L'impression prend corps en 3D

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Dossier Coqueluche des médias depuis que Barack Obama en a fait sa vision de l'avenir en février dernier, l'impression tridimensionnelle pourrait bien être à l'industrie ce que le numérique a été aux produits culturels. Une rupture.

Impression 3D

Le futur s'est trouvé une nouvelle marotte. Après les voitures volantes des années 50, la réalité virtuelle, coqueluche des années 90, les nanotechnologies, très médiatisées au début de la décennie passée, voici venu le temps de l'impression tridimensionnelle, ou impression 3D.

L'impression 3d, c'est quoi?

L'impression tridimensionnelle est un procédé de fabrication dite additive. On projette généralement de la matière par couche de plastique pour former une pièce, un objet. Plusieurs technologies existent, dont la plus répandue, la FDM (Fused Deposition Modeling), qui consiste à déposer des fils de plastique fondus en lignes.

Que peut-on faire avec ?

1Des poupées, des lampes, des robots ou des tracteurs en jouet, des statues de son visage... Bref, des objets monoblocs, mais aussi plus complexes, composés de plusieurs pièces avec une finesse d'impression qui va jusqu'au micron. Il suffit de disposer d'un logiciel de création 3D, de créer son objet virtuel et de « l'imprimer ». La seule limite aujourd'hui réside dans la taille des imprimantes, globalement le volume d'un four à micro-ondes pour les modèles grand public de MakerBot. Difficile d'imaginer imprimer chez soi un canapé pour le moment, ni même sans doute jamais... Mais pourquoi pas dans des boutiques spécialisées au coin de la rue ?

Le concept est simple : on prend une imprimante, on remplace l'encre par de la matière et on fabrique des objets depuis chez soi. Une idée pas si vieille que ça dans le fond, puisque l'on n'en trouve pas trace dans la fiction avant les années 60, sous la plume de l'auteur de science-fiction Arthur C. Clarke. Un concept également présent en 1972, dans un dessin animé de Tintin (Le Lac aux requins) sous la forme d'une photocopieuse tridimensionnelle que Rastapopoulos convoite pour dupliquer des oeuvres d'art...

Un concept devenu réalité au début des années 90 avec la fabrication des premières imprimantes 3D, mais qui a pris une ampleur médiatique nouvelle depuis un an avec l'arrivée sur le marché de modèles à moins de 1 500 € (pour 50 € les cartouches de recharge plastique). On ne compte plus les articles de presse sur le sujet. Dernière sortie en date, celle de Barack Obama lors de son discours sur l'état de l'Union, qui l'imagine en moteur de la prochaine révolution industrielle. Rien que ça.

 

Avenir en plastique

Mais comment des machines qui ressemblent à des fours à micro-ondes high-tech et qui, aujourd'hui, sont surtout utilisées pour fabriquer des porte-clés vont-elles changer la face du monde ? « Très simplement, estime Emmanuel Vivier, cofondateur du cabinet de conseil Hub Institute, auteur d'un rapport sur l'impression 3D. Quand on regarde chez Ikea, la moitié des choses sont en plastique assez basique. On pourrait imaginer imprimer tout ça chez soi à l'avenir. »

C'est déjà une réalité tangible en magasins. À New York, par exemple, la boutique du fabricant d'imprimantes 3D MakerBot permet de se familiariser avec la technologie et de fabriquer n'importe quel objet réalisé à partir d'un logiciel de création 3D. Mieux : grâce à un scanner en trois dimensions, la boutique propose de répliquer des objets, voire son propre visage.

En France, la société Sculpteo, qui vient de lever 2 millions d'euros et d'ouvrir une boutique à Vanves (91), offre la possibilité de fabriquer n'importe quel objet via son site web et de le livrer à domicile. Le britannique MakieLab s'est positionné sur le jouet et fabrique des poupées sur mesure personnalisables. Des objets certes de plus en plus complexes, mais qui restent essentiellement encore des gadgets en plastique.

« Pour le moment il y a deux limites, relève Alain Bernard, universitaire pionnier de l'impression 3D à Nantes et vice-président de l'Association française du prototypage rapide (AFPR) : le volume des chambres des imprimantes, qui ne permet pas de fabriquer des pièces très grandes, et la matière utilisée, qui reste souvent du plastique. »

 

« Téléportation »

Mais les technologies progressent vite, assure-t-il, et les petits objets en plastique imprimés d'aujourd'hui seront sans doute, demain, ce que les jeux vidéo des années 70 sont pour les fans de Call of Duty : des objets préhistoriques. Vêtements, bijoux, mobilier et, pourquoi pas, appareils technologiques... L'impression 3D devrait conquérir de nouveaux territoires dans les années à venir. Non sans impact économique majeur.

« C'est une révolution phénoménale pour la chaîne de valeur, car ça veut dire que l'on pourra " téléporter " un produit ailleurs dans le monde, prophétise Emmanuel Vivier. On n'aura plus besoin de distribution, il n'y aura plus de douane, de logistique, de transport... On peut imaginer des designers qui bénéficieront d'une distribution mondiale en quelques jours. Ça peut être un Gangnam Style version produits ! » Le même bouleversement qu'a connu, par exemple, le secteur de la musique, mais pour toute l'industrie des biens de consommation durables. D'ailleurs, quelqu'un ne s'y est pas trompé. Il s'agit de Jeff Bezos, le créateur d'Amazon, qui a participé au dernier tour de table de 10 millions d'euros de l'américain MakerBot. Et l'homme qui a créé le premier site mondial d'e-commerce s'y connaît un peu en futur. Et, selon lui, l'impression 3D n'est pas qu'une marotte.

Où peut-on imprimer ?

Chez soi, avec des modèles d'imprimantes dont les prix deviennent enfin « grand public », autour de 1 500 € (l'américain MakerBot en a vendu 15 000 à ce jour). Mais c'est le plus souvent dans des boutiques spécialisées qui peuvent imprimer n'importe quel objet sur demande, comme Sculpteo, à Vanves, en région parisienne, ou Protoshop à Paris. C'est surtout le Net qui propose le plus de solutions d'impression : Sculpteo, toujours, permet de créer des objets simples, le britannique MakieLab et ses poupées, ou encore MakerBot, aux États-Unis.

Une révolution pour demain

Des imprimantes 3D chez tout le monde ? Une chaîne de valeur (production, distribution, transport, logistique, droits de douane...) condamnée ? La fin des délocalisations ? Peut-être. Mais à quel horizon ? D'ici à 2040, selon l'agence Neo Mammalian Studios, auteur d'une analyse sur le sujet, qui estime que c'est cette année-là que la courbe d'adoption de cette technologie aura atteint le chiffre d'une imprimante 3D par foyer aux États-Unis. Le président américain Barack Obama en personne a affirmé, en février, lors de son discours sur l'état de l'Union, que les imprimantes 3D « ont le potentiel de révolutionner la manière dont nous produisons à peu près tout ». « Elles permettront, avait-il dit quelques mois plus tôt, de s'assurer que les emplois industriels de demain ne soient plus en Chine ou en Inde, mais ici, aux États-Unis. »Et pourquoi pas en France ?

Le buzz de l’impression 3D est né aux États-Unis et arrive en force en France. C’est parce que le brevet de l’impression FDM est tombé dans le domaine public et que l’on trouve des imprimantes à prix abordable.

Alain Bernard, vice-président de l’Association française du prototypage rapide (AFPR)

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Article extrait
du magazine N° 2266

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