L'industrie alimentaire subit un fort recul

|

Les industriels de l'alimentation ont vu leur chiffre d'affaires plonger en 2009, pour partie en raison de la baisse des prix agricoles, mais aussi, selon eux, à cause de l'inapplication de la LME. De plus, la LMA pourrait nuire à leur compétitivité...

© dr

La présentation du bilan de l'industrie alimentaire n'a pas donné lieu à l'euphorie comme lors des années précédentes. Jean-René Buisson, président de l'Ania, est d'humeur bougonne. L'industrie alimentaire souffre, les chiffres en attestent. Le gouvernement peine à s'intéresser à ce secteur, et vient de rejeter sans ménagement des amendements sensés rééquilibrer les relations commerciales avec les grandes surfaces et à éviter des chutes de prix. La compétitivité de l'industrie alimentaire française est de plus en plus mise à mal en comparaison de celle des autres pays européens : l'Allemagne et les Pays-Bas lui ont soufflé deux places au classement des exportateurs.

Chacun sait qu'on importe du lait d'Allemagne parce qu'il coûte 15 % de moins que celui produit en France, ou que le porc est à 15 € la barquette outre-Rhin et à 25 € en France. « Alors que nous avions une croissance du chiffre d'affaires de 5 % par an au cours des cinq dernières années, nous subissons un recul de 7,9 % en 2009, pour partie dû à la baisse des prix des matières premières et des baisses de prix à la production, mais aussi à cause de la LME et du triple net qui renforce le pouvoir de négociation des grandes surfaces à notre détriment », a-t-il ajouté en substance.

 

« Les industriels ne maîtrisent plus leurs tarifs »

Certes, il y a des éléments positifs dans le bilan annuel, comme le maintien des volumes de vente ou la quasi-stabilité des emplois, alors qu'il s'agit du deuxième secteur industriel dans ce domaine. De plus, comparé à l'automobile ou à l'industrie manufacturière, le recul d'activité apparaît moins violent. 1 609 entreprises ont dû déposer le bilan, mais le ratio n'est que de 3 % de baisse, alors que plus de 65 000 entreprises ont fermé leurs portes au global. Il n'empêche, tous les indicateurs sont au rouge : l'exportation, l'investissement, les marges d'exploitation. Et Jean-René Buisson voit rouge, encore, quand il évoque les derniers chiffres « fantaisistes » publiés par la FCD, selon lesquels les marges de la distribution sont en chute depuis les accords Sarkozy de 2004, alors que celles des industriels sont en hausse ! « Au contraire, la plupart des entreprises ont vu leurs marges diminuer sous la pression des grandes surfaces, qui imposent même que les tarifs en vigueur en 2008 s'appliquent jusqu'en juin 2009. Les industriels ne maîtrisent plus leurs tarifs ! » Et de prédire une nouvelle dégradation de marges pour 2010 : « Il n'y aura pas de reprise avant 2011, la spéculation sur les matières premières a tendance à repartir, l'indice des prélèvements obligatoires par rapport aux autres pays reste très défavorable. L'année sera encore plus difficile qu'en 2009, nous allons faire face à des problèmes de trésorerie encore plus aigus ! »

Comment sensibiliser les pouvoirs publics à tous ces ennuis en escadrille ? Jean-René Buisson promet de faire le siège de l'Assemblée nationale à l'occasion de la seconde lecture du projet de loi de modernisation agricole (LMA), en juillet. Après avoir échoué à convaincre les sénateurs d'adopter des amendements visant à renforcer le pouvoir des industriels dans la négociation avec les enseignes.

La bataille des idées n'est pas facile. Le président de la République, Nicolas Sarkozy, l'a rappelé récemment lors de la signature sur les accords de modération de marges : on ne reviendra pas sur la LME, qu'il a souhaitée. Jean-René Buisson doit donc batailler comme un beau diable pour dire qu'il ne s'agit pas d'en diminuer les effets mais, au contraire, qu'elle soit vraiment appliquée, pour qu'elle rétablisse vraiment l'équilibre entre les parties. Pis, la LMA prévoit une contractualisation entre l'agriculteur et le premier acheteur, pour éviter les chutes de cours, qui vise surtout... les industriels, pourtant partenaires et soutiens de l'agriculture. Dur à avaler.

 

 « La transformation crée l'origine, pas seulement l'ingrédient de base »

Quant à certaines enseignes, elles rient sous cape d'avoir donné l'idée au législateur d'étiqueter les produits « origine France », dès lors que 50 % des ingrédients viendraient de l'Hexagone, afin que l'effort de l'industrie agroalimentaire soit équivalent à celui de la distribution dans ce domaine. Les sénateurs ont voté comme un seul homme. Or, une telle démarche nuirait soit à la compétitivité, soit à l'image de l'industrie. Un piège. La conserve de boeuf bourguignon ne dit pas que le boeuf vient de Bourgogne, ni même de France !

Jean-René Buisson défend l'idée que c'est la transformation qui crée l'origine, pas seulement l'ingrédient de base. Mais, décidément, les vents ne soufflent pas tous dans le sens de l'industrie alimentaire en ce moment. Heureusement, la consommation d'aliments reste stable, surtout en grandes surfaces...

Si les volumes de vente et les emplois ont tenu, la chute des prix a frappé de plein fouet une industrie jusqu'alors toujours en croissance.

Les craintes pour 2010 sont vives, avec des tensions sur la trésorerie et une compétitivité décroissante à l'export.

Les industriels considèrent que l'inapplication de la LME entraîne un déséquilibre avec les grandes surfaces, ce qui leur nuit gravement.

Le gouvernement a rejeté les trois amendements visant à renforcer leur pouvoir de négociation dans le cadre du projet de loi de modernisation agricole (LMA).

La crise laitière, la chute des exportations de vins et alcools, la chute des prix d'alimentation animale et de meunerie ont plombé le secteur.

Les chiffres de l'industrie alimentaire française

- 139 Mrds € Le chiffre d'affaires 2009, en baisse de 7,9 % par rapport à 2008

- 399 000 salariés (- 0,9 %)

- - 8,2 % L'évolution des prix sortie usine

- 31,9 Mrds € Le montant des exportations (- 9,2 %)

- 5 Mrds € L'excédent commercial (- 30 %)

- 4e exportateur mondial (1er en 2000)

Source : Ania e

Alors que nous avions une croissance du chiffre d’affaires de 5% par an au cours des cinq dernières années, nous subissons un recul, pour partie dû à la baisse des prix des matières premières et des prix à la production, mais aussi à cause de la LME et du triple net qui renforce le pouvoir de négociation des grandes surfaces à notre détriment

Jean-René Buisson, président de l’Ania

Testez LeMoniteur.fr en mode abonné. Gratuit et sans engagement pendant 15 jours.

Toutes les actus de la consommation et de la distribution

je m’inscris à la newsletter

Article extrait
du magazine N° 2141

Couverture magasine

Tous les jeudis, l'information de référence de la grande consommation Contactez la rédaction Abonnez-vous