l’organisation : « Un chef d’entreprise, s’il est seul, est mort »

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CAS PRATIQUE La force de Leclerc est d’avoir réussi à faire monter les compétences dans le mouvement sans renoncer aux piliers de son organisation. Parmi eux, l’investissement des adhérents dans la stratégie et la gestion de l’enseigne, le rôle des centrales régionales, le parrainage, sont autant de moyens de renforcer les vertus du collectif dans une organisation très réactive et souple.

LSA - Vous insistez sur l’échelon régional, quelle en est l’importance

Pascal Beaudoin - C’est le socle de notre transmission d’informations. Le magasin est relié à une région. Tous les jeudis, les adhérents s’y réunissent. Il y a une remontée d’infos permanente qui viennent d’eux. Toute la transmission passe par la région, c’est la base de Leclerc.

LSA - Quel est l’intérêt pour les adhérents

P. B. - S’il n’y pas ce lien physique, régulier, le système ne tient plus. C’est dans le principe du parrainage. Un chef d’entreprise, s’il est seul, est mort. C’est grâce à cela que l’organisation dure et perdure. Toutes les semaines, je rencontre les adhérents de ma région. Au Galec aussi, mais cette fois-ci avec les adhérents d’autres régions. Dans d’autres coopératives, des présidents de régions ont plus de 200 adhérents, mais qu’ils ne voient qu’une fois par an…

LSA - Quid des permanents dans votre organisation

Stéphane Onillon - Le binôme qu’il forme avec l’adhérent est essentiel. Les équipes du Galec sont d’un très bon niveau, comme celles de nos magasins, nous sommes très bien entourés. Nous avons les mains dans le cambouis, on est là pour insuffler du réalisme, de l’opérationnel. Chaque adhérent qui prend des décisions les projette dans son magasin.

Muriel Sancéo Bigard - Il y a la même relation avec le permanent qu’avec le directeur du magasin, ils nous alimentent, et je donne mon point de vue.

Guillaume Roman - Nous disposons de collaborateurs de très bon niveau, il y a aujourd’hui plus de 650 salariés au Galec, cela nous permet de nous enrichir mutuellement et de progresser en confrontant l’expérience et la réalité du terrain à l’expertise technique.

LSA - Certains vous décrivent comme des corsaires ou des pirates…

Éric Étienne - On est bien plus que cela. Michel-Édouard réunit trois ou quatre fois par an tous les adhérents pendant trois heures de conférence où il anime, réaffirme ses convictions, ses doutes.

P. B. - Les corsaires sont des pirates sans stratégie. Pour le drive, il y a eu une ligne directrice. Et à partir de là, 600 personnes se sont mises à la recherche de sites.

LSA - Ce modèle inspire-t-il des vocations, voire un mercato

P. B. - Il y a beaucoup d’indépendants attirés par Leclerc. On fait deux points de plus en bas de page en étant moins cher. Cela suscite forcément des vocations ! De là à parler de mercato…

M. S. B. - Ce qui attire le plus, c’est notre transparence. Enfin, les indépendants peuvent maîtriser leurs prix !

LSA - Quels sont les combats actuels de Leclerc

G. R. - L’utilité sociale. Proposer des biens au meilleur rapport qualité/prix. Il faut pouvoir aller sur n’importe quel marché, comme les lentilles de contact, domaine dans lequel nous avons racheté un site. Ça a surpris, car la croissance externe n’est pas quelque chose de naturel chez nous, mais c’est un succès.

S. O. - La consommation responsable aussi, qui offre un cœur de métier plus vertueux. Nous avons été les premiers à mettre en avant des produits du terroir et des partenariats avec les alliances locales.

Olivier Ducatel - Leclerc a toujours été une enseigne de ­combats. Dans les années 90, il fallait faire grandir les magasins, se convertir à l’hyper. En 2000, nous avons fait évoluer les concepts, avec le brico, la culture, les voyages… Aujourd’hui, c’est le drive et l’internet, un combat que nous avons pris dans le bon sens grâce aux drives justement.

LSA - À quoi tient ce coup d’avance des Leclerc

P. B. - Michel-Édouard Leclerc est souvent le premier à voir les choses, ou à les formaliser.

E. É. - Il est visionnaire et fédérateur. Nous ne sommes pas dans un rapport de hiérarchie.

G. R. - Et il dispose de 540 points de contact avec le terrain grâce aux adhérents. 

Éric Étienne, Centre E. Leclerc de Vitry-sur-Seine

Le « monsieur téléphonie ». Tiré à quatre épingles, souriant, ce « workaholic » de 48 ans, diplômé de l’ESC Rouen, qui avoue ne pas dormir beaucoup, a été formé dix ans à l’école Coca-Cola. En charge des « négos », Éric Étienne s’y frotte aux rugueux acheteurs de Leclerc. « J’étais subjugué par les gens en face de moi, leur capacité à prendre les décisions dans l’instant. » Il devient directeur d’un magasin en Normandie avant de reprendre le centre E. Leclerc de Vitry-sur-Seine (94), 8 249 m². Depuis 2007, il préside l’activité téléphonie mobile, « où tous les concurrents ont jeté l’éponge, mais dont nous sommes satisfaits », et, surtout, la très stratégique commission communication de l’ACDLec.

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Article extrait
du magazine N° 2326

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