L'explosion surprend par son ampleur

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Après avoir atteint le million d'unités vendues en 2002, la photo numérique dépasse très largement les deux millions en 2003. Des ajustements de l'offre deviennent urgents.

Après les très belles ventes réalisées en 2002, les professionnels anticipaient une très forte croissance pour les appareils photo numériques (APN) en 2003. Il y a un an, l'institut GfK avançait même le chiffre audacieux de 1 450 000 pièces. Raté ! La croissance s'est muée en explosion, grâce notamment à une baisse brutale des prix, et l'APN a disputé au DVD le titre de cadeau le plus en vue du dernier Noël. Résultat : 2 300 000 unités écoulées, des références stars en rupture dès le milieu du mois de décembre et un secteur tout entier qui s'emballe. Le taux d'équipement des Français en appareils numériques atteint désormais le seuil respectable de 15,1 %, signe que le poids de cette technologie ne peut plus être considéré comme négligeable dans le monde de la photo. Mais parallèlement, les problématiques que nous avons souvent évoquées au cours de l'année 2003 (LSA n°1811) demeurent. La principale étant le développement des services dérivés de la photo numérique.

Première priorité pour les distributeurs : promouvoir les services de tirage papier, encore peu utilisés par les Français malgré leur généralisation dans les enseignes. À la fin du premier semestre 2003, GfK estimait que moins de 20 % des possesseurs d'APN faisaient réaliser leurs tirages par des professionnels des travaux photo. Les efforts d'évangélisation doivent être approfondis. Optimiste, Benoît Barron, directeur marketing des laboratoires Fujifilm, estime que « la distribution a bien pris conscience du phénomène ». Le fournisseur japonais a déjà déployé 1 500 de ses bornes de récupération des fichiers dans les points de vente, tant au comptoir photo d'hypermarchés ou de multispécialistes que chez des revendeurs photo. « Le numérique nous a permis de recruter de nouvelles enseignes qui, auparavant, ne faisaient pas de photo », poursuit Benoît Barron. Qui admet cependant que le marché des développements générés par le numérique reste modeste : environ 7 % de l'ensemble des travaux réalisés en 2003.

Des efforts de promotion

La progression du tirage sur papier connaît pourtant une progression spectaculaire. Selon le syndicat professionnel SETP, 1 663 000 tirages avaient été réalisés entre janvier et novembre 2003 à partir de photos numériques, soit une hausse de 311 % en un an. Mais dans un contexte de régression du marché de la photo « traditionnelle », c'est-à-dire argentique, et de début d'extinction de l'APS, la montée en puissance de l'APN ne suffit pas encore à compenser le chiffre d'affaires perdu. Les comptoirs photos, qui réalisent des marges substantielles dans la grande distribution, ont donc tout intérêt à poursuivre leur effort de promotion du numérique. Mais aussi à proposer aux consommateurs les services annexes comme la numérisation et le stockage sur CD-Rom des pellicules classiques (en hausse de 37 % entre janvier et novembre 2003).

Chez Extrafilm, société nordiste qui réalise des tirages photo et travaille par correspondance, Olivier Ryndak, le responsable de l'activité photo numérique, assure que la situation va rapidement s'améliorer. « Lorsque l'appareil numérique arrive dans une famille, on commence par prendre des photos qui sont conservées dans la mémoire ou, au mieux, stockées sur l'ordinateur. Ce n'est que dans un deuxième temps que la démarche de les tirer sur son imprimante intervient. On réalise alors que si la qualité est satisfaisante, les photos imprimées à la maison se dégradent si on les laisse à l'air libre, mais aussi qu'elles reviennent très cher ! Environ 88 centimes la photo selon nos estimations. La troisième étape s'impose alors d'elle-même : on s'adresse à un laboratoire professionnel. » Tout ne serait donc qu'une question de temps ? Benoît Barron semble lui aussi le penser : « Nous ne sommes pas inquiets par le fait que les gens impriment leurs photos à la maison. C'est amusant, c'est pratique, mais ils comprennent vite que ça ne remplace pas le travail d'un professionnel. De plus, le système atteint ses limites. Avec les appareils modernes et la mémoire qu'ils contiennent, vous avez parfois jusqu'à 500 photos en stock ! Vous n'allez pas les imprimer vous-même. Alors vous irez vers les laboratoires. »

Les téléphones mobiles s'imposent

Pour 2004, l'optimisme reste de mise. Les analystes de l'institut GfK prédisent que la définition moyenne des appareils vendus va continuer à progresser, ce qui fait sourire un professionnel : « Les gens voulaient des 3 ou 4 mégapixels en 2003, ils voudront des 5 mégapixels en 2004. C'est très bien s'ils veulent tirer des agrandissements, mais pour faire des photos en format 10 x 15 cm, ça n'apporte absolument rien. » Et si la progression est qualitative, elle sera également quantitative, avec une multiplication des appareils permettant la capture d'images numériques. Les téléphones mobiles avec fonction photo s'imposent comme la norme du marché, et on commence à évoquer les premiers APN jetables (comme le Dakota Digital, présenté dans la presse informatique à la fin 2003). Le phénomène n'est donc pas près de se démoder, et la demande de tirage de photos numériques ne peut que poursuivre son envolée.

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Article extrait
du magazine N° 1846

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