L'emballage en cure d'amaigrissement

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Réduire les emballages et alléger les contenants est un geste pour la planète, mis en avant par tous. Parfois, le gain financier n'est pas négligeable.

Le poids d'ordures ménagères générées en France par an et par habitant, dont 86 kg issus d'emballages. Source : Ademe, 2008
La quantité de matériaux économisée (soit - 9,4 %) à fin 2009 via 258 initiatives de réduction à la source par les adhérents du Conseil national de l'emballage (CNE). Source : CNE
C'est la solution la plus radicale, qui touche surtout les suremballages. Les yaourts ou les biscuits sont particulièrement visés, à cause d'une image assez peu verte. Sur sa Marque Repère, Leclerc a, par exemple, supprimé l'étui carton du tube de mayonnaise Rustica ; idem pour le dentifrice et l'étui du goûter Marbré P'tit Déli.
Les professionnels du champagne ont unanimement décidé d'alléger la bouteille du célèbre vin pétillant qui va passer de 900 à 835 g. Le groupe Vranken-Pommery a été précurseur, en utilisant cette bouteille « light » sur toute sa gamme depuis 2002. Dans l'univers des jus de fruit, PepsiCo a réduit de 60 % à moins de 30 % la part de ses volumes en verre entre 2006 et 2010, soit 700 tonnes de CO2 économisées par an.
En proposant la vente de denrées (céréales, féculents) en vrac, certaines enseignes s'affranchissent d'emballages et de manipulations, en amont comme en aval. Si le procédé est monnaie courante dans les magasins spécialisés bio, les enseignes traditionnelles sont moins en pointe. Mais Auchan (ici le tout nouveau magasin du Kremlin-Bicêtre) développe ce procédé depuis quelques années dans ses espaces Self Discount, et dans son nouveau concept Prixbas. Et Carrefour teste actuellement le vrac sur certains hypers.
L'emballage a souvent un rôle fonctionnel (support pour le prixet le code-barres, etc.), et il n'est pas forcément possible de le supprimer. En non-alimentaire, Mr.Bricolage travaille à les réduire au maximum, et vend de plus en plus de vrac gencodé, comme dans le cas des pinceaux.

Pas une semaine sans qu'un industriel ou un distributeur ne rappelle le tonnage de carton ou de plastique économisé grâce à ses efforts. Rien de moins étonnant, étant donné la sensibilité de plus en plus forte des consommateurs à l'environnement. Le mois dernier, c'est Danone qui a ajouté sa pierre à l'édifice, avec la suppression des emballages carton sur les lots de 4 yaourts de marques Taillefine et Activia. Au total, 1 600 tonnes de carton seront gagnées. Ce geste permet également de réduire les coûts de 2,5 millions d'euros (soit 0,02 E sur chaque pack), qui seront intégralement réinvestis dans l'outil industriel.

L'entreprise Alter Eco a également mené un travail de réduction à la source. Sur les tablettes de chocolat, le grammage du carton d'emballage est passé de 220 g/m2 à 205 g/m2 (- 7 %). Au final, 1,5 centime d'euro est économisé par tablette. Un gain qui devient conséquent par le jeu des volumes, avec 3,6 millions d'unités vendues, complété par un gain de 7,2 tonnes de carton, permettant une baisse de 16 % des émissions de CO2.

Trop gourmand en CO2

Et d'autres pistes sont à l'étude. « Tous nos jus sont vendus en bouteille de verre, et nous avons initié une réflexion sur l'évolution de ce contenant qui pourrait, pourquoi pas, passer au PET recyclé ou au Tetra Pak. L'emballage est la première piste d'amélioration, devant la logistique. Car c'est l'une des activités les plus émettrices de CO2 (21 % de nos émissions) », note Claire Thomas, responsable des achats d'Alter Eco.

Les distributeurs sont aussi de la partie. Avec l'énorme poids des MDD, leur rôle est primordial. D'ailleurs, concernant les yaourts vendus par 4, de nombreuses enseignes ont décidé de supprimer purement et simplement les « cartonnettes » il y a déjà quelques années, bien avant Danone. En janvier, Leclerc a même décidé de « mettre à nu » sa MDD, avec une suppression massive des emballages (700 tonnes en un an). Cette démarche s'accompagne de l'apposition d'un logo en forme de planète verte indiquant « emballage allégé, nature préservée ». « C'est un défi pour Marque Repère qui doit bouleverser le comportement des consommateurs généralement très friands de produits aux packagings attractifs », précise le distributeur.

Préserver l'essentiel

Car avec la suppression des emballages, c'est autant de surface d'expression et de repères visuels en moins pour le consommateur. « Les distributeurs comme les marques ont systématisé l'approche environnementale dans les appels d'offres. Mais les fabricants d'emballages sont devenus force de proposition et les partenariats sont noués très en amont avec les fédérations professionnelles », indiquait récemment Chantal Sandoz, directrice du packaging pour le groupe Carrefour, à l'occasion d'une table ronde organisée en novembre dernier par LSA (LSA n° 2110).

Le travail n'est jamais vraiment terminé, mais tous les acteurs s'accordent sur un point : si le suremballage est superflu et peut être éliminé, l'emballage reste essentiel, notamment pour la préservation et la protection des produits. Les initiatives sont donc nombreuses pour alléger ou diminuer autant que possible le poids dudit emballage, sans nuire à ses propriétés. Coca-Cola a ainsi réduit de 9 % le poids de sa bouteille de 1,5 l et de sa canette 33 cl en une dizaine d'années. Côté livraison, une réduction de 25 % des films imprimés entourant les lots a permis une économie de plus de 1 000 tonnes de plastique. Danone a mis ses pots de yaourt à la diète, via la réduction de l'épaisseur (de 0,95 à 0,85 mm) et l'utilisation de foam (3 couches de polystyrène, dont celle du milieu est alvéolée de bulles d'air). Des économies invisibles pour les consommateurs, mais qui constituent un véritable enjeu en bout de chaîne.

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Article extrait
du magazine N° 2132

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