L'énigme Arnault

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Henri_Loizeau


Bernard Arnault au capital de Carrefour. Qui aurait parié un euro sur cette irruption à la veille de la réunion d'un conseil de surveillance exceptionnel qui devait voir Luc Vandevelde, son président, présenter sa démission à la demande de la famille Halley ? Qui ? Désormais détenteur de quelque 10 % du capital du numéro 2 mondial de la distribution, aux côtés du fonds d'investissement américain Colony Capital, Bernard Arnault est un investisseur trop avisé pour se placer en acteur dormant. Effet de mode ? La concomitance d'opérations récentes pourrait le laisser accroire.

De part et d'autre de l'Atlantique, la distribution séduit à nouveau les investisseurs. À tout le moins les fonds d'investissements anglo-saxons qui multiplient les opérations tous secteurs confondus. Ainsi, après s'être porté candidat au rachat du britannique Sainsbury, le fonds KKR (Kohlberg Kravis Roberts) vient-il de racheter la chaîne américaine de discount Dollar General pour près de 7 milliards de dollars, au lendemain de son échec sur un groupe britannique, Alliance Boots, convoité pour 18,8 milliards de dollars...

Seulement voilà, Bernard Arnault est tout, sauf un suiveur. Les initiatives de l'empereur du luxe sont à mesurer à l'aune du retour sur investissement attendu. Ses erreurs se comptent sur les doigts d'une main. Seuls les mirages du web ont pu, un instant, égarer ce financier hors normes vers d'incertains engagements.

L'incursion de Bernard Arnault à la table des actionnaires de Carrefour demeure pour l'heure une énigme. Alimenter la spéculation sur une valorisation rapide des actifs immobiliers - terrain favori de son partenaire Colony Capital - peut faire illusion. La démarche est séduisante. Et suffisamment court-termiste pour y donner quelque crédit.

Pour autant, José Luis Duran n'entend pas faire de la pierre l'unique levier du rebond attendu par les actionnaires. Le président du directoire de Carrefour, confirmé à son poste, réitère les propos tenus à LSA en ce début d'année . C'est de l'investissement sur les prix et des chantiers en cours sur les catégories non alimentaires que doit venir la création de valeur. Et si ces deux leviers-là étaient, aussi, de nature à séduire Bernard Arnault ?
Henri Loizeau, hloizeau@lsa.fr

 

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