L'industrie alimentaire progresse dans la douleur

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Le chiffre d'affaires de l'industrie alimentaire a augmenté l'an dernier, mais les volumes et les marges plongent, le nombre de défaillances augmente et les emplois se réduisent. Et 2013 ne s'annonce pas meilleure.

Dernier round pour Jean-René Buisson. Le président de l'Association nationale des industries alimentaires (Ania) présentait, la semaine dernière, le bilan mitigé des industries alimentaires. Son mandat vient à échéance en juin. Il clôture neuf ans de bataille avec la grande distribution, depuis les célèbres accords Sarkozy de 2004 jusqu'à la future loi Hamon. Neuf années de débats, aussi, sur la nutrition, la santé, les crises alimentaires, dont la dernière, le « horsegate », aura marqué les esprits. Le tout sur fond de crise, qui fait tanguer la filière tout entière : faillite de Doux, dépôt de bilan de Gad, fermeture de Fralib, suppressions de postes chez Danone et Unilever...

L'emploi à la peine

  • Chiffre d'affaires 2012 160,9 Mrds €, + 2,3% vs 2011
  • Effectifs 495 000 salariés (- 3 900)
  • Défaillances 297 sociétés (247 en 2011)
  • Taux de marge brute 22,4% (25% en 2011)

Source : Ania

« Le vrai problème ? Les prix sont trop bas »

Le secteur atteint tout de même 160,9 milliards d'euros de chiffre d'affaires, à + 2,3%, mais avec une descente aux enfers de la marge brute, à 22,4%, et des marges nettes qui se situeraient à moins de 1%, tuant toute capacité d'investissement. L'affaire des lasagnes, l'augmentation des droits d'accise sur la bière qui a suivi les taxes sur les boissons sans alcool, le ralentissement de la consommation ont entraîné « un recul des volumes de 1% ». « La baisse de 0,8% de la consommation au dernier trimestre est un véritable signal d'alarme pour les industries alimentaires, a lancé Jean-René Buisson. L'urgence est de mettre fin à la spirale déflationniste. Il faut arrêter de laisser croire, comme le fait Leclerc, qu'il y a un problème de pouvoir d'achat. Le vrai problème, ce sont les prix trop bas pour toute la filière. Nous avons eu les négociations commerciales les plus dures de l'histoire. »

Jean-René Buisson n'a pas manqué de relever la nécessité de réviser la LME dans la loi sur la consommation que va présenter le ministre de la Consommation, Benoît Hamon, comme il l'avait fait lors d'une précédente conférence de presse. « Nous voulons que le plan d'affaires devienne obligatoire, avec un vrai contenu. » Et l'idée de Serge Papin, président de Système U, de fixer le seuil de revente à perte à 1,15% du prix du produit, ne le séduit guère. « Son but n'est que de passer ses coûts logistiques qui ne sont pas aussi performants que ceux de Leclerc » ... Bref, l'idée simple, c'est que la future loi permette de faire passer des hausses de prix au bénéfice des industriels. Pour retrouver quelques marges.

 

De l'intérêt de fusionner ?

Car les industriels, « qui représentent 1,5 million d'emplois », dont 495 000 directs, ont dû en supprimer 3 900 l'an dernier, et 5 000 devraient être détruits au premier semestre pour faire face à la crise. Et le fameux Crédit d'impôt compétitivité, outre le fait qu'il est compliqué, ne devrait apporter que 400 millions d'euros de baisse de charges au maximum à l'agroalimentaire. Mais les entreprises privées du secteur, trop petites, n'auraient-elles par intérêt à fusionner pour devenir plus compétitives, comme le font, depuis deux ou trois ans, les coopératives ? « Impossible d'aborder ce sujet avec nos adhérents. Évoquer les successions, quand il n'y a pas de repreneur familial, est tabou. Et c'est pourtant une vraie question », admet le président de l'Ania. Qu'il laissera évidemment traiter... par son successeur.

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Article extrait
du magazine N° 2271

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