L'espagnol Ebro Puleva redouble d'appétit

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Le leader hispanique de l'agroalimentaire, propriétaire de Panzani, se dit prêt à des acquisitions majeures. Sans doute dans le riz et, plus encore, dans les pâtes, les deux secteurs où il s'est recentré avec succès.

Avis aux champions nationaux de l'agroalimentaire, Ebro Puleva, le numéro un espagnol du secteur, est en chasse. Et il ne le cache pas.

Dans une récente interview au quotidien économique Cinco Dias, Antonio Hernandez Callejas, le président de cet ancien groupe sucrier devenu, en une poignée d'années, numéro un mondial du riz et numéro deux des pâtes, a indiqué disposer d'une enveloppe de un milliard d'euros pour réaliser une ou plusieurs acquisitions destinées à accompagner « un changement stratégique majeur ».

Et les bouleversements stratégiques, Ebro Puleva connaît. Ce groupe, à l'origine sucrier, s'est d'abord diversifié dans le lait, en fusionnant avec Puleva, puis dans le riz, en se rapprochant du groupe familial Herba, détenu par la famille Hernandez, désormais actionnaire de référence de l'entreprise cotée à la Bourse de Madrid, et, enfin, dans les pâtes, en rachetant Panzani en 2005, sa première et fructueuse sortie hors d'Espagne.

 

 

C'est sur ces deux derniers métiers que l'entreprise ibérique a décidé de se concentrer aujourd'hui à 100 %, n'hésitant pas à céder ses branches historiques : le sucre, en 2009, pour 526 millions d'euros, puis, il y a quelques semaines, le lait, en vendant Puleva à Lactalis pour la bagatelle de 660 millions d'euros (LSA n° 2123), soit deux fois et demie le chiffre d'affaires et près de dix fois l'Ebitda. Une vente qui reste soumise à l'approbation des autorités de la Concurrence... une formalité.

Désormais allégé de ses deux branches jugées les moins porteuses, politique agricole commune moins favorable et banalisation des marchés obligent, le nouvel Ebro, fort de ses 1,75 milliard d'euros de CA pour 240 millions de résultat opérationnel, veut aller vite. « Les marchés comprendraient mal que, désendetté et recentré sur ses métiers les plus rentables, Ebro tergiverse », analyse un proche du dossier.

NUMERO UN MONDIAL DU RIZ ET NUMERO DEUX DES PATES

2,2 Mrds

de CA total groupe en 2009, avec la vente de la branche lait

308 M€

d'Ebitda (+ 13,5 %)

Branche riz

836 millions d'euros de CA

119 M€ d'Ebitda (- 5,9 %)

Branche pâte

928 millions d'euros, 137 M€ d'Ebitda (+ 29 %)

L'objectif du groupe ? Se renforcer dans le domaine des « solutions repas », a indiqué Antonio Hernandez Callejas en officialisant la cession de la branche lait à Lactalis. Vaste terrain de chasse a priori. Sauf qu'Ebro a pour marque de fabrique de se spécialiser sur des marques nationales leaders dans leur pays. « Nous jouons la carte des champions nationaux, explique Guy Callejon, président de la branche pâtes du groupe, basée à Lyon, au siège de Panzani. Notre stratégie est de nous appuyer sur des marques fortes et présentes localement depuis longtemps, à partir desquelles nous déployons un ensemble de solutions repas et toutes les innovations que nous testons chez Panzani ou ailleurs. »

Sauces, pâtes surgelées, cups, lunch box, produits frais dans certains pays, pâtes à poêler..., le panel est large. Au bout du raisonnement, la croissance et une rentabilité qui atteint rapidement 11 à 12 % de marge opérationnelle, affirme Guy Callejon.

Exemples de ce modèle vertueux : Panzani évidemment, racheté à Pai en 2005 et qui truste désormais près de 40 % du marché des pâtes en France, mais aussi New World Pasta, le numéro un des marchés américain et canadien. Remporté par Ebro à la barre du tribunal il y a quatre ans, NWP a généré l'an dernier 310 millions d'euros de chiffre d'affaires, pour 58 millions d'Ebitda.

Ebro cible donc clairement des géants locaux. Reste à savoir où, sachant qu'une des priorités de l'espagnol est de mieux équilibrer son portefeuille international ? Les pays émergents d'Asie sont, évidemment, dans le collimateur. La Chine, bien sûr, mais aussi plus près de nous, sans doute la Turquie, qui a de très fortes habitudes de consommation de pâtes et de riz.

Des positions de choix en Europe et en Amérique Du nord

Les principales filiales

France

Panzani Group France, rachetée en 2005

- 526 M E de CA

USA Canada

New World Pasta, rachetée en 2006

- 310 M E de CA

- 58 M E d'Ebitda, + 63 %

Allemagne

Birkel, rachetée en 2007

- 92 M E de CA

Espagne

Herba, intégrée en 2001

- 530 M E de CA

- 60 M E d'Ebitda, - 18 %

Sources : Ebro Puleva, LSA

Autre priorité affirmée : se renforcer en Amérique du Nord, avec une cible, là encore, presque naturelle, selon les observateurs, le leader mexicain, La Moderna.

 

 

L'Europe n'est pas négligée pour autant. Toute la presse espagnole fantasme sur la reprise de Sos Coetera, un autre grand de l'agroalimentaire espagnol. Sachant que ce champion mondial de l'huile d'olive, en grande difficulté, est nanti d'une filiale riz. Un faux nez ? Peut-être, car le leader espagnol des pâtes sèches, Gallo, pourrait aussi faire une belle cible. Et pourquoi pas Rana ? Ce spécialiste des pâtes fraîches détient 30 % d'un marché italien où Ebro-Panzani n'est pas présent. Une occasion de choix d'aller batailler sur les terres de Barilla et de renforcer Lustucru en France (33 % de part de marché, quand Rana en affiche 7 %).

Reste à savoir, aussi, quelle branche Ebro choisira de renforcer en priorité. Les pâtes pèsent déjà 62 % de l'activité du groupe espagnol, et la résistance des marques y est bien plus forte que dans le riz, un marché plus industriel, mais qui sera certainement porté par le gigantesque potentiel asiatique. Les marques de distributeurs sont, en effet, contenues à 30 % des ventes de pâtes, quand elles dépassent 56 % dans l'autre branche.

Dernière piste, Ebro pourrait tout aussi bien ne pas trancher entre ses deux activités en faisant le choix d'entrer dans une nouvelle technologie (après le sec et le frais) comme, par exemple, les surgelés.

En France, les équipes regrettent encore amèrement d'avoir manqué de peu l'acquisition de Marie, dont la cession au volailler LDC est intervenue quelques mois trop tôt, alors que le recentrage d'Ebro débutait à peine...

Les choix ne manquent pas et le président du groupe a déclaré vouloir se donner un peu de temps avant de lancer sa ou ses offensives. « Pas avant trois ou quatre mois, et sans doute pas avant début 2011 », a-t-il indiqué à Cinco Dias. Info ou intox ?

 

 

 

De nombreuses possibilités en Europe

 

Renforcer le segment des solutions repas

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Article extrait
du magazine N° 2136

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