L’encadrement des promos pour le porc, un vrai risque

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Pour faire face à la crise du porc, les ministres de l’Économie et de l’Agriculture ont signé un arrêté limitant les possibilités de promotions, qui pourrait faire chuter les ventes en volume. Si l’arrêté est vraiment efficace…

L’arrêté est censé aider
les producteurs de porc,
qui manifestaient, ici
à Paris, tous vent debout
contre la baisse
des cours de la viande.
L’arrêté est censé aider les producteurs de porc, qui manifestaient, ici à Paris, tous vent debout contre la baisse des cours de la viande.

La nouvelle législation en bref 

  • La vente en promotion n’est totalement libre qu’en janvier et septembre.
  • Pour le reste de l’année, les remises sont limitées à 50% du prix au kilo hors promo constatée le mois précédent.
  • L’arrêté ministériel est applicable pendant un an.

Après une réunion au ministère de l’Agriculture, la crise du porc a débouché, le 9 juin, sur l’engagement des distributeurs à éviter la guerre des prix et à soutenir les cours à la production. Intermarché, via ses filiales Agromousquetaires et Josselin Porc, a été le premier à annoncer qu’il paierait 0,50€ de plus que les cours au cadran, tant que ceux-ci n’auront pas atteint 1,40€ le kilo.

Leclerc s’est aussi engagé sur les mêmes bases, mais assorties de conditions –notamment que les pouvoirs publics protègent les enseignes du risque juridique de l’entente. Ce qui n’est pas possible, vu l’indépendance de l’Autorité de la concurrence... Il n’empêche, Leclerc achète son porc plus cher, et Intermarché se désole qu’il n’en soit pas encore de même pour les autres enseignes.

Libres pendant deux mois

Surtout, le ministre de l’Agriculture, Stéphane Le Foll, et celui de l’Économie, Emmanuel Macron, ont aussi signé le 12 juin un arrêté encadrant les promotions en les laissant «libres» uniquement pendant deux mois de l’année –janvier et septembre. Et « elles ne pourront plus être réalisées en mettant en avant des prix inférieurs de 50% du prix moyen hors promotion du mois précédent ». Ainsi, si une barquette vaut 7€ le kilo hors promo, il sera interdit de la vendre en promo en dessous de la moitié de son prix. 

L’arrêté va-t-il permettre de sortir la filière porcine de la crise? Certainement pas. Car il est, au mieux, inutile – la promotion à 50% du prix habituel ne change rien au niveau de prix auquel est habitué le consommateur– et, au pire, il fait grimper les prix, et donc chuter les volumes, puisque le chaland s’achète de la protéine animale quasi au centime près quelle que soit la viande. Si le porc est plus cher, il achètera de la volaille, et si celui de la volaille monte, il achètera du porc ou de la volaille congelée… Enseignes et industriels le savent, le mouvement est presque mécanique. «Nous prenons acte de la décision du gouvernement de limiter les périodes de promotion pour la viande de porc, note la FCD. Mais dans un contexte d’érosion globale de la consommation, cette décision fait peser un risque sur la consommation et pourrait donc, in fine, être défavorable à l’économie générale de la filière. En outre, cette décision ne sera pas en mesure de résoudre la crise grave que rencontrent les éleveurs, depuis plusieurs mois, qui est avant tout due à un déficit de compétitivité.» Et de condamner les actions des producteurs contre les magasins, qui n’aident pas à soutenir la conso et l’envie d’acheter…

Une viande appréciée

Or, la viande de porc, à environ 7,50 € le kilo en moyenne et soutenue par les promos –la moitié des ventes de rôtis est sous promo –, a vu ses ventes rebondir en 2014, après des années de baisse. Les Français en ont consommé 32,7 kg. La volaille est sur la même tendance, pour atteindre 24 kg, alors que toutes les autres viandes ne cessent de perdre des adeptes. C’est par la réduction des dépenses publiques et la baisse des charges et impôts que la filière pourra s’en sortir, pas en augmentant les prix à la consommation, tandis que toute l’Europe est en train de les baisser. L’arrêté des ministres sur les promos ne vaut que pour un an. Il faut espérer que de meilleures solutions pour les filières viandes auront été trouvées d’ici là!

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Article extrait
du magazine N° 2372

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