Marchés

L'industrie alimentaire s'inquiète

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De l'Ania au Syndifrais en passant par le Syndicat des surgelés, le constat est unanime : la progression des charges risque d'hypothéquer l'avenir de la production française, malgré une activité satisfaisante en 2010.

Jean-René Buisson
Jean-René Buisson© DR

C'est le paradoxe de l'année. Les industriels de l'agroalimentaire ont beau admettre que les ventes ont repris, ils broyent du noir. Ainsi le bilan de l'Association nationale des industries alimentaires (Ania) fait-il état d'une année 2010 en « demi-teinte », malgré la progression du chiffre d'affaires global du secteur. Dans l'Hexagone, la consommation de produits de grande consommation a augmenté de 2,8% en valeur et de 2% en volume, « ce qui place la France parmi les meilleurs élèves européens », soulignait Gaïdic d'Albronn, directrice du département alimentaire de Kantar Worldpanel, lors de la 14e Journée Grand Froid. Et l'alimentaire s'en tire mieux que l'hygiène-beauté et surtout que l'entretien, très faiblement haussiers en valeur.

Même constat lorsque l'on descend au niveau d'organisations professionnelles comme Syndifrais (produits frais laitier) ou le Syndicat des surgelés, qui ont publié la semaine dernière des chiffres de marché en croissance.

En 2011, selon Xerfi, l'activité des industries agroalimentaires se rapprochera de ses niveaux d'avant-crise. Malgré ces résultats « nous ne sommes pas très optimistes pour les deux ans qui viennent en raison de la hausse des cours des matières premières et de la faiblesse du niveau des investissements », admet Jean-René Buisson, président de l'Ania. Les surcapacités de production ont fait baissé ce dernier de 8% l'an dernier. Un mieux par rapport à 2009 (- 14%) et la prévision 2011 est positive, à + 7%. Même si « cela ne compensera pas les baisses antérieures », selon Jean-René Buisson, c'est bon signe...

 

Des coûts toujours plus importants

La question des matières premières est bien plus préoccupante. « Les niveau de la crise de 2008-2009 sont dépassées, explique le président de l'Ania. C'est un phénomène structurel pour lequel il va falloir adopter des modes de fonctionnement pour les industriels, les agriculteurs et les distributeurs. » Mais on n'en est pas là et les industriels craignent d'être victimes d'un effet de ciseaux, entre des coûts qui grimpent et des prix de vente qui ne suivent pas.

Dans le frais laitier, « le niveau de prix n'a pas changé entre 2003 et 2011, car l'ensemble de la filière a absorbé toute l'inflation », affirmait Stanislas de Gramont, président du Syndifrais (et de Danone Produits frais France), lors de l'assemblée générale annuelle du syndicat. « Les produits surgelés se vendent bien année après année, explique François Legrain, président du Syndicat des surgelés, mais l'ensemble de nos coûts augmente fortement (emballages, l'énergie, etc.). Sans oublier les prélèvements obligatoires comme l'écotaxe, qui accusera + 25% en 2011. »

 

Risques sur l'emploi

Sur l'ensemble de l'agroalimentaire, le taux de marge brute a baissé de 0,3 point en 2010, selon Xerfi et l'Ania. Selon Jean-René Buisson, « il faudrait retrouver les niveaux de 2003 et 2004 » [près de 56%, NDLR] pour maintenir le secteur à flot. « Environ 20% des PME sont en grosses difficultés après les négociations commerciales, explique-t-il. Si la reprise fait défaut, il pourrait y avoir des incidences sur l'emploi, et 3 000 à 5 000 postes pourraient disparaître. » Mais le pire n'est jamais certain. L'an dernier, l'Ania avait prédit une accélération des défaillances d'entreprises. On en a dénombré 392, soit 2% de moins qu'en 2009. Ni glorieux ni apocalyptique.

Les chiffres

Les plus

  • + 3% : L'évolution du chiffre d'affaires des industries agroalimentaires en 2010, à 143,6 Mrds € (stable en volume)     Source : Xerfi - Ania
  • + 52,7% : L'évolution du solde commercial des industries agroalimentaires en 2010, à 5,7 Mrds €, intégrant une reprise des exportations (+ 9,9 %, à 36,1 Mrds E).      Source : Xerfi - Ania
  • + 2,6% : L'évolution de la consommation de produits surgelés en France en 2010 (à domicile et hors domicile), à 8,33 Mrds € (+ 1,2 % en volume)    Source : SDS et Syndigel
  • + 1% : L'évolution en valeur du marché français des produits laitiers frais en 2010, à 4,89 Mrds € (+ 2,8 % en volume)     Source : Syndifrais

Les moins

  • - 0,6% : L'évolution du nombre de salariés des industries agroalimentaires en 2010, à 477 000
  • - 8% : L'estimation de la baisse de leurs investissements par les chefs d'entreprises agroalimentaires en 2010
  • - 0,3 point L'évolution du ratio marge brute sur chiffre d'affaires dans l'agroalimentaire en 2010 versus 2009
  • Source : Xerfi - Ania

Nous ne sommes pas très optimistes pour les deux ans qui viennent en raison de la hausse des cours des matières premières et de la faiblesse du niveau des investissements.

Jean-René Buisson, président de l’association nationale des industries alimentaires

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