L'encombrante écoparticipation

L'ÉVÉNEMENT DE LA SEMAINE Dans six jours, les consommateurs découvriront sur les étiquettes de meubles une écoparticipation à payer pour financer la collecte et le recyclage. Ce surcoût fait l'objet de discussions serrées entre les fabricants et les distributeurs, qui cherchent la meilleure stratégie commerciale à adopter pour ne pas handicaper encore plus une filière en plein marasme.

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L'entrée en vigueur de l'éco-participation sur les meubles n'est plus qu'une question de jours. Destinée à financer la collecte et le recyclage des éléments d'ameublements, cette taxe, décidée dans le cadre du Grenelle de l'Environnement, coûtera de quelques dizaines de centimes à plusieurs euros en fonction des produits (literie, canapés, tables, armoires, etc.) et sera effective à compter du 1er mai. Après un premier report de plusieurs mois en raison du manque de préparation des différents acteurs, impossible, cette fois, de s'y soustraire !

 

Inquiétudes sur les volumes de vente

Vertueuse sur le fond, puisqu'elle sera consacrée à la mise en place d'une véritable filière de retraitement des meubles usagés, l'écoparticipation est attendue avec une pointe d'inquiétude par la profession. Affichée clairement sur les étiquettes en magasin (et sur le web), en sus du prix de vente, elle représentera un léger surcoût, certes symbolique, mais malvenu alors que les ventes d'ameublement sont en chute libre (- 3% en 2012 et - 5% environ depuis le début de l'année selon les données de l'Ipea). Faute d'une stratégie destinée à rebondir, le secteur prévient même qu'il pourrait devoir composer en fin d'année « avec une chute historique de son chiffre d'affaires ». En janvier dernier, les représentants de l'Ipea s'interrogeaient déjà sur l'impact de l'écoparticipation. « Il n'y a pas de secret. Ce coût apparaîtra sur les étiquettes et sera supporté par les consommateurs. Mais nous avons peur que cela ait des répercussions sur les volumes de vente », annonçaient-ils. « Si nos élus ont eu cette bonne idée pour le bien de l'environnement et des Français, il est donc normal que tout le monde participe, non ? », ironise un fabricant, qui n'entend pas baisser ses prix en conséquence. Ainsi, sur un meuble vendu 599 €, assujetti à 4 € d'écoparticipation, l'industriel milite pour un prix total de 603 €, alors que le distributeur préférera obtenir un effort sur le prix de vente à 595 € auquel sera ajoutée la participation. « Nous ne faisons pas de sentiment, et nous avons appliqué l'écoparticipation conformément à la loi en l'ajoutant intégralement, indique un autre fabricant. Nous voulons tenir bon sur ce point, car le distributeur la reversera en totalité à Éco-Mobilier [l'organisme agréé par le ministère de l'Écologie pour le recyclage - NDLR]. »

1%.

Le surcoût lié à l'écoparticipation en 2013

Source : Éco-Mobilier

Le texte de loi est d'ailleurs limpide : « Ce coût unitaire est strictement égal au coût de la gestion desdits déchets. Il ne peut faire l'objet de réfaction. Les acheteurs répercutent à l'identique ce coût jusqu'au client final. »

Concrètement, l'écoparticipation apparaîtra sur une ligne séparée du prix de vente, et viendra s'ajouter à ce dernier, pour donner un prix total (et donc trois lignes distinctes sur l'étiquette). De quoi générer un énorme travail en amont pour mettre au point les outils informatiques (référencement, facturation, édition d'étiquettes) et intégrer le barème de calcul. « Le calcul s'effectue au tonnage pour les meubles, et aux nombres de places pour les chaises, fauteuils et canapés », synthétise Jennifer Pichard, responsable développement durable de Maisons du Monde. Une fois intégré, le barème doit être mis en application. « Nous sommes au point pour le 1er mai. En interne, la première réunion avec les informaticiens et les services financiers a eu lieu fin novembre. Il faut aller identifier chaque article [...]. En literie nous avons 8 000 à 10 000 articles et 5 000 en sièges, d'où l'ampleur de la tâche » souligne Jacques Bouquet, directeur des opérations réglementaires du groupe Cauval (marques Dunlopillo, Treca, Simmons, Steiner).

Le dispositif

  • QUAND

Mise en oeuvre à compter du 1er mai 2013 sur les étiquettes

  • COMBIEN

L'écoparticipation rapportera environ 70 M € cette année, et environ 350 M € en rythme de croisière

  • POURQUOI

Assurer le financement de la filière de collecte et de recyclage des meubles. Sur 1,7 million de tonne de déchets meubles aujourd'hui, 1,1 million est enfoui

 

Les craintes

Que la filière de collecte et de recyclage ne soit pas assez structurée Que ce surcoût payé par le consommateur ne viennent plomber les ventes du meuble, déjà durement touchées - 3% en 2012, - 5% sur les deux premiers mois de l'année*

Qu'une partie de la taxe soit absorbée de facto par les distributeurs et les industriels, au détriment de leurs marges

*Source : Ipea

Ikea donnera le « la »

Globalement, les grands opérateurs sont prêts, du côté des distributeurs comme des fabricants. Mais les petits ont encore un peu de retard dans la mise en place de l'écoparticipation, et dans l'adhésion (obligatoire) à Éco-Mobilier. Jean-Louis Baillot, l'ancien patron d'Ikea France, aujourd'hui président d'Éco-Mobilier, rappelle d'ailleurs aux retardataires que « le versement de l'écoparticipation sera rétroactif au 1er mai ». Sous-entendu, il est inutile de traîner les pieds.

Alors que le dispositif est en phase finale de rodage, la véritable crainte n'est pas tant d'éventuels couacs dans le démarrage officiel, mais plutôt une réaction négative de la part des consommateurs, qui pourraient être rebutés par une hausse de prix, si minime soit-elle. Sur un lit enfant vendu 99 € dans plusieurs enseignes, dont le prix n'a pas évolué depuis des années, l'ajout mécanique de l'écoparticipation serait synonyme, à en croire certains, d'une chute de la moitié des ventes... À moins d'absorber une partie du surcoût sur le prix de vente. C'est d'ailleurs le point de discussion principal autour duquel s'organisent les discussions. « Tout le monde n'attend qu'une seule chose, c'est de voir comment Ikea va réagir, pour se positionner par rapport à eux », indique un important fabricant de meubles. L'aspect de prix psychologique étant très important sur l'entrée de gamme, on imagine que les enseignes aux reins plus solides prendront une partie de la participation à leur charge. C'est en tout cas la tournure que semblent prendre les débats. Contacté par LSA, l'enseigne suédoise, premier opérateur du meuble en France, n'était pas disponible pour évoquer ce sujet. Tout juste a-t-elle précisé, sans surprise, qu'elle était prête pour appliquer l'écoparticipation à la date prévue par les textes.

 

Pour tous les canaux de vente

Cette dernière sera mise en oeuvre chez les spécialistes, mais pas uniquement, puisque tous les canaux de vente commercialisant des meubles sont concernés, qu'il s'agisse du web, des grandes surfaces de bricolage, mais également des grandes surfaces alimentaires, qui ne sont pas trop inquiètes de l'arrivée de la nouvelle mesure. « Nous ne disposons pas d'éléments pour apprécier l'impact potentiel sur les ventes ou la perception du consommateur. Mais, au vu de notre expérience de la filière DEEE (déchets d'équipement électriques et électroniques), nous n'anticipons pas d'effets négatifs ou de réactions négatives », indique la FCD, pour qui « l'important est que les consommateurs comprennent que ce dispositif résulte d'une obligation légale, issue du Grenelle de l'environnement, et leur permet de connaître les coûts associés à la collecte et à la valorisation des éléments d'ameublement en fin de vie ».

Estimés à 4% environ, ces coûts ne seront pas totalement répercutés... pour le moment. Car si l'écoparticipation représente aujourd'hui environ 1% du prix de vente, son montant unitaire sera progressivement réévalué à la hausse, en même temps que la montée en charge de la filière amenée à récupérer et à recycler de plus en plus de matelas et de meubles. Le taux de recyclage, qui atteint 25% aujourd'hui, doit augmenter rapidement selon les prévisions d'Éco-Mobilier, avec un objectif de 45% en 2015, et 80% en 2017. En parallèle, l'enfouissement des meubles, qui représente 55% en 2013, doit être réduit à 20% en 2015, avec le développement progressif des capacités de collecte et de traitement.

 

Une opportunité

« Parmi nos interrogations figure aussi l'organisation de la collecte. Est-ce qu'Éco-Mobilier va mettre en place des bennes dans les déchetteries ou chez les gros distributeurs ? Nous manquons d'informations », souligne Jacques Bouquet, du groupe Cauval. Jean-Louis Baillot, président de l'éco-organisme agréé, apporte des éléments de réponse en précisant que 4 500 déchetteries en France bénéficieront chacune d'une benne supplémentaire dédiée. Pour les distributeurs, si la quantité de meubles à reprendre dépasse 40 tonnes par an, ils pourront bénéficier d'une benne sur leur site. En termes de visibilité et d'affichage grand public, 9 000 kits de communication seront distribués en magasin pour présenter la démarche d'écoparticipation, et légitimer le surcoût à payer. « Il faut réussir à transformer en opportunité ce qui est perçu comme une contrainte. On sait tous que la matière première sera plus chère demain, il faut donc exploiter les matériaux mis au rebut » indique-t-on chez Éco-Mobilier. D'autres professionnels indiquent que le surcoût sera bénéfique à la planète. Reste à en convaincre le consommateur.

Un objectif à terme, l'écoconception

Le développement de la filière de recyclage doit servir à favoriser l'écoconception et l'utilisation des matériaux mis au rebut. Le bois récupéré pourra par exemple être réintégré en partie dans de nouveaux meubles, ce qui permettra de mieux gérer le coût des matières premières. En la matière, le groupe Cauval a déjà pris les devants. En 2012, le fabricant de literie (Dunlopillo, Simmons, Treca, Steiner...) et de sièges a reconverti son site de Flaviac (Ardèche) pour en faire la première usine française de retraitement des produits de literie en fin de vie (notre photo). Concrètement, certains composants de vieux matelas permettront d'en obtenir des neufs. À l 'image du premier matelas écoconçu signé Dunlopillo, commercialisée en octobre 2012 en exclusivité chez But (notre photo). Cette décision d'investissement repose sur la structuration de la filière, et l'obligation qui est dorénavant faite de reprendre et de recycler les déchets d'ameublement, qui viendront alimenter l'usine ardéchoise.

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Article extrait
du magazine N° 2271

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