L'envolée des prix des matières premières ravive les tensions

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En alimentaire, tout va devenir plus cher avec la flambée du prix des matières premières qui revient avec autant de force qu'en 2008. Pain, viande, volaille, charcuterie, huile, pâtes, gâteaux, sucre, lait sont concernés. Ce qui ne va pas manquer de tendre les relations commerciales.

L'automne va être chaud. Après la hausse du chômage, les hausses d'impôts, la hausse du prix de l'essence, l'envolée des dépenses contraintes et la baisse du pouvoir d'achat, se profile celle de l'alimentation, avec comme cause celle des matières premières agricoles. Et les négociations commerciales qui vont s'ouvrir dans les prochaines semaines seront tendues par cette flambée qui va peser sur le porte-monnaie des Français.

De nombreuses fédérations montent au créneau pour appeler les distributeurs à vite accepter des hausses de tarifs. Blé, maïs, colza, sucre, alimentation animale et donc viande (surtout porc et poulet), pain et pâtes, enregistrent déjà ou vont enregistrer des croissances sensibles. Et, cette fois, le gouvernement ne pourra pas intervenir, comme pour les carburants. Même si, au ministère de l'Agriculture, de l'Agroalimentaire et de la Fôret, Stéphane Le Foll, le ministre, et Guillaume Garot, ministre délégué à l'Agroalimentaire, multiplient les rencontres avec les syndicats agricoles et les fédérations d'industriels pour surveiller cette situation bouillante.

D'où vient le problème ? D'une chute sans précédent des récoltes au niveau mondial, maïs aux États-Unis, blé en Russie. « Nous sommes dans une situation qui est peut-être l'une des plus préoccupantes des trente dernières années, indiquait Pierre Duclos, directeur du commerce international chez In Vivo, un des poids lourds mondiaux du trading de matières premières. Le déséquilibre vient de la réduction continuelle des stocks qui aggrave l'impact de situations climatiques, lesquelles déclenchent la très forte volatilité dans les prix. »

 

Le paradoxe français

La situation est similaire, voire plus grave, que celle de 2008 qui avait débouché sur des émeutes au Maghreb et en Afrique. Or, l'Égypte vient d'acheter, selon Agrimer, du blé à 350 € la tonne au mois d'août, soit 100 € de plus que l'an dernier !

Le paradoxe est, qu'en France, la récolte de blé est bonne, et celle de maïs, à peu près acceptable. Mais selon Michel Prugue, président de Maïsadour et de la Confédération française de l'aviculture, l'Hexagone ne peut pas échapper à l'envolée des cours mondiaux. « À ces niveaux de hausse des cours des céréales, plus personne n'est " couvert ". Les entreprises d'alimentation animale sont contraintes d'acheter au prix du marché, et il n'y a donc pas d'autre solution pour les éleveurs de volaille que de répercuter les hausses de prix en aval. Je comprends que chacun cherche à gagner du temps, c'est le jeu habituel, mais il y a urgence. Je fais confiance aux entreprises pour renégocier les prix à la hausse, et aux distributeurs pour les accepter. Et elles sont importantes, entre 16 et 20%. » Les distributeurs, eux, tentent de freiner des quatre fers. « Le prix des matières premières agricoles est déconnecté du prix de revient, puisqu'il s'agit d'un prix international, fondé sur une pénurie aux États-Unis et sur de la spéculation, a indiqué Serge Papin, président de Système U. Or, en France, on a fait une bonne récolte. Est-ce qu'on ne devrait pas mettre tout le monde autour de la table et amener un peu de régulation ? »

Autrement dit, comme les céréaliers vont bien, ils pourraient mettre la main à la poche et aider les abatteurs et les transformateurs. C'est probablement le discours que la distribution essaiera de tenir pendant les prochaines semaines.

 

Les intermédiaires, les plus exposés

C'est sans doute pour cela que le président de la FNSEA, Xavier Beulin, martèle la nécessité que les enseignes acceptent les hausses de tarifs, surtout dans la volaille et le porc. « La répercussion des prix doit être acceptée par les grandes surfaces, même s'il est évident que le prix des produits peu transformés doit davantage augmenter que celui des produits élaborés et marketés. Pour une côte de porc, la hausse nécessaire pour les producteurs est de huit centimes, ce qui veut dire que les prix en magasin doivent augmenter de 6 centimes. » Il estime même que la situation devrait amener à « repenser la consommation » : pour lui, autour de la matière première, il y a beaucoup de dépenses inutiles en marketing, en publicité...

Mais les plus exposés seront les intermédiaires. « Nous faisons face à une augmentation de 24% du prix des pièces de porc que nous transformons, explique Robert Volut, président de la Fédération française des industriels charcutiers traiteurs. Comme la matière première représente la moitié de nos coûts, nous demandons à la distribution des hausses de 8 à 12%. Jusqu'à présent, nous avons essuyé des refus, alors qu'il faut agir vite, sinon les entreprises vont faire faillite. Dans le secteur, nous n'avons que 1% de marge ! » Sous l'égide du ministère de l'Agriculture, une réunion devrait se tenir sous peu avec la FCD, Leclerc et Intermarché.

Chez les meuniers, les hausses seront spectaculaires. « À chaque fois que la tonne de blé augmente de 30 E, le prix de la baguette augmente de 0,01 € », expose Joseph Nicot, président de l'Association nationale de la meunerie française. Elle devrait donc augmenter de 0,03 €, au moins. Pour la farine, les pâtes, les hausses devraient être très sensibles.

Dans le lait, les producteurs appellent au secours. « La hausse du prix des aliments pose un vrai problème, alors que celui du lait est sur une tendance à la baisse en raison des cours du beurre et de la poudre de lait en avril », expose Sophie Baudin, à la Fédération nationale des producteurs de lait. De toute façon, à court ou moyen terme, les Français vont devoir passer à la caisse.

LES ENJEUX

  • La hausse brutale du prix des matières premières agricoles depuis juin a surpris les acteurs économiques.
  • Les appels à l'ouverture de négociations pour hausses de prix se multiplient de toutes parts, dans la volaille, la charcuterie, le lait, le porc...
  • Les distributeurs estiment que la bonne récolte en France permet à l'amont agricole de juguler le phénomène.

 

... ET L'ALIMENTATION DEVRAIT SUIVRE

Pain + 0,02 à + 0,03 € la baguette, + 3%

Farine + 0,05 à +0,06 € le kilo, + 15%

Pâtes + 5 à 10%

Côtes de porc + 0,06 à + 0,08 € le kilo, + 5 à 10%

Charcuterie + 12 à 16%

Volaille + 16 à 20%

 

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Article extrait
du magazine N° 2240

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