L'enseigne Ikea en quête de point de chute sur la Côte-d'Azur

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D'abord un projet à Mougins, annulé puis récemment revalidé en Conseil d'État. Ensuite, un scénario de double implantation à Nice et Mougins. Enfin, un projet « surprise » dans la cité italienne frontalière de Vintimille. Pour conquérir les Alpes-Maritimes, Ikea a plus d'un angle d'attaque !

1. Le premier projet d'Altaréa (en 2007) à Mougins (finalement validé en octobre par le Conseil d'État) - Un Family Village à Mougins de 32 000 m2, dont 18 000 m2 pour Ikea - 180 M E d'investissement pour le promoteur - 450 emplois au total 2. Le second projet d'Altaréa (en 2009) à Mougins + implantation à Nice (en attente de décision) À Mougins - 26 335 m2, dont 14 000 m2 pour Ikea - 140 M E d'investissement pour le promoteur À Nice Un magasin Ikea de surface équivalente. La Plaine du Var est évoquée, notamment le site du futur Grand Stade, où 27 000 m2 de surfaces commerciales sont prévus. 3) Le projet à Vintimille, en Italie - 13 ha d'une zone franche, dont une partie non définie pour Ikea (en discussions avec les autorités italiennes, et sans oppositions locales)
La distance aller-retour parcourue par les habitants des Alpes-Maritimes pour aller à Ikea à La Valette-sur-Var.
Le nombre de clients potentiels avancé par Altaréa pour le projet Ikea à Mougins.
Le nombre de mètres carrés d'équipement de la maison pour 1 000 habitants dans les Alpes-Maritimes, selon la CNEC. Source : LSA
Jacques Kotler, président de la chambre départementale du meuble n'est pas opposé à l'arrivée d'Ikea, au contraire : « Il s'agit d'une enseigne dynamique qui a toute sa place dans le département. Il est préférable de la voir s'installer ici plutôt que de regarder la clientèle s'évader vers Vintimille dont on parle comme site potentiel. Il faut juste qu'elle crée une surface commerciale adaptée à notre territoire. » Localement, la profession du meuble serait en recul de 8 % sur les six premiers mois de 2009, une chute plus importante qu'au niveau national (- 5,3 %).Trois secteurs tirent localement l'ameublement vers le haut : le jeune habitat, la cuisine et la literie. Ikea serait donc le bienvenu.

Absente du marché de l'équipement de la maison sur la Côte-d'Azur, Ikea est confrontée à un vrai dilemme. Sans solution il y a deux ans après l'annulation du premier projet à Mougins par la Commission nationale d'équipement commercial (CNEC), l'enseigne se retrouve aujourd'hui avec trois scénarios sur une portion de 40 kilomètres de littoral ! Un étonnant retournement de situation auquel il ne reste... qu'à mettre un point final ! Pas aussi simple.

Certes, pour Jean-Louis Baillot, directeur général, Ikea doit, d'une façon ou d'une autre, s'installer dans les Alpes-Maritimes, où la demande est forte. Favorable dès l'origine à un projet de 17 000 m2, il est même aujourd'hui prêt, pour tenir compte des contraintes foncières et des oppositions, à le « couper en deux », avec une unité à l'est et une autre à l'ouest du département. Mais le temps presse, car un troisième projet se profile, au-delà de la frontière, dans la ville italienne de Vintimille à quinze minutes de Nice par l'autoroute.

Mais, comme dans tout bon feuilleton, un résumé des épisodes précédents s'impose pour une histoire que l'on pourrait titrer « Valse à trois temps d'Ikea sur la Riviera ».

Le mégaprojet de Mougins « ressuscité »

En octobre, le Conseil d'État provoque la surprise en annulant la décision négative de la CNEC du 26 septembre 2007 concernant le projet d'Altaréa associant un retail park Family Village et Ikea à Mougins, malgré une enquête publique favorable. Tout naturellement, ce premier projet, d'une surface totale de 32 000 m2, dont Ikea occuperait plus de la moitié, ressort des cartons. Pour justifier sa décision, le Conseil d'État conteste le périmètre de la zone chalandise prise en compte par la CNEC. Cette dernière avait calculé un périmètre à « trente minutes de trajet en automobile ». Étonnant, alors que les habitants du département n'hésitent pas à parcourir 200 km aller-retour pour se rendre au magasin Ikea à La Valette-du-Var, près de Toulon. En réduisant ainsi la zone, le géant suédois n'avait plus que 580 000 clients potentiels, soit la moitié des 1,2 million de chalands avancés par le promoteur Altaréa à l'époque. D'autre part, la CNEC mettait en avant une densité de magasins spécialisés en équipement de la maison de 116 m2 pour 1 000 habitants, contre 85 m2 pour 1 000 au niveau national.

Suite à cette décision, le promoteur avait relancé un second projet Family Village à Mougins en réduisant sa taille (26 000 m2 au total). En accord avec la ville de Mougins et le conseil général, Ikea promettait, en échange, de créer un second magasin à Nice. En juillet, il a donc déposé à la préfecture un nouveau dossier d'ouverture, en cours d'instruction. Cette seconde tentative a aussitôt réveillé les élus et habitants de la commune limitrophe de Mouans-Sartoux, déjà à l'origine de la mobilisation qui avait abouti aux refus successifs de la CDEC puis de la CNEC. Cette fois, Mouans-Sartoux met en avant l'insuffisance de la desserte routière du centre commercial.

Un dossier de double implantation très peaufiné

L'attaque a été prévue par Richard Galy, maire de Mougins, qui impose au promoteur de nouvelles contraintes pour que le dossier s'affranchisse de toutes les oppositions possibles. La desserte routière prévoit une liaison directe par tunnel, avec la pénétrante Cannes-Grasse qui relie le centre directement à l'autoroute A8. De plus, Ikea, en proposant deux implantations à Mougins et Nice, réduit logiquement le trafic routier généré d'au moins 50 %. La commune impose également des contraintes environnementales : une architecture bioclimatique, l'utilisation de matériaux nobles, le recours à des énergies renouvelables, un parking souterrain pour un espace extérieur entièrement piétonnier. Le Château de Currault, limitrophe au projet, sera conservé et transformé en centre à vocation culturelle. En prime, la commune envisage une piscine et une crèche sur le site. De quoi exclure toute possibilité d'extension ultérieure du centre commercial, l'une des grandes craintes émises par les opposants au projet.

« L'outsider italien »

Mais, toujours au cours de l'été, un événement inattendu survient. Ikea Italie s'intéresse de près à la future zone franche et frontalière de Vintimille, à moins de 10 km de Monaco et de 20 km de Nice ! Des rumeurs dans la presse italienne font même état d'une signature, entre l'entreprise ferroviaire nationale italienne, la commune de Vintimille, la province d'Imperia et la région de Ligurie, d'un accord-cadre pour participer à la reconversion du Parco Roya, une friche ferroviaire de 13 hectares. L'enseigne Ikea en serait la locomotive commerciale.

Le projet italien aurait pour avantage non seulement de ne recevoir aucune opposition locale comme à Mougins, mais au contraire de bénéficier de facilités de la part des autorités italiennes, de la population et même les commerçants locaux qui rêvent de drainer la clientèle des Alpes-Maritimes et de Monaco. Ce troisième larron pourrait donc mettre tout le monde d'accord. À moins qu'Ikea relance son projet à Mougins et mène à bien ses négociations.

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Article extrait
du magazine N° 2117

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