L'industrie alimentaire tient bien le coup

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Avec 157,2 milliards d'euros de chiffre d'affaires, l'industrie alimentaire s'est renforcée de plus de 6%, essentiellement en raison de la hausse des prix. Mais le climat économique continue d'inquiéter.

Nous restons la première industrie du pays, le chiffre d'affaires et les volumes ont progressé, l'emploi est stable, ce qui constitue une performance dans le contexte actuel, et nous ne délocalisons pas ou peu .
Nous restons la première industrie du pays, le chiffre d'affaires et les volumes ont progressé, l'emploi est stable, ce qui constitue une performance dans le contexte actuel, et nous ne délocalisons pas ou peu . © PHOTOS DR

Comment montrer à la fois que l'industrie alimentaire est dynamique, puissante, qu'elle est devenue numéro un pour l'emploi industriel en France, solide et réactive en cette période de crise, et, en même temps, si fragile face à la grande distribution, souffrant de très faibles marges, exposée aux aléas des hausses des impôts et taxes, au coût de l'emploi et à la forte hausse des matières premières ? C'est l'exercice quelque peu schizophrénique auquel s'est livré Jean-René Buisson, président de l'Ania, lors de la conférence de presse du 22 mai sur le bilan de l'activité du secteur pour 2011.

« Nous restons la première industrie du pays, le chiffre d'affaires et les volumes ont progressé, l'emploi est stable, ce qui constitue une performance dans le contexte actuel, et nous ne délocalisons pas ou peu », a indiqué le patron du lobby qui représente Danone, Lactalis, Coca-Cola, Kraft et quelques milliers de PME de la charcuterie ou de l'épicerie.

 

De sérieuses ombres au tableau

Le seul coup de torchon sérieux sur l'industrie l'an dernier a concerné des PME de la biscuiterie, à cause de la flambée du prix des oeufs et des matières premières, qui a laminé les trésoreries, dans une période où les banquiers sont particulièrement frileux. On dénombre 137 défaillances d'entreprises alimentaires réalisant plus de 1 million d'euros de chiffre d'affaires, mais « le chiffre est inférieur de 37% à celui de l'exercice précédent », souligne le directeur des affaires économiques de l'Ania, Alexander Law. Le niveau de dépôts de bilan n'est pas particulièrement élevé et il fait partie du cycle de vie des entreprises de tous les secteurs. Et on ne connaît pas le nombre d'entreprises qui sont entrées dans la catégorie des plus du million d'euros de chiffre d'affaires, niveau qui permet qu'elles figurent dans les statistiques de l'Insee...

Mais il y a tout de même de sérieuses ombres sur le tableau des résultats que présente l'Ania. « La consommation des ménages résiste, mais les arbitrages ne se font pas toujours au bénéfice de l'alimentaire, ajoute Jean-René Buisson. Les dépenses préengagées pèsent toujours plus lourd dans les budgets, plus d'un tiers, alors que le pouvoir d'achat des ménages est en baisse depuis deux ans ! »

Effectivement, en plus des dépenses contraintes, les Français orientent toujours leurs achats vers l'équipement du logement et les biens durables d'équipement personnel (ordinateur, telé). Et si le chiffre d'affaires de l'agroalimentaire progresse, le taux de marge brute des industriels a fondu de 40 à 35% en dix ans, avec une chute considérable en 2010, mais qui a été suivie d'un joli rebond. « Ce sont les PME qui en souffrent le plus, les ventes à l'international des grands industriels leur permettant de mieux résister », expose le patron de l'Ania.

De là à estimer qu'il est difficile d'être petit et hexagonal dans l'alimentaire, il n'y a qu'un pas. Et Jean-René Buisson, dans un exercice où il excelle, affirme en connaître la raison : les relations difficiles avec la grande distribution en France, qui n'accepte pas les hausses de tarifs correspondant à celles des matières premières. Et surtout Leclerc, qui n'applique toujours pas, selon lui, la LME. « Tant que l'acteur majeur, Leclerc, n'entrera pas dans les clous, les autres ne suivront pas. Soit nous parvenons, avec le nouveau gouvernement - ce qui n'a pas été le cas avec le précédent - , à faire respecter les conditions générales de vente et le plan d'affaires, soit une nouvelle loi devra être présentée au Parlement, ce que nous ne souhaitons pas. Leclerc fait baisser les prix sur 2 000 produits, avec une bonne communication et en vend 200 000, c'est bien, mais ce qu'on lui demande, c'est de respecter la loi alors qu'il dit publiquement qu'il peut s'en exonérer »...

 

Quel arbitre pour les relations commerciales ?

Comment le gouvernement va-t-il gérer les relations commerciales ? Michel-Édouard Leclerc semble s'en inquiéter sur son blog en constatant que le commerce relève du Redressement productif d'Arnaud Montebourg, mais que « Sylvia Pinel va apporter une bouffée d'air frais dans un secteur qui reste très masculin dans ses processus de décision ». À voir!

Le président de l'Ania a aussi des reproches à faire à la DGCCRF, « qui a vu son poids, ses effectifs et son autorité diminuer depuis trois ans », et qui aurait été trop timorée pour faire condamner les distributeurs qui ne respectent pas la loi, sans doute « trop soumise aux différents ministres ».

C'est vrai, Hervé Novelli, après ses assignations célèbres, puis Frédéric Lefebvre, avaient préféré l'élaboration de chartes de bonnes pratiques commerciales dûment signées à Bercy. Or, Jean-René Buisson n'avait guère goûté cette méthode. L'affaire est à suivre, d'autant plus qu'on ne sait pas quel ministre obtient la direction de la Répression des fraudes. Normalement, c'est l'Économie, mais il pourrait aussi s'agir du Redressement productif. Et de toute façon, le ministère de tutelle de l'Industrie alimentaire est celui de... l'Agriculture et de l'Agroalimentaire ! Ce nouvel intitulé ravit le patron de l'Ania, à condition que le ministre pèse vraiment sur le gouvernement pour éviter des déconvenues au secteur, comme les taxes sur les boissons sucrées ou une fiscalité trop défavorable. Bref, le lobby est en ordre de bataille pour se défendre. Rendez-vous à l'automne. Et en attendant, il faut aussi saluer la performance des industriels : ils savent produire et vendre, les chiffres le prouvent.

Des motifs de satifaction...

157,2 Mrds € Le chiffre d'affaires 2011, en hausse de 6,8% par rapport à 2010, démontre la forte résistance de l'agroalimentaire en France. D'autant que les volumes progressent de 1,5%

500 000 Le nombre d'emplois directs dans l'industrie alimentaire, qui se place désormais devant la métallurgie et l'automobile

Source : Ania

 

Mais également d'inquiétude

  • Les marges brutes sont en baisse constante (voir ci-dessous), sous l'effet des négociations commerciales, de la concurrence et de gains de productivité. 
  • Le pouvoir d'achat est en berne depuis 2008 - excepté 2009 -, et la baisse va se poursuivre en 2012 et probablement au-delà.

 

Et aussi

La fiscalité va probablement s'alourdir, les charges salariales vont augmenter, la pression sur les prix avec la grande distribution s'accentuer, et les coûts du crédit et de l'investissement grimper.

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Article extrait
du magazine N° 2230

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