L'obsession des ruptures en rayons [Edito]

|
yves puget

Visite d’un hypermarché de la banlieue parisienne. Dans tous les rayons, ou presque, les ruptures se succèdent. Pour expliquer ces manques, le directeur pourrait évoquer des pénuries mondiales de matières premières, s’abriter derrière des problèmes de transport, voire derrière l’explosion du prix des containers, ou indiquer un site industriel en grève ou manquant de main-d’œuvre. Autant d’arguments, hélas, totalement valables aujourd’hui. Comme il ne serait pas dans l’erreur s’il prétextait un fort absentéisme dans son point de vente, une plate-forme logistique bloquée, des commandes non passées à la suite d’une panne informatique… Ce directeur n’a qu’à piocher dans la boîte à excuses pour expliquer les trous béants dans ses linéaires ! Ce qu’il ne fait pas puisque, selon lui, rien n’est inhabituel… Comme si l’anormal était devenu la norme.

Il est vrai que la thématique de la rupture en rayons est un véritable serpent de mer. Dans les années 90, des études (ECR) chiffraient déjà ce mal. Selon, Iri, la perte liée aux ruptures pour les PGC se monte aujourd’hui à 4,7 milliards d’euros. Avec 8 % de taux de rupture pour les hypers et jusqu’à 13,7 % pour l’e-commerce alimentaire. Bien évidemment, les ruptures varient selon la période, les rayons et les enseignes. Mais, globalement, rien ne change. On oublie ce fameux concept de la « réouverture de 18 heures ». On ne travaille plus cette « liste de guerre » de produits interdits à la rupture. On ne fait plus de ce fléau une obsession, une préoccupation permanente.

Pourtant, personne ne peut se contenter de telles lacunes. Il est urgent d’automatiser les tâches à faible valeur. Des caméras sont déjà installées dans certains magasins pour indiquer les ruptures aux salariés. Des robots se baladent aussi pour traquer les facings litigieux. Sans oublier l’intelligence artificielle qui permet de mieux connaître les stocks en temps réel et d’ajouter davantage de critères dans la gestion des commandes. Il est urgent de ne plus se lamenter face à des trous dans les rayons et de mener des actions correctrices avant qu’ils ne se créent.

La loi Egalim 2 devrait d’ailleurs inciter les distributeurs à s’en préoccuper plus que jamais. Cette nouvelle loi sur les négociations commerciales encadre en effet très fortement les pénalités logistiques. Pour éviter tout abus, il est précisé que les pénalités doivent être proportionnées au préjudice subi au regard de l’inexécution, ne pas dépasser un certain montant du prix d’achat des produits concernés et être imposées uniquement en cas de rupture de stock. Dit autrement, des distributeurs ont très – trop – longtemps accepté des ruptures en sachant qu’ils avaient une autre source de revenus que les ventes : les pénalités logistiques (que certains auraient même budgétisées annuel­lement !). Mais comme elles seront beaucoup plus complexes à infliger aux fournisseurs, la solution passe probablement par une meilleure collaboration entre industriels et distributeurs. Pour qu’ils ne se chamaillent plus à propos du taux de service et de quelques minutes de retard, mais qu’ils planchent ensemble sur le taux de rupture pour doper les ventes et satisfaire les clients… 

Testez LeMoniteur.fr en mode abonné. Gratuit et sans engagement pendant 15 jours.

Toutes les actus de la consommation et de la distribution

je m’inscris à la newsletter

Article extrait
du magazine N° 2676

Couverture magasine

Tous les jeudis, l'information de référence de la grande consommation Contactez la rédaction Abonnez-vous