L'imprimante 3D rencontre un succès sans relief

Une révolution industrielle ? Peut-être. Mais certainement pas domestique. Alors que les distributeurs multiplient les actions de promotion, les applications grand public des imprimantes 3D restent encore anecdotiques.

Un crâne de tyrannosaure, un masque de carnaval ou une coque pour iPhone ? Depuis fin juillet, voilà le genre d’articles que l’on trouve sur la boutique « 3D Printing » d’Amazon. Comptez 75 $ pour un crâne de T. rex digne de Jurassic Park, 275 $ pour celui d’un dragon de légende, voire 300 pour un tigre à dents de sabre. Sympa… Mais pour quoi faire ? Eh bien, c’est tout le problème avec l’impression 3D. Chacun s’accorde à dire que c’est une révolution, mais sans savoir quoi en faire exactement. Si le po­tentiel industriel paraît clair, les applications grand public se cantonnent aujourd’hui aux gadgets.

 

Des machines encore chères

Pourtant, les distributeurs font tout pour sa promotion. Pour l’inauguration du centre commer­cial d’Aéroville (95), en octobre 2013, Auchan a présenté la première imprimante 3D en hyper. Un stand à l’entrée offrait aux clients un service à la demande pour des petits articles, comme un pion d’échec ou un buste miniature (jusqu’à 29,99 € pour 464 g). Un an plus tard, le service a disparu du site web du magasin… Entre le 10 avril et le 10 mai, Leroy Merlin a organisé trois jours de démonstration dans chacun de ses 120 points de vente. En décembre, Auchan a enfoncé le clou avec un corner baptisé Yoomake de 20 m² dans l’hyper de Villeneuve-d’Ascq. Là, une cabine permet de scanner n’importe qui pour l’imprimer à l’identique en miniature. Amusant, mais toujours aussi inutile. Rendez-vous dans un an ? « Le marché n’a pas trouvé sa maturité grand public, admet Étienne Huez, directeur général de Boulanger. Mais c’est notre rôle de pousser l’innovation. On peut ainsi imaginer des applications dans les loisirs créatifs. »

Pour que l’impression 3D se mette au diapason du grand public, il faudrait déjà que son prix baisse. Si de petits modèles commencent vers 500 €, MakerBot, leader du marché, en propose cinq allant de 1 599 à 6 990 €, plus un scanner 3D pour 949 €, et des filaments (l’équivalent des cartouches) de 55 € (plastique classique) à 160 € le kilo (élastique, phosphorescent). Bien sûr, comme pour toutes les nouvelles technologies, leur prix baisse rapidement.

Pour Noël, Auchan a lancé, via sa marque Qilive, une imprimante milieu de gamme à 999 €, et des recharges de filaments à 35 €. La mise en place a été étendue à une soixantaine d’hypers en France, mais aussi en Espagne, en Italie, au Portugal, et au Luxembourg, et bientôt aux pays de l’Est. Mais, même à ce prix-là, ses concepteurs ne se font pas d’illusions. « C’est un produit qui parle plus de l’ambition de la marque Qilive, de son positionnement, que de nos objectifs commerciaux, reconnaît Arnaud Bricmont, responsable achat international multimédia et télécom de Qilive. On sait que cela concerne plutôt des early adopters, et pas tant le grand public. Malgré tout, il existe déjà de nombreuses bibliothèques 3D sur internet ; c’est un moyen pour retrouver des pièces détachées d’un véhicule par exemple. »

 

Et pourtant, du potentiel

Tant mieux, parce que l’utilisation des logiciels de conception d’objets en 3D n’est pas à la portée du premier venu. Sur thingiverse.com, le catalogue de Makerbot, l’infinie variété de porte-clés, figurines et vases déco, cache une véritable caverne d’Ali Baba pour bricoleur. Engrenages, glissières, écrous, roulettes de rechange… Tout un champ nouveau d’applications nettement plus concrètes. Si elles sont encore insuffisantes pour convaincre le grand public de s’équiper en masse, de nombreuses professions ont compris le parti qu’elles pouvaient en tirer. Partout dans le monde, des bricoleurs de génie conçoivent déjà des prothèses sur mesure imprimées en 3D. Fin 2013, l’américain Ivan Owen s’est ainsi fait remarquer après avoir mis ses plans gratuitement en ligne. Leon McCarthy, 12 ans, né avec une seule main, a fait la une des médias US avec sa première prothèse sortie d’une imprimante. Son prix ? Une dizaine de dollars, contre « 20 000 ou 30 000€ » pour une prothèse médicale habituelle. En France, certaines universités impriment des ossements pour les cours d’anatomie, tout à coup beaucoup plus concrets. Architectes, designers et bijoutiers en raffolent également. Fini les prototypes et les maquettes élaborés sur des semaines, voire des mois, avec la plus grande minutie. L’impression 3D fait aussi bien en quelques heures.

 

Jusqu’à l’alimentaire !

Et les objets en plastique ne sont qu’un début. Prothèses dentaires en porcelaine, oreille reconstituée en collagène… De nouvelles applications apparaissent tous les jours. Le géant américain General Electric l’utilise déjà pour imprimer, entre autres, des turbines et engrenages en métal. Plus rapides et moins coûteuses que le processus industriel classique, ces impressions 3D sont aussi parfois plus solides en permettant une conception d’un seul tenant, supprimant les points de faiblesse d’un assemblage.

Plus étonnant encore, des aliments que l’on imprime en 3D. En Angleterre, la société Choc Creator a lancé en 2014 la commer­cialisation de son dernier modèle de Choc Creator, une imprimante 3D… à chocolat ! Un bijou qui ravira les gourmets prêts à débourser 4 900 €. De quoi permettre toutes les audaces créatives. Et que fait-on également en superposant des couches ? Les pizzas ! La Nasa, l’agence spatiale américaine, travaille aujourd’hui sur un système capable d’imprimer des pizzas à bord d’une navette spatiale, dans l’optique d’un voyage sur Mars. L’idée étant de conserver les aliments sous forme de poudre pour les assembler au dernier moment. Sur Terre, l’équation est plus simple : une « cartouche » de pâte, une de sauce tomate, une de fromage, et le tour serait joué. Enfin, L’américain Andras Forgaec, fondateur de la start-up Modern Meadow, a levé 10 millions de dollars l’été dernier grâce à son projet fou d’imprimer du cuir et des steaks à la demande, à partir de cellules animales cultivées en laboratoire. Bientôt dans votre supermarché ? ??? Jean-Baptiste Duval

Le principe

Recréer un objet partir d’un patron numérique, en superposant des couches d’une matière fondue au moment de l’impression (plastique, métal, chocolat…).

Plus économe en matière et en énergie que les procédés industriels, l’impression à la demande répond des questions de stockage et de livraison.

Encore coûteuse, l’impression 3D séduit malgré tout des petits entrepreneurs et des bricoleurs avertis.

 

Amazon vend déjà toutes sortes de gadgets dans sa propre boutique « 3D Printing »

En juillet, le champion de l’e-commerce est entré à son tour dans la bataille du marché de l’impression 3D. Il a ouvert une nouvelle boutique sur son site, baptisée « 3D Printing ». Reproductions de crâne, véridique ou loufoque, vases déco, bijoux, casse-tête… Il y en a pour tous les goûts, tant que cela reste petit. Les capacités des imprimantes actuelles sont réduites, et les prix augmentent très vite en fonction de la taille de l’objet. Ce superbe crâne de dragon de près de 40 cm de long se négocie tout de même 220€…

 

 

 

 

Auchan poursuit ses tests auprès des consommateurs

Le distributeur nordiste a été le premier à présenter une imprimante 3D dans un hyper, en octobre 2013, dans le centre commercial d’Aéroville (95). Depuis, il a ouvert un corner baptisé Yoomake de 20 m² dans son hyper de Villeneuve-d’Ascq. Cette fois, les clients peuvent être scannés intégralement pour se faire imprimer une figurine en miniature d’eux-mêmes.

 

 

999€ : Le prix de l’imprimante Qilive, la MDD Auchan, lancée à l’occasion des fêtes.

 

55 € : Le premier prix au kilo des filaments en plastique de MakerBot, le leader du marché.

 

12 milliardsde dollars : Le marché mondial de l’impression 3D (machine, logiciel, etc.) pourrait atteindre 12 Mrds $ en 2020, d’après une étude du Crédit Suisse.

 

Une opportunité certaine de nouveaux services personnalisés pour les clients, et une opportunité de nouveau business model pour les retailers, en remplacement de stocks “ longue traîne ”

Youmna Ovazza, chief digital officer d’Altavia

 

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Article extrait
du magazine N° 2348

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