L'entrepôt d'Amazon.fr à livre ouvert

Le cybermarchand a ouvert son centre de distribution à Boigny-sur-Bionne, près d'Orléans. Exploité en direct et piloté par un système informatique développé en interne, l'entrepôt présente un mode de stockage des produits original.

Ici, les sagas de Barbara Cartland se trouvent côte à côte avec les oeuvres philosophiques de Kant et les Partitas de Bach voisinent avec le dernier album de NTM. Les rayonnages du centre de distribution d'Amazon.fr, qui vient d'ouvrir, ont de quoi dérouter. Les produits culturels proposés depuis l'ouverture du site web le 31 août ne sont classés ni par genre, ni par auteur, ni par éditeur. Seule concession à la rationnalité : les quatre catégories - livres, CD, DVD et cassettes vidéo - sont cantonnées chacune dans un secteur propre.

Par ailleurs, deux espaces, l'un dédié aux rotations rapides et l'autre aux rotations lentes, seront créés dès que les premères statistiques de vente auront été analysées. Pour le reste, le rangement est totalement aléatoire. Derrière ce désordre apparent se cache pourtant une logique de stockage. « Elle est uniquement dictée par l'informatique », explique Vincent Marty, le directeur des opérations d'Amazon.fr.

Cette méthode, inaugurée aux États-Unis et déjà reprise dans les autres centres de distribution d'Amazon, favorise le rendement. « Le rechargement des rayonnages est simplifié, les préparateurs ne courent pas à l'autre bout de l'entrepôt pour ranger un produit à son emplacement attitré, ils le mettent là où ils trouvent une place libre », poursuit Vincent Marty. Pour que l'organisation fonctionne, il faut que l'informatique suive, car c'est elle qui localise les produits tout au long de leur séjour dans l'entrepôt.

Le scannage pour « tracer » les produits

Dès la livraison, les produits sont enregistrés un à un grâce à la lecture de leur code-barres. Équipés d'une douchette, les opérateurs chargés de la mise en stock les scannent de nouveau avant de les ranger dans une case munie d'un code-barres. Le système informatique n'a plus qu'à faire le rapprochement entre les deux code-barres pour repérer le produit. Le circuit est exactement inverse lors de la préparation des commandes. Le picking se fait manuellement.

Mais, tout au long de l'opération, le préparateur est guidé par le système informatique, qui établit le parcours le plus court possible. Il n'a plus qu'à suivre les indications de localisation qui apparaissent sur l'écran de sa douchette, pour aller chercher le bon produit au bon endroit.

Voilà pour les innovations. « Nous n'utilisons pas de techniques révolutionnaires en matière logistique, mais nous avons quelques secrets », annonce Vincent Marty. L'informatique en fait partie. Les logiciels utilisés sont développés en interne. Ils sont dérivés des modèles éprouvés sur les sites américains et européens. Pour les échanges de données informatiques avec ses fournisseurs, le site utilise Diligo et Allegro.

L'américain entretient aussi le mystère autour de l'organisation de ses tournées de livraisons. « Les camions ne reviennent pas forcément à vide », indique, sybillin, Vincent Marty. Que ramènent-ils ? Peut-être des livres en langue anglaise et des disques en import, venus des États-Unis ou de Grande-Bretagne ? Amazon.fr mise sur ces produits pour distinguer son offre de celle de ses concurrents français. Mais on en est réduit aux suppositions. On sait en revanche que le cybermarchand travaille avec 4 messageries pour ses envois : La Poste, Chronopost, UPS et DHL. En fonction de la localisation du client et du délai de livraison demandé, 24 ou 48 h, Amazon.fr traite avec l'opérateur le mieux placé. Chronopost et La Poste assurent l'essentiel des acheminements en France. Les autres messageries sont utilisées pour l'étranger. Amazon.fr entend livrer les 160 millions de francophones dispersés sur les 5 continents.

92 hectares de réserves foncières

Mais avant d'aller au bout du monde, le site vise en priorité l'agglomération parisienne, où 9 % des 15 ans et plus résidant en Ile-de-France sont des cyberacheteurs, contre 4 % seulement en moyenne nationale, selon des chiffres publiés par Ipsos Médiangles. Compte tenu des délais de livraison courts promis par Amazon.fr, le centre de distribution devait être proche de la capitale. Le choix de la localité a été une affaire d'opportunités. Trois communes des environs de Paris étaient en ballotage. Boigny-sur-Bionne, située à quelques kilomètres d'Orléans, l'a emporté. Les collectivités locales ont facilité l'implantation, sans aller jusqu'à dérouler le tapis rouge : « Aucune subvention n'a été versée et aucun lien contractuel n'a été noué entre Amazon.fr et les pouvoirs publics », indique-t-on du côté du conseil général du Loiret. Ce qui signifie aussi qu'aucun engagement n'a été pris en matière de volume d'investissements ou d'embauches.

Ce sont en définitive les commodités offertes par la zone d'activité de Boigny-Saint-Jean-de-Braye qui semblent avoir convaincu les dirigeants d'Amazon.fr. Le site est à moins de 5 kilomètres de l'autoroute A10 en direction de Paris. Le propriétaire de l'entrepôt occupé par Amazon.fr, le fabricant d'imprimantes Lexmark, n'a pas ménagé ses efforts pour favoriser l'installation d'une entreprise compatriote. Il a investi dans la construction de deux quais de chargement supplémentaires pour rendre le centre de distribution conforme aux besoins de son locataire.

Si, à l'avenir, Amazon.fr devait se sentir à l'étroit dans les 10 000 m2 occupés actuellement, les possibilités d'extension existent. La zone d'activité dispose d'une réserve foncière de 92 hectares. Mais on en est pas encore là, le centre de distribution n'emploie pour l'instant que « plusieurs dizaines de personnes, toutes en contrat à durée indéterminée », indique Denis Terrien, le jeune président d'Amazon.fr. Le site devrait monter en régime avant Noël, qui servira de test grandeur nature.
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Article extrait
du magazine N° 1689

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