carboran, un matériau plastique 100 % recyclable et réutilisable, développé par Electrolux dans ses cuves de lave-linge. L'aspirateur Absorber de Rowenta utilise, lui, un polypropylène spécifique, et Domena va jusqu'à se servir de microcopeaux d'épicéa dans sa nouvelle gamme Éco-fibres.

Les projets qui circulent ici et là laissent présager d'un futur toujours plus écolo pour l'électroménager. Le concept de cuisson par induction et par énergie solaire présenté le 28 novembre dans le cadre du Design Lab d'Electrolux, le réfrigérateur alimenté lui aussi par panneaux solaires ou le lave-linge par hydrogène en gestation chez Electrolux en témoignent. Tout comme le concept « green kitchen », qui sera présenté par Whirlpool en avril 2008 au salon Eurocucina à Milan. Conçue avec 25 % d'énergies renouvelables, cette cuisine joue sur la création d'écosystèmes avec des systèmes de récupération et de réemploi d'eau et de chaleur d'un appareil à un autre.

Pourtant, à l'exception de Domena ou de BSH qui a édité cette année à destination des consommateurs un livret rouge sur les économies d'énergie famille par famille, peu s'en servent encore comme un argumentaire de vente principal. Dommage car, même s'il existe encore un décalage entre les déclarations d'intention et les décisions d'achat, jamais les Français n'ont paru aussi prêts à passer à l'acte. Et tant mieux : le parc compte encore 200 millions d'appareils blancs vieux de plus dix ans en Europe... qui génèrent l'équivalent en émission de CO2 de 5 millions de voitures. Le Ceced attend aussi dans ce domaine un soutien des pouvoirs publics sous la forme, pourquoi pas, de crédits d'impôts incitant à renouveler son appareil. L'Italie et l'Espagne l'ont déjà mis en place pour les réfrigérateurs, la France pas encore. Pourtant, si tout le parc français était remplacé par des réfrigérateurs de classe A, le gain sera équivalent à la consommation annuelle d'électricité d'une ville comme Toulouse ! De quoi faire réfléchir...

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