L'Italie ne fait plus rêver les distributeurs français

|

Fin novembre, Darty puis la Fnac ont annoncé qu'ils se retiraient de la péninsule. Cette retraite annoncée souligne la difficulté pour les distributeurs étrangers, et en particulier français, à percer sur ce marché.

La rédaction vous conseille

Marché complexe, fortement touché par la crise, l'Italie fait souffrir les distributeurs français. Pour Darty et la Fnac, en particulier, l'aventure italienne s'est terminée plus tôt que prévu. Débarqué dans la Botte en 2005, Darty a jeté l'éponge le mois dernier en cédant ses 20 magasins à Trony, l'enseigne de son concurrent italien DPS, après avoir cumulé pour 82 millions d'euros de pertes. Comme le résume le président du groupe français, Alan Parker, « l'activité italienne opère avec une réelle incertitude quant à sa capacité à développer une position de marché rentable à moyen terme ».

Retraits en cascade

  • 2010 Carrefour vend onze de ses hypers dans le sud de l'Italie
  • 21 novembre 2012 Darty annonce la vente de ses vingt magasins italiens
  • 28 novembre La Fnac annonce à son tour son retrait

« Un bain de sang »

Même constat pour Fnac Italie (PPR), qui a cédé, fin novembre, ses huit points de vente au fonds Orlando Italy. « Depuis son arrivée en 2000, la Fnac n'a jamais réuni les conditions d'exploitation nécessaires pour s'imposer. La crise que connaît la péninsule depuis 2009 n'a fait qu'accélérer cette situation », souligne le groupe.

« Cela a été un bain de sang, analyse le manager français d'une chaîne italienne. La Fnac était un microjoueur en face de géants tel Euronics. Darty non plus n'a pas réussi à atteindre la masse critique suffisante. Ne s'en sortent que ceux qui exportent des formules de distribution originales, comme Décathlon, qui n'a pas d'équivalent italien, ou encore Leroy Merlin », poursuit-il. « Certains d'entre nous s'en sortent un peu mieux, mais ils souffrent aussi. La vérité, c'est que le marché est pourri. On en bave depuis cinq ans », lâche un distributeur français.

« La situation a empiré depuis un an. Pour rééquilibrer les comptes, le gouvernement a pris des mesures drastiques, avec, à la clé, une forte pression fiscale, qui ont eu un effet très lourd sur la consommation. Or, avec les élections législatives, en avril, s'annonce une nouvelle période d'incertitudes », prévoit Giovanni Cobolli Gigli, président de Faid, la fédération des distributeurs de la péninsule.

L'alimentaire est, certes, un peu moins touché par la crise, mais les poids lourds français de la distribution sont en souffrance. À commencer par Carrefour, qui s'est retiré du Sud du pays il y a deux ans en cédant une dizaine d'hypers. Le groupe s'interroge encore sur l'opportunité de rester en Italie. En quelques années, il a perdu beaucoup de terrain. Il se situe aujourd'hui derrière Auchan, qui détient une part de marché de 8%, tandis que les italiens Coop, Conad, Selex et Esselunga caracolent en tête.

LES CHIFFRES

  • - 2,6% La baisse de de la consommation des ménages italiens entre 2008 et 2011
  • - 3,8% La baisse de leur taux d'épargne sur la même période, à 11,9%

Sources : LSA, Faid

 

Parts à prendre

Auchan, s'en sort un peu mieux, grâce au repositionnement de ses supermarchés Simply. « Nous avons lancé, en 2005, une formule offrant tous les jours des prix bas, mais le marché italien n'a pas été complètement réceptif. Nous sommes donc revenus à une politique de promotions plus traditionnelle. En 2012, les supers du groupe ont réalisé un chiffre d'affaires sous enseigne de 4 milliards d'euros. Nos résultats sont, en moyenne, meilleurs que ceux de la plupart des concurrents, et nous continuons à gagner des parts », se réjouit le directeur général, Antonello Sinigaglia.

« Plus que pour la croissance, le marché italien est intéressant, car il est encore très dispersé. Il y a des opportunités à saisir. Avec la nouvelle loi obligeant les distributeurs à payer les fournisseurs dans un délai de trente jours pour le frais et soixante pour l'alimentaire industriel, la situation risque de s'aggraver pour nombre d'entre eux, les contraignant à céder leur activité », conclut-il. Le colosse espagnol Mercadona serait déjà aux aguets...

Testez LeMoniteur.fr en mode abonné. Gratuit et sans engagement pendant 15 jours.

Toutes les actus de la consommation et de la distribution

je m’inscris à la newsletter

Article extrait
du magazine N° 2255

Couverture magasine

Tous les jeudis, l'information de référence de la grande consommation Contactez la rédaction Abonnez-vous

Nos formations