Kafkaïen ou ubuesque, l’inventaire parfois étonnant des produits autorisés et interdits à la vente [Billet]

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Suite aux dernières décisions gouvernementales, la liste détaillée des produits autorisés ou non à la vente dans les rayons de la grande distribution recèle quelques surprises. Petite revue d’effectif, sur fond de commentaires parfois acerbes de professionnels.

Des situations parfois ubuesques se présentent pour les produits autorisés ou interdits à la vente.
Des situations parfois ubuesques se présentent pour les produits autorisés ou interdits à la vente. © Morgan Leclerc

L’hypermarché E.Leclerc de l’Aigle, dans l’Orne, ne laissait pas de place au doute mercredi 4 novembre. Le rayon gros électroménager était entouré de rubalise et de messages indiquant que les produits "sont indisponibles à la vente". Chez son concurrent Intermarché, à deux kilomètres de là, les quelques références de  gros électroménager étaient elles tout à fait disponibles. Cet exemple symbolise les difficultés à mettre en œuvre très rapidement les mesures autour des catégories autorisées à la vente ou non depuis la parution du fameux décret 2020-1331, et la cacophonie qui règne.

Dans les faits, isoler les produits ou fermer certains rayons représente un gros travail opérationnel à mener pour coller aux injonctions gouvernementales, le tout dans la précipitation. Par souci d’égalité avec les libraires, les supermarchés et hypermarchés avaient du interdire à la vente les livres en début de semaine. Puis, ce sont d’autres catégories entières de produits « non essentiels » qui ont été mises hors jeu, avec la consigne donc de ne plus les vendre.

LSA s’est procuré auprès d’un distributeur le listing complet des familles et des produits non alimentaires interdits et autorisés (au 3 novembre), qui recèle quelques surprises et rappelle les paroles de la Complainte du progrès de Boris Vian. "Mon frigidaire, mon armoire à cuillères, mon évier en fer, et mon poêle à mazout. Mon cire-godasses, mon repasse-limaces, mon tabouret à glace…" . Inventaire auquel il conviendrait de terminer chaque couplet par un retentissant "autorisé ou" interdit", en fonction de la nature des objets.

La réaction de Michel Edouard Leclerc

Avec l’arrivée du froid, rassurons nous, yaourtière et appareil a raclette figurent heureusement dans la liste des articles autorisés à la vente. Mais gare à la panne de réfrigérateur, ou même de cave à vin, qui eux ne peuvent plus être vendus "en physique". Pour les amateurs soucieux de leurs bonnes bouteilles et autres, la commande en ligne reste elle opérationnelle. Dans d’autres domaines, les décisions sont parfois surprenantes. Les cartes cadeaux ? Autorisées ! Les coffrets cadeaux ? C’est non.

Extrait du listing d'un distributeur

Du côté du sport, les accessoires, ballons, tapis et autres ne sont plus en vente dans les hypermarchés. Par contre, les accessoires vélos le sont (pour se rendre au travail certainement). Les désodorisants de voiture (autrement dit le petit sapin accroché au rétroviseur), tout comme les jantes, enjoliveurs, ou équipements font eux partie des produits "essentiels", qui restent donc accessibles. Du côté du textile, c’est simple : tout est interdit à la vente en magasin… ou presque. La layette et les vêtements pour les touts petits restent autorisés. Quoi de plus normal finalement, les bébés ayant la fâcheuse tendance à tout salir. Et lorsque l’on sait qu’en cas de panne il sera impossible de venir acheter en urgence un lave linge, autant faire des réserves de bodies. La confection layette oui, mais la confection enfant garçon et fille, c’est non. Ne parlons pas des jouets, interdits à la vente en magasin, une décision qui fait mal alors que Noël approche. Mais toutes les enseignes, grandes surfaces comme spécialistes ont augmenté leur offre sur le drive ou développé le click&collect, parfois avec trois bouts de ficelle, voire le retour de la bonne vieille commande par téléphone. Un saut dans le temps.



Comme l’indiquait le pdg de Système U Dominique Schelcher lors d’un passage télévisé "nous allons nous organiser pour vendre des produits interdits par des biais autorisés, le e-commerce. Les clients pourront acheter leurs cadeaux de Noël sur notre site". Mais quelle dépense d’énergie supplémentaire, alors que les magasins ont certainement mieux à faire. Allez, un dernier exemple pour la route. Vous pourrez acheter des piles ou des ampoules à volonté. Mais pas de vaisselle ni de couverts jetables. Ni de vaisselle et de couverts tout court d’ailleurs, ceux ci figurant sur la liste des bannis. A l'exception de la coutellerie. Les exemples parfois ubuesques sont légion. Et encore, le maquillage, qui a finalement obtenu de rester en vente « libre », avait failli être mis au rencart. Toute la profession s’est pliée à ce nettoyage express des rayons pour se mettre en conformité avec la loi. Mardi, en attendant le verdict et le décret, un patron de magasin nous confiait ainsi que "dans un contexte déjà lourd pour les équipes c’est le coup de massue. C’est démotivant. On n’a rien demandé à personne… et pendant ce temps là on consolide notre principal concurrent qui est la vente en  ligne"

 

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