Marchés

"L’étau se resserre sur les filières", selon Jacques Poulet (Coop de France)

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Le directeur du pôle animal de Coop de France, Jacques Poulet, estime que la situation se détériore sur les filières animales, en premier lieu les volailles et le porc, et qu’il est impératif que les pouvoirs publics interviennent pour que des négociations s’ouvrent avec la grande distribution. Les coopératives agricoles pèsent 20 milliards d’euros dans le secteur de la viande et des volailles et emploient 30 000 salariés.  

Jacques Poulet, directeur du pôle animal de Coop de France
Jacques Poulet, directeur du pôle animal de Coop de France

LSA : Pourquoi alerter les pouvoirs publics alors que la distribution a accepté, dans l’accord du 3 mai, que les prix soient révisés quand les conditions sont réunies ?

Jacques Poulet : justement, dans la volaille, toutes les conditions sont réunies mais les enseignes ne l’admettent pas. Cet accord prévoit que l’amont – c’est-à-dire l’alimentation animale et les éleveurs – fasse l’objet de contrats qui permettent de lisser les prix en évitant les fortes variations à la hausse ou à la baisse. C’est le cas, 90 % des éleveurs de volaille sont sous contrat. Dans le porc, cet objectif est plus difficile à atteindre, mais en revanche, les autres ratios sont basés sur le coût des matières premières, le coût de l’aliment et le prix de sortie abattoir d’environ 10 %, ainsi que le niveau du revenu des agriculteurs fait apparaître que toutes les conditions sont réunies pour l’ouverture de négociations. Dans la volaille, comme les abatteurs se sont engagés par contrat à tenir compte de l’envolée – ou de la baisse – des prix des céréales, mais qu’ils ne peuvent le répercuter à la grande distribution, ce sont ces entreprises qui servent de variable d’ajustement. Mais ce n’est plus tenable.

LSA : Que va-t-il se passer ?

Jacques Poulet : La fédération des industriels de l’abattage a indiqué qu’elle n’était plus en mesure de respecter les contrats, et qu’elle serait contrainte d’acheter les volailles moins chers, ce qui est un comble alors que les prix de revient augmentent. Autrement dit, la grande distribution est en train de faire exploser la contractualisation qu’elle réclame par ailleurs en estimant que les crises viennent de l’amont qui n’est pas organisé. Et quand il y a moins de contrats, comme dans le porc, elle refuse de négocier parce qu’ils n’existent pas ! C’est incohérent.

LSA : Pourtant, dans le porc, la fédération de la charcuterie indique que le prix des pièces a augmenté de 18 à 24 %. C’est donc que des hausses ont été acceptées au bénéfice des éleveurs ?

Jacques Poulet : Oui, le secteur de la charcuterie a bel et bien été contraint d’acheter les pièces plus chères, tout simplement parce qu’il y a une pénurie d’offre. Leur situation n’est pas facile, et ils n’ont pas le poids de la grande distribution pour freiner l’évolution prix du marché. Cette tension sur l’offre vient notamment de l’obligation d’une mise aux normes très coûteuse des élevages de truie au niveau européen au nom du bien-être animal. Certains éleveurs, notamment âgés, préfèrent abandonner leur élevage plutôt que d’investir, et c’est vrai sur tout le continent européen. Or, quand le porc devient plus cher en France, l’industrie charcutière va chercher des pièces dans toute l’Europe, notamment en Allemagne. Le porc est un produit qui circule très bien. Mais en ce moment, avec la hausse du prix des matières premières agricoles, le prix est élevé partout.

Propos recueillis par Sylvain Aubril

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