L'Italie découvre le travail en intérim

Dans ce pays où la réglementation du travail est très rigide, le travail temporaire récemment autorisé monte progressivement en puissance. Déjà familiarisés avec cette formule, les groupes étrangers présents dans la péninsule ouvrent la voie.

Le travail intérimaire n'est reconnu dans la grande distribution italienne que depuis juillet 1998, à la suite d'un accord signé entre les syndicats et la Confcommercio, le patronat du commerce. Fortes de leur expérience, les enseignes étrangères, françaises en tête, ont été les premières utilisatrices de ce qu'on appelle ici le « lavoro in affitto », soit, littéralement, travail en location. Exemple : Auchan, qui y a recours pour ses inventaires.

Giovanni Mazza, DRH du groupe Rinascente, partenaire d'Auchan, prévoit « une belle progression de cet outil de flexibilité ». Décathlon, Promod ou Norauto figurent aussi parmi les pionniers. Tout comme Lidl et Metro, qui commencent à constituer des fichiers et à fidéliser des intérimaires. Pour l'heure, l'intérim concerne moins de 1 % du total des salariés.

Les agences spécialisées voient le jour

Plus prudentes, les enseignes italiennes avancent à pas comptés. À l'instar de Coop (300 points de vente, 3 500 salariés), qui n'a signé qu'une centaine de contrats de travail temporaire en six mois. Chez Coin, leader des grands magasins avec 400 points de vente, les intérimaires ne sont recrutés que pour le week-end et lors des opérations spéciales. La direction attend de mesurer les effets de ces missions avant une éventuelle généralisation. Pour Giovanni Pozzi, responsable du recrutement de la chaîne Esselunga qui compte 130 supermarchés, « la législation sur l'intérim est encore restrictive. Elle ne permet pas d'employer les basses qualifications ». Néanmoins, l'enseigne l'utilise comme un moyen de tester les candidats avant de leur proposer un CDI.

Flairant le marché, les premières agences spécialisées voient le jour. Elles ne manquent pas de sollicitations. À l'occasion de l'ouverture du Continente de Pise en décembre dernier, c'est en catastrophe que le staff du nouvel hypermarché a appelé l'agence Adecco de la ville pour pourvoir une quarantaine de postes. En quinze jours, les boulangers, bouchers et caissiers qui manquaient à l'appel ont été embauchés. Signe que les sociétés de travail temporaire misent sur la distribution : Enrico Bazzali, un ex-responsable du recrutement de Continente, va bientôt diriger la toute nouvelle division distribution d'Adecco en Italie.

Le CDD encore très apprécié

Toutefois, il n'est pas certain qu'à court terme on assiste à un véritable boom. La réglementation italienne du travail reste l'une des plus rigides d'Europe. Le licenciement y est quasiment impossible. Les syndicats sont puissants. Le mythe du poste à vie est encore vivace. Et l'intérim est perçu comme un facteur de précarité.

Bon nombre de distributeurs préfèrent les contrats à durée déterminée, le temps partiel, ou les heures supplémentaires qui reviennent moins cher que le travail temporaire. 40 % des salariés de la grande distribution sont employés en CDD et à temps partiel. Il faut donc s'attendre à une montée en puissance progressive.
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Article extrait
du magazine N° 1638

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